Deux mois après une élection contestée, l’Ouganda ressemble à un pays à deux vitesses. D’un côté, le président Yoweri Museveni, 81 ans, prépare sa cérémonie d’investiture pour un septième mandat consécutif. De l’autre, son principal rival, Bobi Wine, vient de quitter le pays après avoir passé près de deux mois dans la clandestinité.
Robert Kyagulanyi, dit Bobi Wine, a annoncé le 14 mars avoir quitté l’Ouganda pour mener des « engagements critiques » à l’étranger, sans préciser ni sa destination ni la date exacte de son départ. Il était en clandestinité depuis le lendemain du scrutin du 15 janvier, au cours duquel la Commission électorale a déclaré Museveni vainqueur avec 71,65 % des suffrages.
Les faits entourant cette élection sont troublants. L’élection a été largement condamnée par les organisations de défense des droits humains, qui ont dénoncé la coupure d’internet, les violences électorales, les restrictions imposées à l’opposition et l’exclusion de plusieurs observateurs internationaux. Bobi Wine avait dénoncé « le bourrage des bulletins, la prise de contrôle militaire des élections, la détention de nos dirigeants et agents de vote ».
La situation s’est encore dégradée après le scrutin. Le chef de l’armée ougandaise, Muhoozi Kainerugaba, fils du président Museveni — avait publié un message évoquant la mort de l’opposant sur les réseaux sociaux avant de le supprimer. Ces déclarations ont suscité des appels à des sanctions contre Kampala aux États-Unis et au Royaume-Uni.
Désormais à l’étranger, Bobi Wine affirme vouloir mobiliser la communauté internationale et plaider en faveur de sanctions contre le régime ougandais, avant de retourner en Ouganda : « Après avoir mené à bien mon travail sur la scène internationale, je reviendrai dans mon pays et laisserai le régime faire ce qu’il veut de moi. »
Plus de 70 % de la population ougandaise a moins de 30 ans et n’a connu que Museveni au pouvoir depuis 1986. Cette jeunesse, qui avait massivement soutenu Bobi Wine, regarde aujourd’hui son champion en exil et son président entamer un mandat de plus. L’Ouganda illustre, à sa façon, la fracture profonde entre les aspirations d’une jeunesse africaine connectée et des systèmes politiques qui résistent, coûte que coûte.

























