Depuis dix-sept jours, le monde regarde le Moyen-Orient brûler. Depuis dix-sept jours, l’Afrique paie une facture qu’elle n’a pas demandée.
Le 28 février, les frappes israélo-américaines sur l’Iran ont déclenché une spirale dont les effets se propagent bien au-delà du Golfe. La fermeture de facto du détroit d’Ormuz par l’Iran a provoqué une perturbation immédiate des livraisons mondiales de gaz et de pétrole, avec une hausse des prix du baril de plus de 15% depuis le déclenchement des frappes. Pour les économies africaines importatrices de pétrole, c’est un choc direct, brutal, et potentiellement durable.
Bien que seulement 13% des importations africaines totales transitent par le détroit d’Ormuz, une perturbation dans cette zone aurait des conséquences importantes pour les économies du continent. Une interruption prolongée entraînerait une hausse des prix de l’énergie, une pression accrue sur les budgets et les réserves de change, et une augmentation des coûts pour le transport, l’électricité thermique et l’industrie.
Ce n’est pas seulement le pétrole. C’est toute la chaîne logistique mondiale qui se reconfigure sous la pression du conflit. Francis Perrin, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), rappelle que juridiquement, l’Iran n’a pas le droit de bloquer le détroit d’Ormuz, mais que militairement, il en a la possibilité, étant avec Oman l’un des deux États riverains du passage.
Le nouveau guide suprême iranien Mojtaba Khamenei, qui a succédé à son père tué le premier jour des bombardements, a déclaré dans son premier message que le détroit d’Ormuz devait rester fermé pour faire pression sur les États-Unis et Israël. Le signal est clair : aucune sortie rapide n’est à l’horizon.
Pour l’Afrique, la leçon est cruelle mais connue : les crises qu’elle ne provoque pas sont souvent celles qui l’affectent le plus. La dépendance structurelle aux marchés énergétiques mondiaux, aux routes maritimes et aux devises étrangères place le continent dans une vulnérabilité permanente face aux soubresauts géopolitiques des autres. Le FMI a déjà constaté que de tels chocs énergétiques détériorent les déficits budgétaires, en particulier en Afrique subsaharienne, avec des devises locales sous pression en raison de l’augmentation des paiements en dollars pour l’énergie et le transport.























