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Au Sénégal, 132 députés qui n’ont pas trahi

Ousman sonko elu président de l'assemblée nationale
Ousman sonko elu président de l'assemblée nationale
Ce mardi 26 mai, Ousmane Sonko a été élu président de l’Assemblée nationale du Sénégal avec 132 voix sur 165, soit la totalité du groupe parlementaire PASTEF. Trois jours après son limogeage de la Primature par le président Bassirou Diomaye Faye, l’ancien Premier ministre retrouve un mandat de député et prend la tête de l’institution parlementaire. Ce résultat n’avait rien d’automatique. Il dépendait d’un choix que chaque député devait faire : rester dans le rang de sa famille politique, ou s’aligner sur le nouveau chef du gouvernement nommé par le président. Au Sénégal ce matin, ils ont choisi le rang.

Au Sénégal, ce qui se joue dépasse largement le cadre d’un simple succès électoral au sein de l’Assemblée nationale. C’est un signal politique plus profond : celui d’une génération qui refuse de troquer sa loyauté contre une position.

Avec une moyenne d’âge autour de la quarantaine, cette classe politique incarne une rupture nette avec certaines pratiques longtemps tolérées sur le continent. Elle impose une lecture différente de l’engagement politique, où le projet prime sur les trajectoires individuelles, où la fidélité à une vision l’emporte sur les calculs opportunistes.

Ce qui frappe, c’est la constance. Sous d’autres latitudes africaines, comme la RDC en offre un exemple historique, les gouvernements d’union nationale ont souvent fonctionné comme des machines à recycler les loyautés. Des élus issus de l’opposition rejoignent le gouvernement, adoptent progressivement le discours présidentiel, et lorsque leur famille politique décide de partir ou est écartée, refusent de suivre. Ils restent. Deviennent les défenseurs les plus ardents d’un président qu’ils combattaient hier. La rupture avec leur famille originelle se consomme en silence, rarement assumée, toujours justifiée par « l’intérêt national. »

Au Sénégal, le scénario inverse vient de se jouer. Le président a mis fin aux fonctions de son Premier ministre. La pression sur les députés PASTEF était réelle : se ranger derrière Faye, faciliter la transition vers le nouveau gouvernement, laisser Sonko sans base parlementaire. Aucun ne l’a fait.

Ce choix dit quelque chose. Il indique que pour une partie de la jeunesse politique africaine, le mandat n’est pas une monnaie d’échange. Que l’appartenance à un mouvement n’est pas conditionnelle à la faveur du moment.

Reste à savoir si cette dynamique s’inscrira dans le temps et si elle résistera aux prochaines épreuves. Car c’est là que se situe le véritable test : transformer une posture en pratique durable, y compris quand les coûts augmentent.

Ce qui s’est passé ce matin à Dakar dépasse les frontières sénégalaises. Il interroge, inspire et pose une question inconfortable à tous ceux qui ont fait d’autres choix.

Roger Musandji Nzanza
Oeil d’Afrique

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