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Guerre contre l’Iran : Russie et Chine regardent l’Amérique creuser sa propre tombe

Guerre contre l'Iran : Russie et Chine regardent l'Amérique creuser sa propre tombe
Guerre contre l'Iran : Russie et Chine regardent l'Amérique creuser sa propre tombe
Où sont passés les Russes et les Chinois ? Ont-ils abandonné l’Iran ? NON. Ils n’ont certainement pas abandonné l’Iran. Ils sont présents, mais on ne les voit pas. Les Chinois, surtout, cultivent une tradition d’action discrète poussée à l’extrême. La géopolitique au plus haut niveau s’apparente parfois à de la sorcellerie africaine. On sait que les sorciers existent, qu’ils agissent, parfois même au sein de sa propre famille, mais on ne les voit pas… sauf si l’on possède, dit-on en Afrique, les yeux d’un hibou, cet animal associé à la clairvoyance dans un continent où la superstition demeure vivace.
La Russie et la Chine ont, en réalité, œuvré en amont, bien avant que le conflit n’éclate au grand jour, et continuent d’opérer dans la discrétion. Elles n’ont ni le dispositif narratif d’Hollywood ni les mégaphones médiatiques de CNN, pour publiciser leurs actions, et ne conduisent pas les affaires internationales — encore moins une guerre d’une telle intensité — en faisant du bruit dans les médias. Pour ceux qui l’auraient peut-être oublié, le renseignement est une composante essentielle de la guerre, et rien ne permet d’affirmer que l’Iran ne bénéficie pas d’un appui discret de ces deux grandes puissances dans ce domaine — la précision de certaines frappes iraniennes laisse même penser que Téhéran n’agit peut-être pas seul. Rien n’exclut non plus que la Russie et la Chine fournissent des armes, des composants technologiques ou d’autres formes de soutien matériel indispensables.
L’Occident est une société de spectacle permanent. L’absence d’images, de déclarations tonitruantes ou de communication publique signifie absence d’action. Une philosophie que ne semblent pas partager la Russie et la Chine, qui privilégient l’influence discrète plutôt que l’exposition médiatique.
Autre élément à prendre en compte : la Russie et la Chine semblent privilégier une posture de non‑intervention directe, non pas par désintérêt mais par calcul. Leur stratégie semble fondée sur l’usure des États-Unis. Elles ont parfaitement conscience qu’une grande puissance blessée peut devenir plus imprévisible, donc plus dangereuse. Elles savent que les États-Unis, engagés dans un conflit complexe et coûteux avec la République islamique d’Iran, traversent une phase de vulnérabilité stratégique, qui affaiblit leur capacité à gérer simultanément plusieurs théâtres de tension (Ukraine, Taiwan). Elles comprennent aussi que l’Amérique s’affaiblit davantage en accompagnant Israël dans son désir de démanteler l’Iran. Elles ont conscience enfin que l’assassinat d’Ali Khamenei place Washington dans une position délicate, en renforçant la détermination iranienne et en rendant toute désescalade plus difficile. Dans ce contexte, Moscou et Pékin n’ont aucun intérêt à intervenir ouvertement parce que le coût politique serait élevé et le bénéfice stratégique limité. Laisser l’adversaire s’enliser, tout en soutenant Téhéran à bas bruit, leur permet de préserver leurs intérêts sans s’exposer à un affrontement frontal avec Washington.
L’effondrement des grands empires résulte rarement d’une cause unique, mais plutôt d’une synergie de faiblesses internes, souvent accentuées par des pressions externes. Les dirigeants russes et chinois, qui entretiennent un rapport dense à l’histoire longue, raisonnent en ces termes. Ils n’ont pas besoin de « vaincre » les États-Unis par un choc direct. Il leur suffit d’observer l’hégémon américain s’user, de l’accompagner, presque sans bruit, vers une forme d’« exténuation stratégique », tout en aidant l’Iran, qui sera certainement détruit, à épuiser, sur le champ de bataille, tout ce qui lui reste comme ressources. À ce dernier propos, on apprend que les États-Unis pourraient être amenés à retirer leurs systèmes THAAD et Patriot de la Corée du Sud pour les déployer au Moyen-Orient, où la guerre tourne au fiasco. C’est dire…

Par Patrick Mbeko

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