Le 17 mai 2026, le président ougandais Yoweri Museveni a signé la loi dite « Protection de la souveraineté 2026″, un texte qui qualifie d' »agents étrangers » les personnes et organisations recevant des financements extérieurs à des fins politiques et prévoit jusqu’à vingt ans de prison pour les infractions les plus graves.
Le texte a traversé six semaines de débat intense avant d’être promulgué dans une version sensiblement allégée par rapport à la proposition initiale. Dans sa première mouture, présentée au Parlement le 15 avril par le ministre d’État chargé des Affaires intérieures, David Muhoozi, la loi imposait à tout Ougandais recevant des fonds de l’étranger de s’enregistrer comme agent étranger, sans distinction de montant ni de finalité. Après plus de deux cents consultations selon le Parlement, plusieurs dispositions ont été supprimées ou réduites, dont celle qui assimilait les membres de la diaspora ougandaise à des « étrangers ».
La version finale cible les individus et organisations agissant sciemment pour des intérêts extérieurs dans les processus politiques, les élections ou la sécurité nationale. Les ONG ne sont plus soumises à l’obligation d’enregistrement systématique, mais uniquement celles impliquées dans des activités politiques directes. Les sanctions restent lourdes : dix ans de prison pour défaut d’enregistrement, vingt ans pour ce que la loi qualifie de « sabotage économique ».
Le gouverneur de la Banque centrale, Michael Atingi-Ego, a été l’une des voix les plus fermes contre le texte. Devant les parlementaires, il a averti que toute perturbation des flux financiers extérieurs pourrait entraîner une érosion des réserves de change et un choc macroéconomique. Il a qualifié le scénario de « catastrophe économique pour notre pays ». Les transferts de la diaspora ougandaise sont une source structurelle de devises pour le pays, et la Banque mondiale avait de son côté indiqué que le projet initial exposait ses propres activités de développement courantes, y compris des réunions sur des alternatives de politique publique, à des poursuites pénales.
Ces mises en garde ont pesé sur les amendements. Mais elles n’ont pas suffi à convaincre la société civile que le texte final est sans danger.
Plusieurs organisations ont tenu une conférence de presse commune pour dénoncer la loi après son adoption. L’avocate Agather Atuhaire l’a qualifiée d' »absurde », pointant les effets en cascade sur l’économie. Human Rights Watch y voit une déclinaison africaine d’un modèle déjà documenté en Russie, où des lois similaires ont progressivement fermé l’espace associatif et muselé les médias indépendants. Sur le fond, la loi accorde à l’exécutif le pouvoir de qualifier certaines formes de critique de « sabotage économique », une formulation que les juristes opposants jugent volontairement vague. Enoch Barata, directeur des affaires juridiques du parti au pouvoir, l’a assumé sans ambages : « Les libertés civiles ne sont pas absolues. Elles doivent être encadrées pour protéger la souveraineté. »
Des militants ont aussi chiffré l’impact humain direct. Si les effectifs des organisations partenaires sont réduits, ce sont les populations vulnérables qui perdent l’accès aux services que l’État ne fournit pas lui-même, notamment en matière de santé et d’éducation.
Museveni, au pouvoir depuis 1986, a défendu le texte comme un rempart contre des groupes financés de l’étranger qui influenceraient les décisions nationales. Il a affirmé que la loi ne visait ni les investissements ni les transferts familiaux. L’Ouganda n’est pas seul sur ce terrain : du Rwanda à la Tanzanie, plusieurs États d’Afrique de l’Est ont durci ces dernières années leur encadrement des financements extérieurs destinés à la société civile. Ce que Kampala vient d’adopter s’inscrit dans cette tendance, avec une différence d’échelle dans les sanctions.