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Kenya : Musalia Mudavadi, l’homme qui a dit non à Moscou

Musalia Mudavadi
Musalia Mudavadi

Il y a des voyages diplomatiques qui passent inaperçus. Et il y en a qui font l’histoire. Celui que Musalia Mudavadi, ministre des Affaires étrangères du Kenya, a accompli cette semaine à Moscou appartient à la seconde catégorie.

L’homme est parti dimanche 15 mars, portant dans sa mallette le dossier le plus douloureux qu’un chef de la diplomatie puisse emporter : celui de plus de mille Kényans enrôlés de force dans l’armée russe, envoyés sur le front ukrainien après avoir été appâtés par de fausses promesses d’emplois civils. Des pères de famille. Des jeunes hommes. Des rêveurs trompés. Beaucoup ne sont jamais revenus.

Il est revenu, lui, avec un accord. À l’issue de ses entretiens avec son homologue Sergueï Lavrov, Mudavadi a annoncé que Moscou et Nairobi étaient convenus que les ressortissants kényans ne seraient plus enrôlés par le ministère russe de la Défense. « Il n’y aura plus de nouveaux recrutements », a-t-il déclaré.

Ce résultat, obtenu en moins de quarante-huit heures face à l’une des diplomaties les plus fermées du monde, n’est pas venu de nulle part. Il est le fruit d’un travail de longue haleine, d’une posture ferme et d’un courage politique rare. Car ce n’est pas une chose facile que d’aller regarder Lavrov dans les yeux pour défendre des compatriotes que Moscou préfèrerait qualifier de « volontaires ». La Russie a également accepté de faciliter l’accès consulaire aux ressortissants kényans hospitalisés, d’appuyer le rapatriement des blessés et de permettre le retour des dépouilles des personnes décédées dans des conditions dignes.

Mudavadi a conduit cette mission avec une lucidité et une dignité qui forcent le respect. Il n’est pas allé à Moscou en accusateur ni en suppliant. Il y est allé en diplomate — ferme sur les principes, ouvert sur les perspectives. Il a clairement affiché que cette visite n’était pas « une confrontation », tout en affirmant qu’il souhaitait que le partenariat Kenya-Russie ne soit plus jamais défini sous l’angle douloureux de l’Ukraine. Une leçon de méthode diplomatique à l’africaine.

Derrière cet accord, il y a des visages. Damaris, dont le mari est sans nouvelles depuis novembre. Janet, qui attendait des nouvelles de son frère. Elles avaient manifesté dans les rues de Nairobi. L’une d’elles avait décrit cette visite comme son « seul espoir ». Musalia Mudavadi leur a rapporté quelque chose ce lundi. Pas tout. Mais quelque chose.

Il y a dans ce geste une leçon que le continent tout entier peut méditer. Face à un problème qui touche des dizaines de pays africains — car plus de 1 780 citoyens de 36 pays africains combattraient aux côtés des soldats russes en Ukraine, le Kenya a choisi de ne pas se taire. Il a envoyé son ministre. Il a exigé un accord. Il l’a obtenu.

Musalia Mudavadi n’a pas sauvé tout le monde. Certains Kényans bloqués en Ukraine devront encore attendre, naviguer dans les méandres du droit russe pour rompre leurs contrats. Mais il a posé un précédent. Il a montré qu’un gouvernement africain peut tenir tête à Moscou, sans violence, sans renoncement, avec la seule arme de la parole juste et de la détermination souveraine.

C’est pour cela qu’il est, sans aucun doute, la personnalité africaine de cette semaine.

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