La Senelec a publié un calendrier d’interventions qui privera d’électricité une série de quartiers de Dakar et de sa banlieue du lundi 21 au dimanche 27 septembre, chaque fois de 8 heures à 16 heures. L’entreprise insiste sur un point : ces opérations d’entretien sont distinctes des délestages provoqués par le déficit de production. La distinction est exacte du point de vue technique. Elle ne change rien pour l’abonné, qui subit les deux la même semaine.
Le calendrier, jour par jour
Les interventions ne sont pas une coupure générale. Elles visent des secteurs et parfois des clients nommés, sur le même créneau de 8 heures à 16 heures,
– Lundi 21 : Tivaouane Peulh, secteur de Singane Fall. – Mardi 22 : à Dakar, Teylium 2, l’immeuble SCI Kane, Diamalaye Djily Mbaye et le client Imprimerie Tandiang ; à Dalifort, le secteur Total Cambérène. – Mercredi 23 : les secteurs de Kofia et de Liberté 6 Extension. – Jeudi 24 : Fahoura Plastic, la Cité Mermoz 1, Ouest-Foire et Lamine Mandiang. – Vendredi 25 : le secteur Aérosouterrain des Almadies Bis et le client Sahel Gaz. – Samedi 26 : les clients SSEPC et SIAD.
Le calendrier annoncé court jusqu’au 27, mais s’arrête en pratique le samedi 26 : aucune intervention n’est inscrite au dimanche.
L’entreprise a déjà eu l’occasion de corriger ce type d’annonce. Des coupures généralisées avaient été évoquées pour la période du 7 au 13 septembre ; la Senelec avait démenti, en précisant que seules des interventions ciblées étaient programmées.
Ce que l’entreprise sépare, ce que l’abonné additionne
La Senelec range ces travaux dans l’entretien, le renforcement et l’amélioration de la qualité du service, et les présente comme distincts des coupures dues au manque de production.
La séparation a un sens pour l’exploitant : d’un côté un chantier planifié sur un poste ou une ligne, de l’autre un délestage imposé par l’écart entre l’offre et la demande. Les deux n’ont ni la même cause, ni le même remède.
Elle n’en a aucun pour le commerçant de Liberté 6 Extension, coupé le mercredi 23 de 8 heures à 16 heures. Sa journée de travail s’arrête, que la cause soit un transformateur en réfection ou un mégawatt manquant. Et rien ne lui garantit que les deux ne se cumuleront pas : depuis le 6 septembre, plusieurs localités du pays subissent déjà des coupures d’une autre nature, que la Senelec attribue à une panne technique à la centrale WAE.
La communication de l’entreprise décrit ainsi une organisation vue de l’intérieur. Le service, lui, se mesure au compteur.
Le déficit, lui, est chiffré
Sur la seconde catégorie de coupures, celle que l’entreprise met à part, les chiffres existent.
La consommation a culminé à 1 400 mégawatts en août pour une prévision de 1 250, a indiqué sur la RTS Abdou Kader Kane, directeur principal Réseaux de la Senelec. Cette pointe a absorbé les réserves disponibles.
Puis les capacités ont reculé. Un incident à la centrale de Bel-Air a accentué la tension sur le système. L’arrêt de la centrale de Cap des Biches les 6 et 7 septembre a ensuite retiré 240 mégawatts au réseau, dans un contexte de difficultés d’approvisionnement en gasoil nécessaire à son fonctionnement,
Du côté syndical, le déficit est estimé à environ 150 mégawatts par Mouhamed Habib Aïdara, secrétaire général du SUTELEC.
Trois facteurs structurels sont reconnus par l’entreprise elle-même : le vieillissement du réseau, la répétition des travaux, et les pics de chaleur qui gonflent la demande. S’y ajoute une contrainte de combustible qui contraint certaines centrales à tourner au fuel plutôt qu’au gaz, ce qui pèse sur les capacités disponibles. La dépendance au Karpowership, la centrale flottante turque, réduit d’autant les marges de manœuvre.
Ces éléments-là ne relèvent pas de la maintenance. Ils décrivent un système qui fonctionne sans réserve.
Les hôpitaux dans le périmètre
Un fait sort du registre du confort. Les perturbations ont touché des sites sensibles, parmi lesquels l’hôpital Aristide Le Dantec, l’Institut Pasteur et l’hôpital Principal de Dakar.
Aucune conséquence sanitaire n’a été documentée à ce stade, et rien ne permet d’en affirmer une. Mais le fait que trois établissements de ce rang figurent parmi les sites affectés déplace la question : il ne s’agit plus seulement de la qualité d’un service, mais du niveau de priorité accordé à des installations qui ne peuvent pas s’arrêter.
Ce que l’État a déjà payé
Le dossier a un coût public, et il est désormais inscrit dans un document budgétaire.
L’État a mobilisé 165,5 milliards de FCFA pour sécuriser l’approvisionnement énergétique de la Senelec face à la flambée des hydrocarbures. Le projet de loi de finances rectificative pour 2026, déposé à l’Assemblée nationale le 18 septembre, cite précisément la hausse des subventions énergétiques parmi les causes du creusement du déficit budgétaire, porté à 1 735,2 milliards de FCFA, soit 7,6 % du PIB contre 5,4 % prévus.
Autrement dit, la même contrainte se lit à deux endroits : dans le calendrier de coupures d’un quartier de Dakar, et dans la ligne du budget national qui finance le combustible des centrales. La Senelec affirme de son côté que ses livraisons restent prioritaires et que la collaboration se poursuit avec les pétroliers et la Société africaine de raffinage.
Ce qui n’a pas de date
Une chose manque à l’ensemble : un engagement daté.
Le calendrier des interventions est précis au jour et à l’heure. Les causes du déficit sont décrites. Le coût pour les finances publiques est chiffré. Mais aucune date de retour à la normale n’a été communiquée, ni par l’entreprise ni par la tutelle.
Le calendrier de la semaine s’arrête le 26 septembre. Ce qui se passe le 28 n’est pas écrit. Selon le SUTELEC, les autorités avaient été alertées dès le mois de juin.
Œil d’Afrique