Economie

Sénégal : croissance ramenée à 2,7 %, et le plan de redressement rapporte 451 milliards de moins

L’Assemblée nationale a reçu le vendredi 18 septembre le projet de loi de finances rectificative pour 2026. Le texte ramène la croissance attendue de 5 % à 2,7 %, soit une révision à la baisse de 2,3 points. Le gouvernement met en avant deux chocs venus de l’extérieur, le prix du brut et un déficit de pluies. Mais le plus gros écart chiffré du document ne vient pas de l’étranger : il vient du Plan de redressement économique et social, dont les recettes attendues cette année sont divisées par plus de deux.

Assemblée nationale du Sénégal, Dakar, archive 2011 · HaguardDuNord, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

L’Assemblée nationale a reçu le vendredi 18 septembre le projet de loi de finances rectificative pour 2026. Le texte ramène la croissance attendue de 5 % à 2,7 %, soit une révision à la baisse de 2,3 points. Le gouvernement met en avant deux chocs venus de l’extérieur, le prix du brut et un déficit de pluies. Mais le plus gros écart chiffré du document ne vient pas de l’étranger : il vient du Plan de redressement économique et social, dont les recettes attendues cette année sont divisées par plus de deux.

Ce que le texte révise

Le projet de loi de finances rectificative (PLFR) a été officiellement réceptionné dans l’après-midi du 18 septembre par le secrétariat général de l’Assemblée nationale, en même temps que la lettre du président de la République et le décret ordonnant sa présentation devant les députés, rapporte Le Soleil. L’examen en commission précède son inscription en séance plénière.

L’exposé général des motifs fixe la nouvelle prévision de croissance à 2,7 %, contre 5 % dans le cadrage initial. Le gouvernement attribue cette dégradation aux répercussions de la crise énergétique mondiale et à un déficit pluviométrique projeté en lien avec El Niño. Sur ce second point, le document se garde d’un bilan définitif de la campagne agricole : il présente le risque climatique comme une hypothèse du nouveau cadrage, non comme un fait constaté.

Le reste du tableau budgétaire suit. Les recettes totales, comptes spéciaux du Trésor inclus, passent de 6 188,8 à 5 848,7 milliards de FCFA, soit 340,1 milliards de moins, un recul de 5,5 %. Les dépenses, elles, progressent d’environ 150 milliards, de 7 433,9 à 7 583,9 milliards. Le déficit budgétaire s’établit à 1 735,2 milliards de FCFA, contre 1 245,1 milliards dans la loi de finances initiale : 490,1 milliards de plus, environ 747 millions d’euros. Rapporté au produit intérieur brut, il passe de 5,4 % à 7,6 %.

Le choc invoqué, et le trou mesuré

Le gouvernement désigne le conflit au Moyen-Orient comme cause centrale. Les tensions géopolitiques ont provoqué une hausse rapide du cours du Brent, qui remet en cause les hypothèses de la loi de finances initiale et alourdit simultanément les subventions énergétiques et le service des recettes attendues.

Ce facteur est réel et il est chiffrable ailleurs : pour le seul approvisionnement énergétique de la Senelec face à la flambée des hydrocarbures, l’État a mobilisé 165,5 milliards de FCFA.

Mais le document contient un écart plus large, et d’origine interne. Les recettes attendues du Plan de redressement économique et social (PRES) pour 2026 passent de 762,9 à 311,5 milliards de FCFA. La révision retire 451,4 milliards, environ 688 millions d’euros, soit une baisse de près de 59 %.

Ce n’est pas une projection prudente : c’est un constat de mi-parcours. Au premier semestre, le PRES n’a mobilisé que 140,7 milliards de FCFA pour un objectif de 221,1 milliards. Le taux de réalisation s’établit à 63,6 %, et le manque à gagner à 80,4 milliards sur six mois. Le recul du plan pèse directement sur la projection des recettes fiscales, désormais fixées à 4 931,5 milliards contre 5 384,8 milliards dans le cadrage initial.

