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Dépassionner et dépersonnaliser la question de la nationalité d’origine des candidats à la présidence

Monsieur Noël Tshiani a récemment évoqué la question de la congolité des candidats à la présidence de la République en RDC, suscitant de nombreuses réactions au pays. Mais quand on lui pose la question de savoir s’il détient ou non la nationalité américaine, M. Tshiani s’enferme dans un silence assourdissant. Je présume donc que M. Tshiani est citoyen américain comme certains l’affirment, et ce n’est pas sérieux. Où est passée la transparence ?

On lance un débat sur la congolité des candidats à la fonction présidentielle tout en n’étant pas respectueux des lois de la République. C’est le propre de l’homme politique congolais. Toujours malhonnête et prêt à tout pour abuser de la République tout en vendant du vent à la population. La posture de M. Tshiani prouve que la loi sur la nationalité des candidats à la présidence doit être renforcée, de sorte à ne plus laisser les aventuriers abuser de cette fonction déjà clochardisée. Ce n’est pas parce qu’on est congolais de père et de mère qu’on a le droit d’occuper n’importe quelle fonction en RDC. NON. D'ailleurs, beaucoup de ces Congolais d’origine abusent de la République et ses lois tous les jours.

Renforcer la loi sur la congolité des candidats à des hautes fonctions ne signifie pas viser un groupe de gens, NON. Il faut dépersonnaliser le débat et la loi.

De mon point de vue, il y a de ces fonctions qui doivent être « sanctuarisées », et l’on devrait en aucun cas accepter que des gens détenant la double nationalité puissent les occuper. C’est notamment le cas de la présidence de la République, de la primature, de la direction des services de renseignement et des rangs supérieurs au niveau de l’armée. Ces fonctions sensibles ne doivent être réservées qu’à des Congolais d’origine de père et de mère sous certaines conditions. Si quelqu'un détient par exemple la double nationalité, on doit l'obliger à renoncer à sa seconde nationalité avant de prétendre à n'importe quelle fonction importante.

La nationalité et les pays de droit

Les États-Unis par exemple reconnaissent la double nationalité, mais ne l’encouragent pas « en raison des problèmes qu’elle peut poser » dit le Département d’État. Des agences comme la CIA, la NSA... voire même le département d’État refusent souvent d’employer les binationaux pour protéger la sécurité du pays et éviter tout conflit d’intérêts. Quand on veut postuler à la présidence ou à d’autres postes importants, on se soumet à un « Yankee White Security Clearance », une vérification très poussée des antécédents judiciaires du candidat, qui ne doit détenir que la nationalité américaine, y compris certains membres de sa famille proche. Ça nous donne une idée de l’importance que ces gens accordent à certaines fonctions importantes.

Au Canada, Stephan Dion, le chef de l’opposition officielle en 2006 et donc potentiel Premier ministre, avait renoncé, non sans tristesse, à sa nationalité française (qu’il avait obtenue par sa mère), même si la loi ne le lui obligeait pas. Idem pour Michaëlle Jean (devenue française par son époux) avant de devenir gouverneure générale du Canada. C’est dire à quel point la question de la nationalité des candidats à certaines fonctions demeure un sujet sensible, y compris dans les pays de droit.

Réserver certaines fonctions importantes

Je partage l’idée de réserver certaines fonctions importantes à des Congolais nés de père et de mère congolais. Mais la réalité démographique de la RDC aujourd’hui oblige à relativiser cette approche et à amorcer un débat froid, dépassionné et dépersonnalisé sur la question. On ne peut ni ne doit faire des lois pour plaire et/ou écarter un groupe de Congolais de certaines fonctions pour des raisons politiques. Et de toute façon, tout le monde n’est pas non plus obligé de servir le pays en étant président de la République ou Premier ministre.

En RDC, cela ne semble pas être le cas. Les questions importantes sont traitées avec une légèreté affligeante, et ce, à tous les niveaux. On assiste à des débats de bas étage, dans lesquels on perd un temps fou à vouloir défendre son candidat, son leader, son ami, son frère ou on ne sait qui ! Tout se résume aux accointances des uns et des autres. Les intérêts du pays ne semblent pas primer, et cela est vraiment pathétique...

Patrick Mbeko
Analyste politique et auteur



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