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Francine Ntoumi, la chercheuse congolaise qui veut que les épidémies africaines s’étudient en Afrique

Le 29 juin 2026, Francine Ntoumi a été élue secrétaire générale de l’Académie africaine des sciences pour un mandat de trois ans, avec 119 voix et 71,26 % des suffrages exprimés. La professeure congolaise, fondatrice de la Fondation congolaise pour la recherche médicale à Brazzaville, défend de longue date une idée simple et rarement appliquée : que les maladies infectieuses du continent soient étudiées par des équipes installées sur le continent, et pas seulement décrites par des laboratoires du Nord.

Professeure Francine Ntoumi · Deidara42, CC0, via Wikimedia Commons

Le 29 juin 2026, Francine Ntoumi a été élue secrétaire générale de l’Académie africaine des sciences pour un mandat de trois ans, avec 119 voix et 71,26 % des suffrages exprimés. La professeure congolaise, fondatrice de la Fondation congolaise pour la recherche médicale à Brazzaville, défend de longue date une idée simple et rarement appliquée : que les maladies infectieuses du continent soient étudiées par des équipes installées sur le continent, et pas seulement décrites par des laboratoires du Nord.

Le scrutin a réuni 167 membres de l’Académie, pour un taux de participation de 65,49 %, selon la fondation qu’elle dirige. « Je mesure avec humilité l’honneur et la responsabilité que représente cette élection », a-t-elle déclaré, en promettant « une science d’excellence, portée par les talents africains ».

Six jours plus tôt, un financement européen était venu confirmer la place de son laboratoire dans la préparation aux épidémies en Afrique centrale. Le consortium PRESERVE a obtenu 12,48 millions d’euros de Global Health EDCTP3 sur soixante mois pour renforcer la surveillance, la recherche clinique et les capacités One Health dans la sous-région, annonçait l’EDCTP le 23 juin. Le projet réunit le Congo, la RDC, le Gabon, le Cameroun et la Zambie, avec des partenaires français, allemands, néerlandais et britanniques. La Fondation congolaise pour la recherche médicale en assure la direction scientifique.

La coordination, elle, revient à l’association EDCTP, en Europe. Ce détail administratif dit le mouvement en cours, et la fondation l’écrit noir sur blanc dans son rapport annuel 2025 : le changement de politique de l’Union européenne et d’EDCTP3 « privilégie désormais la coordination par des institutions européennes », ce qui l’a conduite à se réorienter vers un rôle de partenaire technique et opérationnel. Direction scientifique africaine, gestion européenne : c’est exactement le partage des rôles que Francine Ntoumi conteste depuis le début.

Son argument, elle le formule sans détour depuis des années. « Il n’y aura pas de développement sans la recherche. Ceci n’est pas un slogan, mais une simple réalité », déclarait-elle à SciDev.Net. « Les Africains doivent s’impliquer dans la recherche scientifique afin d’être capables de répondre aux besoins en matière de santé et d’améliorer la vie de leur population. » Dans le même entretien, elle racontait son retour au pays : « Je peux dire que je n’ai pas été facilement acceptée au début, pour ne pas dire que j’ai été ignorée. Je me suis tout simplement imposée par le travail. »

Ce travail a un lieu et des effectifs. La fondation, créée en 2008, est installée à Brazzaville et employait 84 collaborateurs au 31 décembre 2025, dont neuf chercheurs, huit chercheurs associés et cinq techniciens de laboratoire, d’après son rapport annuel. Son centre de recherche sur les maladies infectieuses Christophe-Mérieux, inauguré le 21 février 2018 sur la cité scientifique de Brazzaville, compte cinq laboratoires et une salle d’impression 3D, et travaille sur le paludisme, la tuberculose, le VIH, le chikungunya et la trypanosomiase humaine. Vingt-six articles scientifiques en sont sortis en 2025, et deux thèses de doctorat y ont été soutenues.

La fondation soigne aussi. En 2025, elle a ouvert le centre de santé Le Havre, dans le quartier Massissia à Brazzaville, avec médecine générale, gynécologie, pédiatrie et échographie.

Le contexte national donne la mesure de l’effort. La dépense intérieure de recherche et développement du Congo s’établissait à 0,38 % du produit intérieur brut en 2022, avec 127 chercheurs par million d’habitants, selon les données de l’Institut de statistique de l’Unesco reprises par la Banque mondiale. C’est la seule année renseignée de la série moderne pour le pays.

Le parcours de Francine Ntoumi est passé par Paris, où elle a commencé sur le paludisme à l’Institut Pasteur, puis par le Gabon, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Tanzanie. Entre 2007 et 2010, elle a dirigé le secrétariat de l’Initiative multilatérale contre le paludisme, une première pour une Africaine. Elle est professeure à l’Institut de médecine tropicale de l’université de Tübingen, affiliation qu’elle porte encore sur ses publications de 2026, et enseignante-chercheuse à l’université Marien-Ngouabi de Brazzaville. Elle coordonne depuis 2018 le réseau PANDORA-ID-NET, et la fondation pilote un programme de surveillance du mpox à la frontière fluviale entre les deux Congo, démarré en octobre 2024.

Les distinctions ont suivi : prix Georg-Forster de la fondation Alexander-von-Humboldt en 2015, prix Christophe-Mérieux remis à l’Institut de France en 2016, croix fédérale du Mérite allemande en 2022, ambassadrice nationale de l’Unicef au Congo depuis juillet 2024. Le 28 mai 2026, l’ambassadrice de France à Brazzaville lui a remis les insignes de chevalière de la Légion d’honneur. « Cette distinction vient réveiller une histoire personnelle, scientifique et humaine qui depuis mon adolescence est intimement liée à la France », a-t-elle répondu, avant de rappeler que sa fondation, inspirée du modèle de l’Institut Pasteur, porte « l’ambition de conjuguer recherche d’excellence sur les maladies infectieuses, soins de qualité pour les populations et formation de haut niveau pour les jeunes générations africaines ».

Début avril, elle est allée porter le même message devant la commission Éducation, Culture, Science et Technologie de l’Assemblée nationale congolaise. « Notre souveraineté sanitaire repose sur une conviction collective : investir dans la science aujourd’hui, c’est protéger nos populations demain », écrivait-elle au sortir de l’audition. Trois mois plus tard, l’Académie africaine des sciences lui confiait son secrétariat général.

Œil d’Afrique

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