Les jeux de hasard, 180 milliards à eux seuls

Une mesure explique à elle seule une large part de l’écart. La taxation des jeux de hasard devait rapporter 300 milliards de FCFA en 2026. Le PLFR ramène ce rendement prévisionnel à 120 milliards. L’écart atteint 180 milliards, soit deux cinquièmes de la révision totale du PRES. Sur le premier semestre déjà, cette seule ligne accusait une moins-value de 61,5 milliards par rapport aux prévisions.

Un rendement divisé par deux et demi en cours d’exercice pose une question qui n’est pas budgétaire mais méthodologique : celle de la base sur laquelle les 300 milliards avaient été inscrits.

Quatre mesures inscrites, aucun franc attendu

Le document va plus loin. Plusieurs mesures du plan y figurent désormais sans aucun recouvrement attendu :

– la régularisation foncière massive ; – la taxe sur l’exportation d’or ; – la réactivation des droits de sortie sur les exportations d’arachide ; – le renouvellement des conventions de concession des opérateurs téléphoniques.

Ces quatre leviers touchent au foncier, à l’or, à l’arachide et aux télécoms, c’est-à-dire aux quatre assiettes que le plan présentait comme les plus prometteuses parce qu’elles échappaient jusque-là à l’impôt. Le PLFR les ramène à zéro pour 2026 et ne précise pas les raisons de cette absence de recettes, mesure par mesure. Ces données sont rapportées par Dakaractu à partir du projet de loi.

Pour la suite, le gouvernement annonce un changement de méthode : renforcer le recouvrement des sommes déjà dues, s’attaquer aux minorations de chiffres d’affaires et d’impôts sur les sociétés, et régulariser la TVA collectée mais non reversée. Autrement dit, aller chercher l’existant plutôt que créer de nouvelles assiettes.

555 milliards d’investissements en moins, et le déficit se creuse quand même

Face à ce manque, l’arbitrage porte sur l’investissement public, réduit de 555 milliards de FCFA, environ 846 millions d’euros.

La coupe se répartit en deux blocs. Les crédits d’investissement financés sur ressources internes passent de 1 448,9 à 1 133,2 milliards, soit 315,7 milliards de moins, une baisse explicitement liée aux performances jugées insuffisantes du PRES. Les financements extérieurs sont ramenés de 1 355 à 1 115,7 milliards, 239,3 milliards de moins.

Ces chiffres portent sur les crédits de l’exercice 2026, non sur l’abandon définitif des projets concernés. L’arbitrage repose sur le niveau d’exécution, les décaissements déjà réalisés et la contribution à la formation brute de capital fixe : les programmes faiblement exécutés ou à impact socio-économique jugé moindre sont les premiers touchés. Le gouvernement affirme préserver les investissements sociaux, les infrastructures universitaires ainsi que les forces de défense et de sécurité, et restructurer le portefeuille extérieur au profit des projets liés à l’Agenda national de transformation.

C’est là que le document se retourne sur lui-même. L’État coupe 555 milliards d’investissement, et son déficit augmente malgré tout de 490 milliards. Les dépenses totales progressent de 150 milliards. La raison tient aux charges que la coupe n’atteint pas : les subventions énergétiques et les intérêts de la dette augmentent, et plusieurs dispositifs sociaux sont renforcés.

L’investissement est donc la variable d’ajustement d’un budget dont les postes rigides continuent de gonfler. Un point de croissance perdu se rattrape par l’investissement ; c’est précisément la ligne qui recule de 555 milliards.

Ce qui reste à établir

Le texte entre maintenant dans la procédure parlementaire. Le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, a rejeté le 18 septembre les accusations de blocage parlementaire autour de la loi de finances rectificative.

Trois points restent hors du document. Le niveau d’endettement révisé n’est pas détaillé dans l’exposé des motifs rendu public. Le détail projet par projet des 555 milliards d’investissements réduits n’est pas publié, alors que c’est à ce niveau que se mesure ce qui est reporté et ce qui est abandonné. Et le document ne dit pas pourquoi quatre mesures du plan de redressement sont désormais créditées d’un rendement nul.

La trajectoire annoncée reste celle d’un rétablissement progressif des équilibres. Le calendrier de ce rétablissement, lui, n’est pas daté.

Œil d’Afrique

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