Le brouillard s’est dissipé. Après les informations parcellaires des premiers jours, le Parquet national anticriminalité organisée a publié ce vendredi 27 mars un communiqué officiel qui précise pour la première fois, noir sur blanc, la situation judiciaire exacte de Gandhi Djuna alias Gims. Le tableau est sérieux.
Ce qui s’est passé le 25 mars
C’est l’Office national anti-fraude (ONAF), rattaché à la direction générale des douanes et à la direction générale des finances publiques, qui a procédé aux interpellations. Gims et deux de ses collaborateurs professionnels ont été arrêtés à l’aéroport Charles-de-Gaulle à leur arrivée sur le territoire français. À l’issue de leurs gardes à vue, les trois ont été présentés aux magistrats instructeurs et formellement mis en examen.
Les charges retenues
Le communiqué est précis sur les infractions visées, commises selon le parquet entre 2018 et 2025 : blanchiment aggravé dans le cadre d’une bande organisée, et blanchiment en bande organisée de biens ou fonds provenant d’un délit de fraude fiscale aggravée. Deux qualifications cumulatives qui signalent la gravité perçue des faits par les magistrats.
Un réseau bien plus large
L’affaire Gims n’est qu’une ramification d’une enquête beaucoup plus vaste. Le communiqué révèle que l’information judiciaire a été ouverte dès juin 2023. Il y a près de trois ans et confiée à trois juges d’instruction spécialisés du tribunal judiciaire de Paris. Elle a déjà conduit à la mise en examen de 15 individus, dont cinq sont actuellement détenus.
À l’origine : un signalement de Tracfin, la cellule de renseignement financier français, alertant sur un réseau de blanchiment international d’envergure. Les investigations ont mis au jour une bande organisée dont l’objectif présumé serait le blanchiment massif de fonds issus d’infractions pénales, infiltrant l’économie réelle par le biais du marché souterrain des espèces permettant à plus de 2 000 entreprises d’échapper à leurs obligations fiscales et sociales. C’est dans ce cadre que des liens potentiels entre ce réseau et Gims sont apparus, portant notamment sur des soupçons d’investissements immobiliers à l’étranger financés par des fonds d’origine illicite dont le projet Sunset Village Private Residences à Marrakech, déjà évoqué par Africa Intelligence.
Libre, mais sous surveillance
Gandhi Djuna a été remis en liberté à l’issue de sa mise en examen. Mais il est placé sous contrôle judiciaire strict : interdiction de rencontrer ou de contacter certaines personnes désignées par les juges, obligation de verser un cautionnement, et obligation d’informer le magistrat instructeur de tout déplacement. Cette dernière mesure est particulièrement significative pour un artiste dont le mode de vie entre Marrakech, Dubaï et Paris repose précisément sur la liberté de mouvement.
La présomption d’innocence rappelée
Le parquet le précise expressément en fin de communiqué : « tant Monsieur Ghandi Djuna que l’ensemble des autres personnes mises en examen demeurent présumées innocentes ». La mise en examen signifie qu’il existe des indices graves ou concordants justifiant une instruction pas une condamnation. L’enquête se poursuit.
Pour Gims, dont la carrière musicale traversait déjà une saison difficile, l’onde de choc judiciaire vient de changer la nature du problème. Ce n’est plus une question d’image. C’est une question de liberté.
































