Il y a des rendez-vous sportifs qui dépassent le sport. Le 31 mars 2026, à Guadalajara, dans le stade Akron du Mexique, les Léopards de la République démocratique du Congo joueront le match le plus important de leur histoire depuis un demi-siècle. Une victoire, et c’est le Mondial. Une défaite, et c’est encore l’attente. Cinquante-deux ans de plus.
La dernière fois que la RDC, qui s’appelait alors le Zaïre, a participé à une Coupe du monde, c’était en 1974, en Allemagne. Mobutu était au pouvoir. Le pays était différent. Le monde était différent. Et pourtant, ce souvenir reste gravé dans la mémoire collective congolaise comme un des rares moments où la nation toute entière a pu regarder dans une direction et se reconnaître.
Sébastien Desabre, le sélectionneur, a confié à la FIFA : « On est très motivés. On est dans la continuité de notre objectif de base. Il y a trois ans et demi, quand j’ai repris l’équipe, on avait déjà cet objectif en ligne de mire. Ce match de barrage sera notre 13e match depuis le début des qualifications. C’est un tout. C’est tout ce qu’on a vécu ensemble, ce qui nous a renforcés, les victoires comme les défaites. »
Ce parcours a en effet été tout sauf linéaire. La RDC a d’abord terminé en tête de son groupe africain, devançant le Sénégal. Elle a ensuite éliminé le Cameroun (1-0) en demi-finale des barrages africains, avant de vivre une finale épique contre le Nigeria — 1-1 au terme des prolongations, puis victoire aux tirs au but grâce au gardien Timothy Fayulu, entré spécialement pour la séance. Un scénario de cinéma.
Ce groupe a quelque chose de particulier. Desabre le décrit ainsi : « Les joueurs sont très solidaires sur le terrain et en dehors. On est effectivement tous très unis pour aller au bout de notre objectif. Jouer contre nous, ça peut parfois être difficile pour nos adversaires parce qu’on est extrêmement soudés — les attaquants défendent, les défenseurs attaquent, tout le monde est à la disposition de l’équipe comme si on était des soldats de la nation prêts à défendre notre pays. »
Sur le papier, les Léopards sont favoris. La RDC est la nation la mieux classée parmi les six équipes engagées dans les barrages intercontinentaux avec sa 56e place au classement FIFA, bien au-dessus de la Jamaïque (70e) et de la Nouvelle-Calédonie (148e). Elle est aussi la seule à avoir éliminé deux géants continentaux, le Cameroun et le Nigeria, pour y accéder.
L’effectif est solide et expérimenté. Cédric Bakambu a résumé l’état d’esprit du groupe en une phrase : « J’échangerai tout contre une qualification. » Cette phrase dit tout. Ces joueurs ne jouent pas pour leurs clubs européens ce 31 mars. Ils jouent pour cent millions de Congolais. Pour leurs mères. Pour leurs quartiers. Pour une nation qui traverse l’une des crises les plus douloureuses de son histoire, guerre à l’Est, drones sur Goma, 52 ans de douleur, et qui mérite, pour une fois, de célébrer quelque chose ensemble.
Parmi les joueurs à suivre : Noah Sadiki, milieu défensif de 21 ans à Sunderland, dont la valeur marchande atteint désormais 37 millions d’euros, symbole d’une génération qui n’a pas froid aux yeux ; Yoane Wissa, de retour de blessure et affamé de revanche après avoir manqué la CAN ; et Chancel Mbemba, le capitaine, dont le penalty décisif lors des tirs au but contre le Nigeria a tout changé.
Il reste quatorze jours. Les Léopards s’entraînent à Guadalajara. Le pays retient son souffle. Et le 31 mars, à 22h heure de Kinshasa, une nation tout entière regardera dans la même direction.
























