Economie

Pourquoi les minerais de la RDC n’enrichissent pas les Congolais

Mines RDC

La RDC détient plus de 70 % des réserves mondiales de cobalt et entre 60 et 80 % du coltan. Son secteur minier a contribué à plus de 70 % de la croissance économique en 2023. Pourtant, plus de 60 % des Congolais vivent sous le seuil de pauvreté. Ce paradoxe a un nom et plusieurs causes.

Le potentiel des ressources naturelles de la RDC est estimé à 24 000 milliards de dollars de minerais non exploités. Le cobalt, le cuivre, le coltan, le lithium, l’or : quasiment tout ce dont le monde a besoin pour ses téléphones, ses batteries électriques et ses technologies vertes se trouve dans le sous-sol congolais. Pourtant, la RDC se classe 179e sur 191 pays selon l’indice de développement humain, et en 2018, plus de 70 % des Congolais vivaient avec moins de 1,90 dollar par jour.

Ce n’est pas une coïncidence malheureuse. C’est le résultat d’un système.

Le code minier de 2002 et ses héritages

Le code minier de 2002, inspiré par la Banque mondiale et conçu pour attirer les investissements étrangers, a favorisé la montée en puissance du secteur minier. Les entreprises qui en ont le plus profité sont étrangères : China Molybdenum, Glencore, AngloGold Ashanti, Randgold, MMG. Le code a fonctionné : les investisseurs sont venus. Les recettes fiscales perçues par l’État congolais sont restées structurellement faibles par rapport à la valeur extraite.

Le code minier a été révisé en 2018 pour relever les taux de redevances et de taxes. Les entreprises minières ont contesté cette révision, certaines invoquant des «droits acquis». La négociation a duré. Le résultat : quelques ajustements, pas une transformation du modèle de partage.

Extraction sans transformation

Le problème central est structurel. La RDC exporte des matières premières brutes et importe des produits finis. Le gouvernement congolais espère faire de ce potentiel un levier de transformation économique, mais la chaîne de valeur reste captée ailleurs. Un kilogramme de cobalt brut extrait à Kolwezi vaut une fraction du cobalt raffiné et traité qui entre dans une batterie assemblée en Chine ou en Europe.

Pour tenter de corriger cela, une loi sur la sous-traitance adoptée en 2017 prévoit que l’activité de sous-traitance est réservée aux entreprises à capitaux congolais. L’Autorité de Régulation a été officiellement lancée en octobre 2019. Son application reste limitée. Les capacités industrielles locales ne se construisent pas par décret.

La corruption et la capture fiscale

«Trop souvent, la richesse minière ne profite pas à la population, mais à des réseaux d’intérêts privés», déplore Kasongo Bin Nassor, président de la Fédération des Entreprises du Congo, secteur mines. Ce constat traverse toutes les analyses sérieuses sur le sujet. Les recettes minières arrivent dans les caisses de l’État, mais le chemin entre les caisses de l’État et les services publics est long, opaque, et traversé par de nombreux intérêts.

Dan Gertler, homme d’affaires israélien installé en RDC depuis 1997, illustre un aspect de ce problème. Il est devenu l’un des principaux exportateurs de minerais congolais, notamment les diamants, le cuivre et le cobalt, grâce à un monopole que lui aurait accordé l’ancien président Laurent Désiré Kabila dans le cadre d’un accord incluant des contreparties financières. Des dizaines d’accords miniers signés dans des conditions opaques sur plusieurs décennies ont systématiquement sous-évalué les actifs congolais au profit d’acheteurs étrangers ou d’intermédiaires.

La guerre comme facteur aggravant

La situation à l’est de la RDC ajoute une couche supplémentaire au problème. La mine de Rubaya au Nord-Kivu, réputée être la principale source de coltan du pays, est tombée dans les mains du M23 depuis avril 2024. Selon la MONUSCO, l’extraction de ce minerai rapporterait 300 000 dollars par mois aux rebelles. Des recettes qui financent le conflit au lieu d’alimenter le budget de l’État.

L’est de la RDC concentre une part disproportionnée des minerais stratégiques et la quasi-totalité de l’instabilité armée. Ce n’est pas un hasard géographique. Les connexions entre la présence de ressources, les intérêts des groupes armés et les circuits d’exportation illicites ont été documentées par des groupes d’experts de l’ONU depuis vingt ans.

Ce qui change avec la transition verte

La demande mondiale de cobalt et de lithium pour les batteries électriques change les équilibres, pas nécessairement en faveur de la RDC. L’Union européenne a adopté un règlement sur les minerais critiques qui exige une traçabilité renforcée. Les grandes entreprises technologiques et automobiles se soumettent à des audits de leurs chaînes d’approvisionnement sous pression des consommateurs et des régulateurs.

Kinshasa essaie de saisir ce moment. Des négociations sont en cours avec les États-Unis autour d’un accord sur les minerais critiques. Le gouvernement a imposé en 2022 un embargo sur l’exportation de lithium brut pour forcer la transformation locale. Ce sont les bons instincts. Mais transformer les instincts en résultats demande des institutions capables de tenir face à des acteurs dont les intérêts sont opposés à toute rééquilibrage.

Le paradoxe congolais n’est pas une fatalité. C’est un choix accumulé sur soixante ans : de contrats mal négociés, d’États qui ont préféré capter des rentes plutôt que construire des capacités, d’acteurs extérieurs qui ont eu intérêt à ce que rien ne change. Ce qui commence à changer, c’est la conscience africaine que ce modèle a une date d’expiration.

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