Le Maroc a une majorité avant d’avoir un gouvernement. Lundi 12 octobre, le Parti authenticité et modernité (PAM), le Parti de l’Istiqlal, l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et le Parti du progrès et du socialisme (PPS) ont annoncé dans un communiqué commun qu’ils formeront la majorité du gouvernement El Mansouri. La cheffe du gouvernement nommée, Fatima Ezzahra El Mansouri, s’appuiera sur 207 des 395 sièges de la Chambre des représentants, neuf de plus que le seuil de la majorité absolue. Le Rassemblement national des indépendants (RNI), qui dirigeait le gouvernement sortant, n’en fait pas partie.
Le texte, publié lundi soir à Rabat après deux cycles de consultations, ne contient aucun nom de ministre ni aucune répartition des portefeuilles. Chaque parti proposera ses ministres, et le programme gouvernemental sera élaboré dans les meilleurs délais.
Le calcul de la majorité part des résultats définitifs des législatives du 23 septembre. Le ministère de l’Intérieur les a annoncés le 25 septembre, après la proclamation par les commissions de recensement, sans aucun changement par rapport au décompte provisoire. Le PAM y obtient 97 sièges, l’Istiqlal 65, l’USFP 26 et le PPS 19. Total : 207.
La majorité absolue de la Chambre est de 198 sièges, et ce seuil n’a rien de théorique. L’article 88 de la Constitution prévoit que le gouvernement est investi après avoir obtenu la confiance de la Chambre des représentants, « exprimée par le vote à la majorité absolue des membres composant ladite chambre », en faveur de son programme. Ce sont les membres qui comptent, pas les présents. Une abstention ou un siège vide dans les rangs de la majorité pèse donc comme une voix contre.
Avec 207 élus, Fatima Ezzahra El Mansouri peut perdre neuf voix et rester investie. À dix défections, elle tombe à 197 et, sans appoint extérieur, le programme n’est pas adopté.
En face, 188 députés n’appartiennent pas à la majorité, mais ils ne forment pas un bloc. L’Union constitutionnelle (17 sièges) a annoncé un « soutien critique » au prochain gouvernement après la réunion de son bureau politique du 9 octobre, sans y entrer. Si ses élus votent la confiance, le programme peut compter sur 224 voix. Le RNI (66 sièges), le Parti de la justice et du développement (54) et le Mouvement populaire (29) restent dehors.
Le RNI est passé de 102 sièges en 2021 à 66. Il a conduit pendant cinq ans la coalition sortante, aux côtés du PAM et de l’Istiqlal, sous la direction d’Aziz Akhannouch, auquel Mohamed Chaouki a depuis succédé à la tête du parti. Réuni à Rabat le 3 octobre, son conseil national s’est dit disposé à participer au prochain gouvernement et a confié la négociation à son président.
L’offre n’a pas trouvé preneur. Le même jour, devant le conseil national du PAM réuni à Skhirat, Fatima Ezzahra El Mansouri avait répondu aux militants hostiles au RNI par une phrase rapportée par Le Desk : « Pas de gouvernement avec les Indépendants. » Le communiqué officiel du PAM ne l’avait pas reprise. Celui du 12 octobre ne nomme pas le RNI. Parmi les raisons du choix, il cite seulement une analyse approfondie des expériences gouvernementales antérieures.
Pour l’USFP et le PPS, le mouvement est inverse. Les deux partis ont passé la législature 2021-2026 dans l’opposition. Avec l’Istiqlal, ce sont trois partis issus de la Koutla historique qui se rangent derrière le PAM. Le comité central du PPS a mandaté à l’unanimité son bureau politique pour conduire la suite des consultations. Samedi 10 octobre, le conseil national de l’USFP a approuvé la participation au gouvernement et chargé son premier secrétaire, Driss Lachgar, de négocier l’offre de la cheffe du gouvernement nommée.
Fatima Ezzahra El Mansouri a été reçue par le roi Mohammed VI au Palais royal de Rabat le mardi 29 septembre. Le communiqué du ministère de la Maison royale, du Protocole et de la Chancellerie indique que le souverain l’a nommée cheffe du gouvernement « en vertu de l’article 47 de la Constitution » et l’a chargée de former le nouveau gouvernement. Elle est coordinatrice nationale de la direction collégiale du secrétariat général du PAM. Le communiqué de la majorité qualifie la nomination d’une femme à ce poste, la première au Maroc, d’« événement historique inédit dans notre processus démocratique ».
La majorité arrive trois jours après le discours du roi au Parlement, le 9 octobre, à l’ouverture de la première session de la 12e législature. Le souverain y a dit attendre du nouveau mandat « un véritable tournant » et a exhorté « le secteur privé à renforcer son rôle en tant qu’acteur stratégique de la transformation qui s’opère dans notre pays ». Le communiqué des quatre partis reprend l’ambition royale d’un Maroc émergent qui avance à une seule vitesse.
La première épreuve arithmétique tombe ce mardi 13 octobre. La Chambre des représentants tient à 15 heures une séance plénière consacrée à l’élection de son président, selon le communiqué du président de son bureau provisoire. Le scrutin montrera si les 207 élus annoncés lundi votent ensemble.
Viendront ensuite les noms, que le roi nomme sur proposition de la cheffe du gouvernement, puis le programme, soumis au vote de confiance. Ce jour-là, Fatima Ezzahra El Mansouri devra réunir au moins 198 de ses 207 élus, ou compter sur l’appoint de l’Union constitutionnelle.
Œil d’Afrique