À partir de ce lundi 26 octobre, le Centre européen des visas (CEV) de Kinshasa ne met plus ses rendez-vous en ligne à saisir. Chaque demande de visa Schengen entre dans une file d’attente gérée automatiquement, et le demandeur reçoit un e-mail quand un rendez-vous peut lui être proposé. La procédure a été décidée par le SPF Affaires étrangères, le ministère belge, et vaut pour les visas de court séjour des vingt ambassades et consulats européens pour lesquels le CEV reçoit les demandes.
Jusqu’ici, il fallait guetter l’ouverture des créneaux et cliquer plus vite que les autres. Le CEV le reconnaît lui-même dans sa foire aux questions : les rendez-vous ouverts en ligne « étaient réservés en quelques secondes, souvent par des tiers, au détriment des personnes qui les recherchaient elles-mêmes ».
Joris Salden, directeur général des affaires consulaires du ministère belge des Affaires étrangères, avait décrit le mécanisme lors d’une conférence de presse à Kinshasa, le 13 novembre 2025. Les services consulaires avaient mis mille rendez-vous en ligne à deux heures du matin. Tous étaient partis en moins de trente secondes. « Aucun humain ne peut cliquer mille fois en 30 secondes, c’est impossible », avait-il déclaré, en parlant de logiciels utilisés par des intermédiaires pour rafler les créneaux. Des agences revendaient ensuite ces rendez-vous gratuits, parfois avec la promesse d’un visa garanti, pour des sommes pouvant aller jusqu’à 5 000 dollars, relevait alors Radio Okapi, quand le visa Schengen coûte 90 euros.
La nouvelle procédure tient en quatre étapes. Le demandeur remplit son formulaire dans Visa on Web avec son compte habituel, puis clique sur le bouton de prise de rendez-vous et confirme son entrée dans la file. Il attend ensuite l’e-mail d’invitation, envoyé à l’adresse de son compte. À partir de là, il a six jours pour choisir un jour parmi les dates proposées. L’heure, elle, est attribuée automatiquement.
Le point qui change le plus les habitudes : la place dans la file dépend de la date à laquelle le formulaire de visa a été introduit, pas du moment où l’on entre dans la file. Il ne sert donc à rien de se précipiter le premier jour. « Personne, ni au CEV, ni à l’Ambassade, ni à Bruxelles, ne peut modifier l’ordre des demandes de rendez-vous », écrit le CEV, qui ne communique la position de personne et n’annonce aucun délai d’attente.
Les règles sont strictes, et une erreur coûte cher. Une deuxième demande de rendez-vous pour le même passeport remplace la première, qui est clôturée définitivement, avec la place qui lui était liée. Une invitation non utilisée dans les six jours ferme la demande. Un rendez-vous réservé ne peut être ni déplacé, ni annulé, ni cédé à un proche : il est lié au numéro de passeport. Le jour venu, une minute de retard suffit pour se voir refuser l’accès au CEV.
Le CEV conseille d’introduire son formulaire le plus tôt possible, au maximum six mois avant le départ, et de déclarer une date de voyage assez éloignée. Une demande qui n’a pas été invitée avant cette date est clôturée. Les familles peuvent déposer une demande de groupe, jusqu’à cinq personnes titulaires du même type de passeport, qui se présentent le même jour sur des créneaux consécutifs.
Les premières semaines seront maigres. Les rendez-vous des semaines à venir ont été attribués avant le lancement de la file, prévient le CEV, et les invitations seront donc peu nombreuses au début. Ceux qui ont déjà un rendez-vous le gardent, à condition de ne pas entrer à nouveau dans la file avec le même passeport, ce qui l’annulerait.
Les urgences restent hors de la file : décès d’un parent au premier ou au deuxième degré, urgence médicale, certains membres de famille d’un citoyen de l’Union européenne, titulaires d’un permis unique. La demande se fait par e-mail à kinshasa.visa@diplobel.fed.be, avec les justificatifs.
Le CEV répète que les rendez-vous et les formulaires sont gratuits, et que toute proposition d’avancer une demande contre paiement est une fraude, à signaler à l’ambassade de Belgique à Kinshasa. La file d’attente ne change rien aux conditions d’obtention du visa ni à l’examen des dossiers. Elle retire aux intermédiaires leur premier produit, le créneau. Reste le second, que Joris Salden dénonçait aussi en 2025 : les faux documents glissés dans les dossiers par certaines agences, qui valent au demandeur un refus pour fraude et compliquent ses demandes suivantes.
Œil d’Afrique