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Maroc : La CAN féminine sacrifiée sur l’autel du Mondial masculin

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Aujourd’hui devait être un grand jour. Le stade Moulay Hassan de Rabat devait s’ouvrir sur un Maroc-Kenya d’ouverture de la CAN féminine 2026. Les joueuses avaient préparé pendant des mois. Les crampons étaient cirés. Les billets d’avion, déjà compostés. Et puis, douze jours avant le coup d’envoi, tout s’est effondré.

Le 5 mars, la CAF a officiellement annoncé le report de la compétition dans un communiqué très court, évoquant des « circonstances imprévues » sans donner la moindre explication. La compétition est reprogrammée du 25 juillet au 16 août 2026. Trois mots « circonstances imprévues » pour justifier une décision qui a brisé des rythmes sportifs, vidé des préparations de leur sens, et coûté de l’argent à des fédérations qui n’en ont pas.

Les vraies raisons, elles, circulent en coulisses avec beaucoup moins de pudeur. Les raisons avancées par la Fédération Royale Marocaine de Football auprès de la CAF sont au moins au nombre de deux : la nécessité de terminer le championnat masculin marocain avant la date butoir de la FIFA, et la fatigue logistique accumulée après avoir organisé la CAN masculine de décembre à janvier. En d’autres termes : le football masculin avait besoin de place. Le féminin a cédé.

Reynald Pedros, sélectionneur, a mis les mots que d’autres n’osaient pas dire : « Je pense que c’est un problème de timing par rapport au championnat masculin au Maroc, qui doit se finir au mois de mai avant la Coupe du monde. L’explication qu’on peut avoir, c’est que la CAN féminine empêchait ce championnat de se tenir. On se pose la question de savoir s’ils auraient aussi reporté un tournoi masculin dans le cas inverse. »

La réponse à cette question, tout le monde la connaît. Non, on n’aurait pas reporté un tournoi masculin pour laisser la place à une compétition féminine. Jamais. Et c’est là que réside la gravité de ce qui vient de se passer.

À seulement douze jours du coup d’envoi, alors que les crampons étaient cirés et les billets d’avion déjà compostés, la CAF n’a pas seulement brisé le rythme sportif du continent ; elle a ouvert un gouffre financier béant sous les pieds des fédérations nationales qui éprouvent déjà des difficultés à financer le football féminin. Stages annulés, billets remboursés, préparations physiques à reprendre de zéro dans quatre mois, tout cela coûte de l’argent. Et personne, pour l’instant, n’a dit qui paierait.

Le report a aussi un coût humain que les chiffres ne capturent pas. Kani Konte, joueuse malienne, résume sobrement : « Ça va faire deux années sans vacances d’été. » Et Nasser Larguet, ancien directeur technique national de la Fédération marocaine, reconnaît lui-même qu’« un report d’une compétition, qu’elle soit féminine ou masculine, à la dernière minute, ça donne une image un peu négative ».

L’attaquante nigériane du PSG, Rasheedat Ajibade, a exprimé ce que pensaient des milliers de joueuses et de supporters : « Le football féminin africain mérite mieux. »

Trois mots. Simples, justes, et qui résument tout. Le problème n’est pas le report en lui-même, les aléas organisationnels existent. Le problème, c’est le schéma qui se répète : depuis des années, le football féminin africain avance malgré ses instances, pas grâce à elles. Il est reporté quand le masculin a des contraintes. Il est sous-financé quand les budgets se font rares. Il est mal diffusé quand les droits TV se négocient. Et ses joueuses, parmi les meilleures du monde, méritent infiniment mieux que d’apprendre par communiqué, à douze jours du coup d’envoi, que leur compétition n’aura finalement pas lieu.

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