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    Sicomines, seize ans après : le Congo audite enfin le « contrat du siècle »

    Contrat minier RDC Chine Sicomines
    Contrat minier RDC Chine Sicomines
    Depuis mars 2026, Kinshasa a confié à des cabinets internationaux un audit technique et financier de son partenariat minier avec la Chine. Une démarche inédite sur un accord qui a permis d’extraire des milliards de dollars de cuivre et de cobalt, mais livré une fraction infime des infrastructures promises. Ce que le bilan révèle, et ce que l’avenant de 2024 ne règle pas.

    Le chiffre résume l’affaire. Sur les 7 088 kilomètres de routes prévus par la convention originelle, environ 380 seulement avaient été construits ou réhabilités avant la renégociation de 2024. Un seul hôpital sur 32 a été livré. Aucun kilomètre de chemin de fer sur les 380 inscrits dans l’accord. Pendant ce temps, l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives estimait à 13,1 milliards de dollars le chiffre d’affaires cumulé de Sicomines sur quatorze ans, pour seulement 822 millions consacrés aux infrastructures.

    C’est sur ce constat que Kinshasa a lancé, le 5 mars 2026, une mission d’audit technique et financier portant sur l’exécution du Programme Sino-Congolais depuis sa conclusion en avril 2008 jusqu’à la signature du dernier avenant en mars 2024, confiée à des cabinets spécialisés dont Rothschild & Cie et Mayer Brown. L’objectif est de mesurer avec précision ce que le Congo a réellement reçu, et ce qu’il aurait dû recevoir.

    L’architecture du contrat

    Pour comprendre pourquoi cet audit est nécessaire, il faut revenir à la logique initiale de l’accord de 2008. Le principe était simple : un consortium d’entreprises chinoises, piloté par China Railway et Sinohydro, obtient l’accès aux gisements de cuivre et de cobalt du Lualaba via la coentreprise Sicomines, détenue à 68 % par les Chinois et 32 % par la Gécamines. En échange, les revenus miniers financent des infrastructures publiques congolaises. La convention prévoyait un prêt de 3,2 milliards de dollars pour l’investissement minier et 3 milliards supplémentaires pour les infrastructures.

    Les dérapages sont vite apparus. Selon le centre de recherche AidData, Sicomines a contracté 7,61 milliards de dollars de dettes entre 2008 et 2020 pour développer la mine, soit plus du double du montant prévu. Les prêts d’Eximbank China portent des taux d’intérêt atteignant 6,1 % fixes sur 25 ans, avec des mécanismes de remboursement prioritaires qui ont systématiquement absorbé les revenus avant que les Congolais ne voient la couleur des fonds pour les routes.

    L’avenant 5 : une réécriture partielle

    Face à ces déséquilibres, Félix Tshisekedi a engagé des renégociations dès 2023. L’Inspection Générale des Finances ivoirienne pointait un « important déséquilibre financier » au détriment de la RDC.  Les discussions ont abouti en mars 2024 à un cinquième avenant, présenté par Kinshasa comme un tournant. Le gouvernement a annoncé porter l’enveloppe infrastructures de 3 à 7 milliards de dollars, avec une date estimée pour le remboursement total des emprunts fixée à 2028.

    Sur le terrain, des chantiers ont effectivement démarré. La rocade de Kinshasa, un projet de 72,56 km en deux parties, a été lancée en juin 2024. Le revêtement en béton bitumineux a débuté en mai 2025. La réhabilitation de la route nationale RN12 dans le Kongo Central est en cours. Des projets hospitaliers ont reçu leur matériel. La dynamique est réelle, mais elle part d’un retard de seize ans.

    Ce qui n’a pas changé, c’est la structure financière fondamentale. La coalition de la société civile «Le Congo n’est pas à vendre» est précise là-dessus : l’avenant 5 prévoit un montant annuel fixe pour les infrastructures, indépendamment des fluctuations du prix du cuivre ou des quantités exportées. En conséquence, alors que Sicomines a exporté 246 000 tonnes de cuivre en 2024 et dégagé un chiffre d’affaires d’environ 2,5 milliards de dollars en 2025, le Congo n’a pas bénéficié de cette hausse proportionnellement. Le manque à gagner est estimé à 412,6 millions de dollars pour les seules années 2024 à 2026.

    Ce que l’audit peut changer

    Les cabinets mandatés ont pour mission d’évaluer la conformité de l’exécution du programme avec les engagements contractuels, d’estimer le niveau réel de rentabilité des infrastructures promises et d’identifier les responsabilités en cas d’irrégularités. Reference-entreprise L’APCSC, l’agence de suivi placée sous la tutelle de la Première ministre, insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une «chasse aux responsables», mais d’un exercice de transparence.

    Des questions de transparence demeurent pourtant : en 2024, l’écart entre le montant inscrit dans le collectif budgétaire (511,5 millions de dollars) et celui prévu par l’avenant 5 (624 millions) atteignait 113 millions de dollars, dont la destination restait non renseignée.

    L’enjeu dépasse Sicomines. La RDC produit environ 70 % du cobalt mondial, un métal devenu stratégique pour la transition énergétique. Ce que cet audit établit sur seize ans de coopération avec Pékin conditionnera les termes des négociations à venir, avec la Chine comme avec les autres partenaires qui regardent avec attention comment Kinshasa gère son sous-sol.

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