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50 ans après sa mort, que reste-t-il de Martin Luther King?et de son rêve ?

Les États-Unis commémorent ce mercredi les 50 ans de l’assassinat du célèbre leader du mouvement des droits civiques. Si son combat a permis de grandes avancées contre la ségrégation raciale, beaucoup reste à faire aujourd’hui afin de ne pas trahir sa mémoire.

Il y a 50 ans jour pour jour, Martin Luther King était assassiné, à l’âge de 39 ans sur le balcon de sa chambre d’hôtel, à Memphis. À 18 h 01, l’heure du drame, les cloches de dizaines d’églises sonneront ce mercredi 5 avril aux États-Unis et de nombreux hommages au leader du mouvement des droits civiques sont prévus.

Les États-Unis commémorent ce mercredi les 50 ans de l’assassinat du célèbre leader du mouvement des droits civiques. Si son combat a permis de grandes avancées contre la ségrégation raciale, beaucoup reste à faire aujourd’hui afin de ne pas trahir sa mémoire.

Il y a 50 ans jour pour jour, Martin Luther King était assassiné, à l’âge de 39 ans sur le balcon de sa chambre d’hôtel, à Memphis. À 18 h 01, l’heure du drame, les cloches de dizaines d’églises sonneront ce mercredi 5 avril aux États-Unis et de nombreux hommages au leader du mouvement des droits civiques sont prévus.

Il restera célèbre pour cette phrase, « I have a dream », prononcée à Washington le 28 août 1963 : « Je rêve que mes quatre jeunes enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère. » Cinquante ans plus tard, que reste-t-il du rêve de Martin Luther King ? Selon un sondage CBS, 53 % des Américains estiment que seuls certains objectifs du pasteur baptiste ont été atteints.

Héritage contrasté

Jason Sokol, historien et auteur de La mort et l’héritage de Martin Luther King Jr. dresse un bilan contrasté de son héritage : « Son activisme a été crucial au vote du Civil Right Act (marquant la fin de la ségrégation raciale) en 1964 et du Voting Right Act (garantissant le droit de vote aux Noirs) en 1965. Il a aidé les Afro-Américains, oppressés depuis si longtemps, à monter en puissance. »

L’arrivée au pouvoir de Barack Obama en 2008 a été vue par beaucoup comme le point culminant de ce combat après sa mort. Pourtant il reste beaucoup à faire, dans un pays où les inégalités raciales sont criantes : « Beaucoup des problèmes qu’il a combattus sont toujours là, poursuit Jason Sokol : la pauvreté des Noirs, la ségrégation en matière de logement et d’école, la brutalité policière. En fait, statistiquement, ces problèmes ont empiré. Les incarcérations de masse, elles aussi, n’ont fait qu’augmenter. »

Moins de chances que les Blancs

Une étude du New York Times a fait grand bruit en mars, montrant que les enfants noirs de familles aisées ont moins de chances que leurs camarades blancs de maintenir leur statut social en grandissant. Quant aux enfants noirs pauvres, ils ont davantage de risques de le rester que les Blancs. Face à ces inégalités, de nouveaux mouvements sont apparus, prenant la relève de Martin Luther King, observe Jason Sokol : « Son héritage demeure à travers ceux qui continuent à pratiquer la désobéissance civile face à l’injustice, à l’image des sportifs comme Colin Kaepernick qui se sont agenouillés en silence lors de l’hymne national ou des manifestants du mouvement Black Lives Matter. » 

Le rejet actuel des conservateurs américains face à ces nouveaux mouvements permet de se rappeler à quel point la mémoire collective de Martin Luther King a changé, analyse Jason Sokol : « Beaucoup d’Américains blancs le voient aujourd’hui comme le champion de l’interracialité et de l’indifférence à la couleur de peau. Ils se réfèrent à son fameux discours I have a dream. Cependant, ils choisissent de ne pas faire état d’autres parties de ce discours, dans lequel Martin Luther King déplorait « les horreurs inqualifiables de la brutalité policière » et mettait en garde contre les « tourbillons de la révolte » qui allaient secouer la nation. Au moment de sa mort, il suscitait la controverse. Il était le héros de nombreux Afro-Américains et de Blancs de gauche. Mais beaucoup de Blancs le voyaient comme un agitateur, un radical, et dénonçaient ses critiques de la guerre du Vietnam. »

« Sa mémoire a été passée à la blanchisseuse »

Le sociologue de la Virginia Tech Wornie Reed, qui a connu le pasteur et l’a suivi à l’époque sur de nombreux rassemblements, va plus loin et estime que sa mémoire a été « passée à la blanchisseuse » : « Aujourd’hui, il est perçu comme celui qui avait un rêve et qui se baladait en promouvant la paix. Or Martin Luther King ne correspond pas à cette figure stérile qui est dans la mémoire de tant de gens. C’était un activiste qui a été trente fois en prison. Au moment de son assassinat, il menait l’une de ses campagnes les plus importantes, promettant de bloquer Washington avec une manifestation massive contre la pauvreté. » 

La victoire de Donald Trump, en 2016, a secoué de nombreux militants pour l’égalité raciale. Signifie-t-elle pour autant que l’Amérique blanche a gagné et que la mémoire de Martin Luther King va s’effacer ? Pas du tout, selon sa fille Bernice, interrogée par le Guardian. Selon elle, le pays grouille de mouvements sociaux, illustrés dernièrement par la « Marche pour nos vies » des lycéens survivants de la tuerie de Parkland. Les défis de ces quinze derniers mois ont, selon elle, renforcé l’héritage de son père : « Bien sûr, notre pays fait face à de nombreux problèmes, mais c’est ce qui rend les manifestations et la liberté de parole d’autant plus importantes. Aujourd’hui, vous voyez des gens debout, dans la tradition de Martin Luther King Jr., dire « ceci est injuste », « assez ! », « nous allons résister ». Je ne vois pas ça comme une menace mais plutôt comme une opportunité de terminer le travail qu’il n’a pas pu terminer lui-même. »

Un héritage qui s’est matérialisé physiquement, lors de la « Marche pour nos vies », avec le discours émouvant d’une petite fille de neuf ans : Yolanda Renee King, la nièce de Martin Luther King. Son rêve à elle ? Un monde sans armes.

Article Ouest France



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