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Maroc : Pour la HACA, le parti le plus suivi sur Facebook n’est pas le plus écouté

Le Rassemblement national des indépendants (RNI) compte 1,4 million d’abonnés sur Facebook, plus qu’aucun autre parti marocain, et c’est l’un de ceux dont le public réagit le moins. Le constat vient d’une étude sur les réseaux sociaux et la communication politique publiée le 5 octobre par la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA), qui a mesuré la présence numérique des partis représentés au Parlement de janvier à mai 2026. Le régulateur de l’audiovisuel y plaide pour passer du temps d’antenne au « temps de visibilité ».

Le Parlement marocain à Rabat, où siègent les partis dont la HACA a mesuré l'audience sur les réseaux sociaux
Serrarmohamesomar · CC BY-SA 4.0

Le Rassemblement national des indépendants (RNI) compte 1,4 million d’abonnés sur Facebook, plus qu’aucun autre parti marocain, et c’est l’un de ceux dont le public réagit le moins. Le constat vient d’une étude sur les réseaux sociaux et la communication politique publiée le 5 octobre par la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA), qui a mesuré la présence numérique des partis représentés au Parlement de janvier à mai 2026. Le régulateur de l’audiovisuel y plaide pour passer du temps d’antenne au « temps de visibilité ».

De janvier à mai, les 371 publications Facebook du RNI ont suscité 177 470 interactions, en additionnant les mentions « j’aime », les commentaires et les partages. Le Parti authenticité et modernité (PAM), avec 562 000 abonnés et 330 publications, en a obtenu 390 733, plus que toute autre formation. Le Parti de la justice et du développement (PJD), 1,2 million d’abonnés, suit avec 336 268. Rapporté au nombre d’abonnés, le taux d’engagement du RNI est de 12,7 %, celui du PAM de 69,5 %.

Sur TikTok, l’écart change d’échelle. Le PAM y a publié 52 vidéos en cinq mois, vues 1 911 992 fois, soit près de 80 % des vues cumulées des six partis présents sur la plateforme. Le RNI en a publié 686, vues 101 910 fois. Treize fois plus de vidéos, dix-neuf fois moins de vues.

L’étude de 94 pages est l’œuvre du groupe de travail « Régulation et médias numériques », que préside Narjis Rerhaye au sein du Conseil supérieur de la communication audiovisuelle, l’organe délibérant de la HACA. Elle repose sur 2 651 publications Facebook, 925 vidéos TikTok, 507 vidéos YouTube et 1 012 messages publiés sur X. La période a été arrêtée au 31 mai, à l’écart de la campagne, pour que l’effervescence électorale ne fausse pas les données. Le 23 septembre, le PAM est arrivé en tête des législatives avec 97 sièges, devant le RNI, 66 sièges.

Le terrain mesuré est immense. Selon les données reprises par l’étude, 99 % des internautes marocains utilisaient les réseaux sociaux en 2024, contre 96 % en 2019, et 92 % s’y connectent tous les jours ou presque.

Le régulateur en tire une question qui le concerne directement. Le 16 juin 2026, la HACA a adopté une décision normative pour garantir le pluralisme de l’expression politique dans les radios et télévisions pendant la période électorale. Mais la campagne s’est jouée aussi, « de manière massive », sur les réseaux sociaux, « un espace où l’équivalent de « temps d’antenne » n’existe pas », écrit le groupe de travail. Un candidat peut publier dix vidéos ; si l’algorithme en pousse certaines beaucoup plus que d’autres, sa visibilité réelle n’a plus rien à voir avec ce qu’il a publié. L’étude résume le problème en une phrase : « chacun peut s’exprimer, mais tous ne sont pas entendus ».

Elle propose de déplacer le contrôle. Le pluralisme ne peut plus se limiter à la liberté de publier, il doit intégrer l’accès effectif à l’audience. Le régulateur, poursuit le texte, « doit réfléchir à une extension de son champ d’action, non pas pour contrôler les contenus, mais pour garantir la transparence des mécanismes de visibilité ». L’équité électorale, ajoute l’étude, « pourrait demain se jouer sur la capacité à comprendre et encadrer les logiques de recommandation et d’amplification », plutôt que sur le chronométrage du temps de parole.

« L’opacité des algorithmes et la concentration du pouvoir entre les mains des grandes plateformes posent un problème de transparence et de contrôle citoyen », a déclaré Narjis Rerhaye dans le communiqué de la HACA annonçant la publication.

Les recommandations visent d’abord les plateformes. L’étude demande d’exiger de celles qui opèrent au Maroc « un devoir de transparence et de modération, sur le modèle du Digital Services Act » européen : les plateformes devraient être tenues d’expliquer comment elles sélectionnent les contenus qu’elles affichent. Elle réclame la publication régulière de données propres au marché marocain et des équipes de modération recrutées et formées dans le pays. Elle propose aussi des modules de citoyenneté numérique dès le collège, pour apprendre aux élèves à vérifier une source.

La HACA régule l’audiovisuel, pas Facebook ni TikTok : c’est tout l’objet de son appel à étendre son champ d’action. La décision ne lui appartient pas. Elle reviendra au gouvernement en cours de formation et au Parlement élu le 23 septembre, où siègent les partis que l’étude vient de passer au crible.

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