Le Conseil supérieur de la magistrature, réuni le 16 septembre au palais présidentiel de Port-Gentil, a nommé Pamphile Moussavou Ibouanga Premier président de la Cour des comptes du Gabon. Son prédécesseur, Alex Euv Moutsiangou, figure dans le même communiqué comme conseiller au secrétariat permanent du Conseil. Onze mois plus tôt, il prenait ses fonctions ; depuis la fin août, il faisait campagne pour le recouvrement de 1 700 milliards de francs CFA de débets et d’amendes, avec une date butoir au 7 octobre.
La session était la première du Conseil supérieur de la magistrature tenue dans la capitale économique, selon la présidence de la République, qui la présidait. Le communiqué final, publié le lendemain, est une liste de nominations, de promotions et de réintégrations. Il inscrit « Premier Président : MOUSSAVOU IBOUANGA Pamphile » à la rubrique de la Cour des comptes, et le nom de son prédécesseur à celle du secrétariat permanent. Direct Infos Gabon, Gabonactu, Infos Gabon et Top Infos Gabon relèvent tous la même chose : le document n’avance aucun motif, et aucune sanction n’est prononcée.
Alex Euv Moutsiangou avait été nommé par décret en septembre 2025 et installé le 6 octobre 2025, en remplacement d’Alain-Christian Iyangui. Il aura passé onze mois à la tête de la juridiction, et il en avait fait du recouvrement la marque. Son successeur connaît la maison : Pamphile Moussavou Ibouanga y a exercé comme conseiller-maître et président de chambre, selon Gabonactu.
C’est fin août, avant l’ouverture de l’année judiciaire, qu’il a sorti le chiffre. « Nous avons 1700 milliards de débets et amendes pour lesquels les compatriotes doivent rendre à l’État », déclarait-il dans un entretien publié par Top Infos Gabon, en précisant avoir signé 368 rapports en début d’année. L’Union reprenait quelques jours plus tard la même déclaration : « Les uns et les autres sont appelés à restituer les sommes qui ont été distraites à hauteur globalement de 1 700 milliards de FCFA. »
Ce que ce montant est exactement, le magistrat l’a dit lui-même le 7 septembre, dans un entretien à l’Agence gabonaise de presse. Ce n’est ni le produit des contrôles de l’année, ni une somme détournée établie comme telle, ni même une créance entièrement exigible.
« Les 1 700 milliards, c’est l’activité de la Cour avant même 2023. Ce ne sont pas 1 700 milliards qui résultent des contrôles que nous avons effectués cette année. Ce sont des décisions antérieures. »
Il s’agit du cumul des décisions rendues depuis 1985, dont « une partie a été payée et une autre qui ne l’est pas du tout. Donc, ce qui entre est faible », a-t-il ajouté. Rapporté au budget rectifié de l’État pour 2026, 5 495,2 milliards de francs CFA, ce stock équivaut à environ 31 %, calcule Direct Infos Gabon. Le recueil de décisions que la Cour a publié cette année, lui, couvre la période 1994-2022 : 83 actes, 55 arrêts et jugements, 61 personnes physiques et cinq personnes morales, selon Top Infos Gabon. Les quelque 600 débiteurs cités par la presse gabonaise depuis le 7 septembre forment un ensemble plus large, que ce recueil ne recouvre pas.
L’échéance du 7 octobre, elle, correspond au délai d’un mois ouvert le 7 septembre. Son origine varie selon les titres : Direct Infos Gabon et Infos Gabon l’attribuent au chef de l’État, en citant RFI ; Gabonactu écrit que c’est le Premier président de la Cour des comptes qui a annoncé ce délai de grâce. L’Agence gabonaise de presse, elle, l’évoque sans en nommer l’auteur.
Reste la question que le changement du 16 septembre pose vraiment : une créance publique tient-elle à l’institution ou à celui qui la préside. Sur ce point, le droit gabonais est net, et le magistrat l’a rappelé lui-même. La Cour des comptes juge les comptables et les ordonnateurs, déclare les gestions de fait et sanctionne les fautes de gestion ; elle n’encaisse pas. Ses arrêts sont transmis au parquet général pour exécution, et c’est le Trésor qui recouvre.
« Une décision de justice est une décision de justice. On l’exécute avec la même force que le recouvrement de l’impôt », déclarait Alex Euv Moutsiangou à l’AGP le 8 septembre, en demandant que les condamnés paient et apportent leurs quittances. Il n’excluait pas la transmission de dossiers aux juridictions pénales ni la saisie de biens. Ce que la campagne menée depuis la fin août visait n’était donc pas un pouvoir dont la Cour dispose, mais la mise en mouvement de ceux qui l’ont.
Une phrase de son entretien du 7 septembre a pris un autre relief depuis le 16.
« Un premier président vient, les mêmes procédures sont là ; il s’en va, un autre vient, les mêmes procédures sont toujours là. Ça va devenir éternel. »
Le vice-président du Conseil économique, social, environnemental et culturel, Geoffroy Foumboula Libéka, avait invité le magistrat à aller jusqu’au bout, en prévenant : « On sait que les pressions seront énormes. » Le même Conseil supérieur de la magistrature a par ailleurs pourvu sept chambres provinciales des comptes, à Franceville, Ntoum, Mouila, Tchibanga, Koulamoutou, Oyem et Port-Gentil. Le 7 octobre dira ce qu’il advient du calendrier : si le nouveau Premier président reprend la date, et ce que le Trésor aura encaissé d’ici là.
Œil d’Afrique