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    Quand les pasteurs congolais bénissent la révision constitutionnelle

    Constitution ; Le pasteur Ejiba Yamapia, président de la plateforme des Confessions religieuses
    Le pasteur Ejiba Yamapia, président de la plateforme des Confessions religieuses
    La semaine dernière à Kinshasa, à l’hôtel du Fleuve, l’archevêque Évariste Ejiba Yamapia réunissait plusieurs figures du clergé évangélique autour d’un ordre du jour sans ambiguïté : l’avenir de la Constitution de 2006. Le culte qui a clôturé la rencontre s’est achevé par une prière pour la paix et la stabilité. Un geste de dévotion en apparence. Un signal politique en réalité.

    Lors de ce forum, les pasteurs Godé Mpoy, Espérance Mbakadi, Marcelo Tunasi, le frère Patrice Ngoy Musoko et l’apôtre Léopold Mutombo Kalombo se sont prononcés à l’unanimité pour un « changement pur et simple » de la loi fondamentale, selon Actualité.cd. Ils ont aussi plaidé pour des mandats présidentiels prolongés, citant la Chine et la Russie comme modèles de stabilité. Un alignement politique rarement aussi explicite au sein de l’Église de Réveil.

    Kafuta démenti, Mbiye qui recule

    L’évangéliste Sony Kafuta Rockman, dont le nom a circulé dans la liste des participants, a démenti toute présence. L’Armée de l’Éternel a publié un communiqué niant toute invitation et dénonçant une manipulation de la photo de son « visionnaire » par des personnes mal intentionnées. Kafuta, figure parmi les plus connues du paysage pentecôtiste congolais, ne souhaitait visiblement pas être associé à ce positionnement.

    Moïse Mbiye a joué une autre partition. D’abord sorti du lot en qualifiant ses contradicteurs de « camp des lépreux », le pasteur a fini par modérer son ton. Sa position officielle : « Je suis prêt à soutenir le changement de la Constitution si c’est dans l’intérêt du peuple. Il ne faut pas se lever et dire que nous le faisons pour le chef de l’État. Même lui-même ne sera pas d’accord. » Un recalibrage qui ressemble moins à une conviction qu’à une mise à distance prudente.

    Une institution rodée à la proximité du pouvoir

    L’Église de Réveil du Congo n’est pas une institution neutre qui aurait soudainement basculé. Sa relation au pouvoir s’est construite sur deux décennies, en suivant les alternances au sommet de l’État. Fondée en 1997 par quatorze pasteurs néo-charismatiques, l’ERC comptait 6 900 églises membres en 2015. Sa taille en fait un acteur que les régimes successifs ont cherché à capter.

    Sous Joseph Kabila, ses dirigeants se sont positionnés en faveur du dialogue national convoqué par le chef de l’État, appelant leurs fidèles à y participer alors que l’opposition le boycottait. Ce n’était pas de la théologie. En 2018, l’institution a été choisie comme partenaire officiel de la CENI pour l’élection présidentielle, liant davantage son image à un processus électoral dont la crédibilité reste contestée.

    La transition vers Felix Tshisekedi n’a pas rompu cette logique. Selon Le prophète Dodo Kamba a été imposé en septembre 2020 à la tête de l’ERC par le pasteur Jacques Kangudia, membre du cabinet présidentiel. L’éviction de Sony Kafuta, qui présidait l’institution depuis 2019, s’est faite en violation des statuts selon l’intéressé. Un changement de direction à l’intérieur d’une Église, piloté depuis le palais de la Nation.

    Le signal le plus récent est venu en février 2026 : la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, représentante personnelle du président, a assisté à la cérémonie d’investiture d’Ejiba Yamapia. Le gouvernement a lui-même qualifié l’événement de symbole des « liens forts et étroits » entre l’État et l’ERC.

    Philadelphia : l’autre réseau, depuis l’intérieur

    L’ERC n’est pas la seule communauté évangélique à peser sur la politique congolaise. Il en existe une autre, dont l’influence s’exerce depuis l’intérieur même de la présidence.

    Félix Tshisekedi est devenu membre des Assemblées de Dieu en 2015 après avoir rejoint le Centre Missionnaire Philadelphie, où il a été baptisé. Depuis son arrivée au pouvoir, cette appartenance a produit des effets concrets sur les nominations.

    En juin 2024, il a nommé Anthony Nkinzo Kamole directeur de cabinet. Nkinzo est pasteur à Philadelphia, où il assurait la responsabilité de l’école du dimanche. Sa trajectoire est solide : droit à Kinshasa, PwC, direction générale de l’ANAPI. Mais sa proximité avec l’église du président a visiblement pesé.

    Ce n’est pas un cas isolé. Lors d’un remaniement ultérieur, Disashi Diyoka Didi, responsable de la commission baptême à Philadelphia, a été nommé conseiller chargé des relations avec le Parlement. Dieudonné Tshibuyi Tshiakambila, reconnu pasteur de l’église en octobre 2024, est devenu conseiller spécial chargé du Programme de développement local des 145 Territoires. L’épouse du pasteur Ken Luamba, qui dirige Philadelphia, occupe le poste de cheffe du cabinet de la Première Dame. Toute une communauté de fidèles qui migre, par vagues, vers les postes de confiance de l’État.

    L’Assemblée nationale entre dans le jeu

    Ces rassemblements interviennent dans un contexte institutionnel qui s’accélère. L’Assemblée nationale vient de juger recevable une proposition de loi organisant un référendum. Des figures de l’opposition parlent ouvertement d’« exécution de la démocratie » et de « liquidation des institutions », lisant dans cette séquence une tentative d’ouvrir la voie à un troisième mandat pour Tshisekedi, dont le deuxième et dernier expire en décembre 2028.

    Face à cette dynamique, l’Église catholique et l’opposition maintiennent un front de refus. La CENCO a publié plusieurs mises en garde contre toute révision remettant en cause l’alternance. Le Comité laïc de coordination, habitué des mobilisations citoyennes depuis les années Kabila, reste en alerte.

    Ce que ce moment révèle, c’est moins un soudain ralliement du clergé évangélique qu’une fracture qui se précise. D’un côté, des figures qui assument une proximité avec le régime. De l’autre, des voix qui se dégagent au dernier moment, comme Kafuta, ou qui tentent une formulation intermédiaire, comme Moise Mbiye. Le tout sur fond d’un processus constitutionnel dont l’Église de Réveil, après avoir servi Joseph Kabila, se retrouve aujourd’hui à servir la cause de son successeur. Avec la même Bible. Et les mêmes versets.

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