Dix jours après le limogeage d’Ousmane Sonko de la primature, le parti qu’il dirige vient de franchir une nouvelle étape. PASTEF-Les Patriotes ne siégera pas dans le gouvernement que le président Bassirou Diomaye Faye est en train de constituer autour du nouveau Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô. Sonko l’a annoncé lui-même sur les réseaux sociaux, mettant fin à plusieurs jours de consultations.
Le leader de PASTEF dit avoir rencontré le chef de l’État dans la matinée. Un long entretien qui a permis, selon ses mots, de constater « des convergences de vues » sur certains points, mais aussi des divergences sur l’essentiel : la place de la majorité dans la future équipe gouvernementale. PASTEF dit n’avoir reçu « aucune visibilité » sur la structure envisagée par l’Élysée de Dakar. Des contre-propositions ont été transmises. Elles n’ont pas reçu de suite.
« PASTEF-Les Patriotes ne participera pas au prochain gouvernement et n’y sera représenté par aucun ministre », a tranché Sonko.
Le limogeage de Sonko le 22 mai 2026 par décret présidentiel avait déjà ouvert une séquence politique inédite au Sénégal. PASTEF reste majoritaire à l’Assemblée nationale avec 130 députés sur 165, ce qui lui confère un levier considérable : la capacité de déposer une motion de censure contre le nouveau Premier ministre. Le parti peut gouverner depuis le Parlement ce qu’il refuse de gouverner depuis les ministères.
Sonko, élu président de l’Assemblée nationale avec 132 voix sur 133 après son éviction, avait déjà posé le cadre en déclarant que « on ne peut pas faire du PASTEF sans PASTEF ». Le refus de participer au gouvernement en est la traduction concrète.
La situation place Diomaye Faye dans une position inconfortable. Il doit désormais gouverner sans l’homme qui a porté leur projet commun, tout en conservant l’appui d’un parti dont il est toujours membre. Mohamed Lô, technocrate discret, devra construire une équipe sans le soutien organique du parti qui a remporté les législatives. Ce gouvernement sera minoritaire dans les faits, même s’il est constitutionnellement régulier.
PASTEF a pris soin d’adresser ses vœux de réussite à la future équipe. La politesse des adieux ne masque pas la rupture. Des explications complémentaires sont annoncées pour les prochains jours. Le Sénégal, lui, attend de voir si l’alliance de 2024 tient encore quelque chose ou si le « deuxième tour » que certains observateurs appelaient de leurs vœux est bien en train de commencer.

