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Gabon : Le coût du crédit monte à 21,51 %, surtout à cause des frais

Le taux du crédit dans la CEMAC est en moyenne de 10,94 % au deuxième trimestre 2026, mais il cache deux réalités. Le coût du crédit au Gabon atteint 21,51 % de taux effectif global, contre 8,31 % au Cameroun, avec la même monnaie et la même banque centrale. Le rapport de politique monétaire publié fin septembre par la BEAC montre que l’écart ne vient presque pas des taux d’intérêt : il vient des frais et des commissions.

Lexy Tchuileu · CC BY-SA 4.0

Le taux du crédit dans la CEMAC est en moyenne de 10,94 % au deuxième trimestre 2026, mais il cache deux réalités. Le coût du crédit au Gabon atteint 21,51 % de taux effectif global, contre 8,31 % au Cameroun, avec la même monnaie et la même banque centrale. Le rapport de politique monétaire publié fin septembre par la BEAC montre que l’écart ne vient presque pas des taux d’intérêt : il vient des frais et des commissions.

Le taux effectif global, le TEG, est le prix complet d’un prêt. Il additionne le taux nominal, celui qui figure sur le contrat, et tout ce que la banque facture autour : frais de dossier, assurance, garanties, commissions. C’est le chiffre qui dit ce que coûte réellement un crédit, et c’est celui que la BEAC publie pays par pays dans son rapport de septembre 2026.

Le classement est net. Le Gabon arrive en tête avec 21,51 %, devant la Centrafrique à 14,36 % et la Guinée équatoriale à 13,82 %. Le Congo est à 10,00 %, le Tchad à 8,47 % et le Cameroun ferme la marche à 8,31 %. La banque centrale parle elle-même d’une « forte hétérogénéité » entre les six pays.

La part des frais dans le TEG fait toute la différence. En moyenne dans la CEMAC, le taux nominal compte pour 63,4 % du coût du crédit et les autres charges pour 36,6 %. Au Gabon, la proportion s’inverse : les charges et commissions pèsent 63,85 % du TEG, presque le double de la moyenne de la zone, selon la BEAC. Au Cameroun, elles ne font que 18,33 %. Au Congo, 20,00 %, au Tchad 28,95 %, en Centrafrique 29,34 % et en Guinée équatoriale 31,48 %.

Rapporté au taux, le calcul est simple. Avec un TEG de 21,51 % dont un peu plus d’un tiers d’intérêt, le taux nominal gabonais tourne autour de 7,8 %. Au Cameroun, il est proche de 6,8 %. Entre Libreville et Douala, l’intérêt payé à la banque diffère donc d’à peine un point. Ce sont les frais qui font passer le coût du crédit au Gabon à plus du double du crédit camerounais : de l’ordre de 13,7 points de TEG au Gabon, contre 1,5 point au Cameroun.

La baisse enregistrée à l’échelle de la zone suit la même logique. Entre le premier et le deuxième trimestre 2026, le TEG moyen de la CEMAC est passé de 12,36 % à 10,94 %, soit 1,42 point de moins. Le taux nominal, lui, n’a reculé que de 7,39 % à 7,23 %. L’essentiel du recul est venu des charges annexes, pas du prix de l’argent.

Le rapport détaille aussi le coût par type d’emprunteur. Les particuliers supportent le TEG le plus élevé de la zone, 15,48 % au deuxième trimestre 2026, contre 17,19 % trois mois plus tôt. Viennent ensuite les « autres personnes morales » à 14,84 %, puis les PME à 10,97 %, les grandes entreprises à 10,36 % et les administrations publiques à 10,22 %.

Le salarié qui finance une voiture ou une parcelle paie donc son crédit plus cher que l’État et que les grandes sociétés. Chez les particuliers, les frais font 31,2 % du TEG, moins que la moyenne : c’est le taux d’intérêt lui-même qui est élevé. Pour les PME, la part des frais tombe à 18,2 %. Elle grimpe à 42,4 % pour les grandes entreprises et à 50,7 % pour les autres personnes morales.

Le volume de crédit suit. La BEAC prévoit que les crédits à l’économie progresseront de 8,9 % en 2026, pour atteindre 14 965,2 milliards de F CFA. Elle qualifie elle-même cette progression de « relativement contenue », et écrit qu’elle pourrait refléter « la persistance des conditions de financement exigeantes », un risque de crédit perçu comme élevé et « l’exposition importante de certains établissements bancaires aux risques souverains ». Cette exposition aux risques souverains, ajoute la banque centrale, « limite les marges de financement disponibles pour les entreprises », en premier lieu les PME.

La zone dispose pourtant d’un texte sur le sujet. Le règlement n° 04/19/CEMAC/UMAC/CM encadre le calcul du taux effectif global, réprime l’usure et impose la publication des conditions de banque dans la CEMAC. Le rapport de la BEAC donne les moyennes par pays et par catégorie d’emprunteurs. Il ne détaille pas, banque par banque, ce que recouvrent les frais facturés aux clients gabonais.

C’est la prochaine question pour les emprunteurs de Libreville, de Port-Gentil ou de Franceville : à quoi correspondent ces 13 points de frais, et lesquels sont négociables. Les chiffres du troisième trimestre, attendus dans le prochain rapport de politique monétaire de la BEAC, diront si l’écart avec Yaoundé et Douala se maintient.

Œil d’Afrique

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