Depuis des mois, un accord entre Libreville et le Fonds monétaire international est annoncé comme imminent. Il n’est pas encore signé. La raison : le président gabonais a imposé une condition que le FMI n’avait pas demandée.
Pendant des mois, la même promesse a circulé dans les milieux économiques et diplomatiques. Un accord entre le Gabon et le FMI serait imminent. Pourtant, malgré les annonces répétées, la signature n’est jamais intervenue. L’annonce a surpris les marchés d’Afrique centrale : les négociations n’ont pas échoué, mais le président Brice Clotaire Oligui Nguema a délibérément choisi de lever le pied. Son objectif : obtenir une transparence totale sur les chiffres avant d’engager son pays dans un nouveau programme d’ajustement.
La raison de ce blocage, Oligui Nguema l’a expliquée lui-même lors d’une interview accordée à France 24 début juin. À la prise de pouvoir de la transition, le chiffre de la dette qui lui avait été présenté s’élevait à 7 500 milliards de francs CFA. Puis un autre montant est apparu, avoisinant les 8 000 milliards. Face à cette divergence, il a dit au FMI : «Je veux un audit de ces chiffres.»
Dans sa grande interview au quotidien national L’Union en mai 2026, il avait posé le problème en ces termes : «Lors de leur dernier passage à Libreville, j’ai personnellement demandé que nous procédions à un audit complet et rigoureux de la dette publique gabonaise. Ce n’est pas le FMI qui a exigé cet audit, c’est le chef de l’État gabonais qui l’a réclamé.» Et il avait ajouté : «Je ne signerai jamais un accord qui demande aux Gabonais de se serrer la ceinture pendant que les gaspillages continuent.»
Le contexte financier rend ce bras de fer particulièrement risqué. La dette publique gabonaise est estimée à 8 600 milliards de francs CFA, soit près de 70 % du PIB. Le service de la dette pourrait atteindre environ 2 500 milliards de francs CFA cette année, soit à peu près un quart de la richesse nationale. Plus de 59 % de l’encours de cette dette arrive à échéance en 2026-2027, ce que les analystes appellent un «mur de la dette». La Banque mondiale a prévenu que l’absence d’une stratégie de refinancement claire pourrait exposer le Gabon à des chocs budgétaires soudains.
Un pays avec ce profil de dette ne choisit pas d’habitude de freiner ses négociations avec son principal bailleur. Oligui Nguema l’a fait.
L’audit a été lancé à la suite de la découverte d’irrégularités sur la période 2016-2023 : projets non réalisés, facilités financières non reversées au Trésor, manquements dans la comptabilisation de certaines dettes. En clair, la transition a hérité d’une comptabilité publique dont elle ne maîtrisait pas entièrement le contenu. Signer un programme d’ajustement sans en connaître la base de départ aurait exposé Libreville à des conditionnalités calibrées sur de mauvaises données. Cet audit doit être achevé d’ici fin juillet 2026.
Un porte-parole du FMI a confirmé à Reuters que cet audit constitue «une étape importante pour l’élaboration d’un futur programme soutenu par le FMI, visant à déterminer le niveau et la composition de la dette publique». L’institution a donc accepté d’attendre. Ce n’est pas anodin de la part d’une organisation habituée à imposer son calendrier.
Sur le plan international, Oligui Nguema a tenu à préciser que cette affirmation de souveraineté budgétaire ne signifie pas l’isolement. Il a confirmé une visite d’État en France prévue le 20 juillet et a insisté sur la différence entre sa démarche et celle des pays du Sahel, soulignant que la rétrocession du Camp de Gaulle aux autorités gabonaises s’est faite dans une logique concertée, non conflictuelle.
Sur le contenu du futur accord, Oligui Nguema est resté laconique. Aucune mention des réformes exigées, des conditionnalités attachées au programme, ni du montant des décaissements attendus. Il s’est contenté d’annoncer la signature «vers la fin de l’année». Un programme FMI entraîne généralement des mesures qui touchent directement les populations : réduction des subventions, maîtrise de la masse salariale, réforme fiscale. La communication sur ce point reste absente.
Oligui Nguema a conclu son propos avec une formule qui résume sa lecture du dossier : «La dette n’est pas une fatalité quand on a du pétrole, du manganèse, du bois, une forêt valorisable sur les marchés carbone, et un peuple jeune et travailleur. Le problème du Gabon, ce n’était pas un manque de ressources. C’était le manque de gouvernance.»
La démonstration tient si l’audit confirme les chiffres, si le FMI accepte les termes finaux, et si les conditionnalités épargnent suffisamment les ménages pour que la promesse soit tenable. Trois conditions, trois inconnues d’ici décembre.




































