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    Franc CFA : comment fonctionne la monnaie de 14 pays africains et pourquoi elle divise

    Franc CFA
    Franc CFA

    Utilisé par 180 millions de personnes dans 14 pays d’Afrique, le franc CFA est arrimé à l’euro depuis 1999 et garanti par le Trésor français. Derrière cette stabilité revendiquée, un débat profond sur la souveraineté monétaire africaine, qui ne faiblit pas.

    Le franc CFA n’a pas changé de parité depuis 1994. Trente ans plus tard, 1 euro vaut toujours 655,957 francs CFA. Cette fixité est le point de départ de tout le débat.

    Deux zones, une même monnaie. L’UEMOA, qui regroupe le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo, utilise le franc CFA émis par la BCEAO. La CEMAC, qui rassemble le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad, utilise un franc CFA distinct, émis par la BEAC. Bien qu’elles portent le même nom et aient la même valeur, ces deux monnaies ne sont pas interchangeables entre les deux zones.

    Le mécanisme concret

    Le système repose sur un accord de coopération monétaire entre la France et ses anciens partenaires africains. La France garantit la convertibilité des francs CFA en euros sans limitation de montant, ce qui protège les pays membres contre les risques de crise de balance des paiements. En échange, les banques centrales africaines doivent maintenir des réserves suffisantes.

    Pendant des décennies, ce mécanisme imposait aux banques centrales africaines de déposer une partie de leurs réserves de change sur un compte d’opérations au Trésor français. En 2019, la France et l’UEMOA ont signé un accord de réforme actant la fin de cette obligation pour la BCEAO, ainsi que le retrait de la France des instances de gouvernance monétaire de la zone. Pour les huit pays d’Afrique de l’Ouest, les représentants français ont quitté le conseil de politique monétaire, la commission bancaire et le conseil des ministres de l’UEMOA. En Afrique centrale, la BEAC maintient encore ce compte d’opérations.

    Les arguments des défenseurs

    La stabilité est le premier argument. Grâce à son ancrage à l’euro, l’inflation en zone CFA est restée maîtrisée, autour de 2 % en moyenne sur longue période, et les investisseurs étrangers y trouvent un climat monétaire rassurant. Les pays membres n’ont pas connu les dévaluations brutales qui ont secoué d’autres économies africaines. Le Ghana et le Nigeria, qui ont leurs propres monnaies, ont subi des dépréciations sévères du cedi et du naira ces dernières années.

    Pour les défenseurs du système, la question n’est pas celle du colonialisme monétaire mais de la gestion des risques. Un pays comme la Côte d’Ivoire, qui représente environ 40 % du PIB de l’UEMOA, hésite à abandonner un cadre dans lequel il occupe une position dominante pour intégrer une zone élargie moins stable.

    Les critiques africaines

    Kako Nubukpo, économiste togolais et figure centrale de ce débat depuis une décennie, ne conteste pas la stabilité. Il conteste son coût. Sur le plan externe, la monnaie fonctionne comme une subvention aux importations et une taxe sur les exportations. Autrement dit, un taux de change fixe et fort rend les produits africains moins compétitifs à l’export et les produits étrangers moins chers à l’import. Pour des économies qui cherchent à développer leur industrie locale, c’est un frein structurel.

    Nubukpo pointe aussi la restriction de l’offre de crédit : les banques ne financent pas l’économie réelle locale. Les taux d’inclusion bancaire dans la zone franc restent en dessous de la moyenne d’Afrique subsaharienne. La stabilité des prix n’a pas produit de développement industriel.

    Carlos Lopes, ancien secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, nuance sans défendre le statu quo. Il craint que l’adoption de critères de convergence stricts ne limite l’espace de formulation de politiques économiques pour faire face aux défis émergents. Son diagnostic : le problème n’est pas seulement monétaire. Ousmane Sonko, Premier ministre sénégalais, ajoute qu’il ne faut pas «tout faire endosser à la monnaie, qui n’est pas responsable du pillage des ressources minières, de la surfacturation des marchés publics, de la faiblesse institutionnelle des États».

    L’Eco, l’alternative en suspens

    L’Eco est le projet de monnaie unique des 15 pays de la CEDEAO. Sa création était prévue pour 2020. Plusieurs fois repoussée, la CEDEAO espère désormais une mise en place pour 2027. Mais la configuration politique du projet a changé.

    Après le sommet de décembre 2025 à Abuja, un communiqué de la présidence nigériane indique que la première phase de l’Eco pourrait concerner uniquement le Liberia, le Nigeria, le Ghana, la Sierra Leone, la Guinée et la Gambie, sous réserve du respect des critères de convergence. Autrement dit : sans les pays de l’UEMOA.

    Ce scénario est politiquement chargé. Un Eco sans le CFA serait une alternative à la monnaie commune des pays francophones, pas sa suite naturelle. Pour les pays de l’AES, Mali, Burkina Faso, Niger, qui ont fait de la dénonciation du franc CFA un acte fondateur de leur doctrine souverainiste, ce serait une opportunité de bifurcation.

    Pour Financial Afrik, le franc CFA s’est maintenu grâce à un marchandage politique : les gouvernements africains ont accepté un arrangement monétaire ancré à Paris en échange d’un label de crédibilité macroéconomique facilitant l’accès aux marchés de capitaux internationaux. Ce pacte est sous tension. Les dirigeants de l’AES et l’administration sénégalaise ont fait de la souveraineté monétaire une priorité stratégique.

    Le débat sur le franc CFA n’est pas un débat économique déguisé en politique, ni un débat politique déguisé en économie. C’est les deux. Et les prochaines années, entre la possible naissance d’un Eco anglophone sans les pays de l’UEMOA et les pressions au Sahel, vont forcer des décisions que les gouvernements africains ont longtemps pu remettre à plus tard.

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