Il n’a jamais fait campagne. Il n’a jamais tenu un meeting. Pendant dix ans, il a géré les comptes d’un État avec la rigueur d’un directeur financier de multinationale. Et maintenant, il se présente à la présidence du Bénin.
Romuald Wadagni est l’un des profils les plus inhabituels de la politique africaine contemporaine. Ancien cadre de Deloitte, ministre d’État en charge de l’Économie et des Finances depuis 2016, il a imposé une rigueur de gestion remarquée par les institutions financières internationales : refus d’annulations de dettes, euro-obligations placées à des taux records, lancement des obligations durables.
Son bilan est réel. Sous sa houlette, le Bénin est passé de pays pauvre à revenu intermédiaire et a renforcé son attractivité auprès des investisseurs. Mais gouverner un État, ce n’est pas auditer un bilan comptable. Et c’est là que les questions commencent.
Comme le souligne François Soudan, directeur de la rédaction de Jeune Afrique : « On n’est pas membre d’un gouvernement pendant une décennie sans faire tout de même un peu de politique ni se constituer un réseau. » Mais transformer la stature d’argentier respecté en leadership politique capable de séduire l’électorat reste le défi central de Wadagni.
L’homme porte sur ses épaules le pari de Patrice Talon : prouver qu’une démocratie africaine peut se transmettre un pouvoir sans le fracasser. C’est un pari risqué. C’est aussi, peut-être, le plus beau pari du Bénin depuis longtemps.






















