Je n’ai pas regardé The Polygamist. Je n’en ai pas eu besoin. Les réactions des uns et des autres m’ont suffi pour comprendre ce qui se joue dans cette série Netflix qui fait actuellement beaucoup de bruit.
Les commentaires que je lis depuis sa diffusion me ramènent à une même question : pourquoi autant de monde regarde une production qui les humilie sans même s’en rendre compte ?
Les standards de beauté d’abord. La femme noire, dans ce type de série, est belle quand elle est maquillée, quand elle porte des cheveux qui ne sont pas les siens. Ce n’est pas une observation anodine. À force d’exposition répétée à ces représentations, cette image finit par s’installer comme norme dans l’esprit des garçons et des filles. La beauté devient quelque chose qu’on acquiert, pas quelque chose qu’on est. S’aliéner, c’est être belle. C’est le message qui passe.
Mais ce qui me frappe le plus, c’est la confusion délibérée autour du personnage central, ce Jonas. D’après ce que j’en lis, Jonas ment, trompe, manipule. Et Netflix appelle ça de la polygamie.
Depuis quand un homme qui ment est un polygame ? La tromperie n’a rien à voir avec la polygamie. Un polygame, dans nos traditions, est un homme qui assume ses engagements envers plusieurs femmes, dans la transparence et le respect. Jonas, lui, ressemble davantage au monogame irresponsable qui court les femmes en cachette. C’est un profil qu’on connaît très bien, et qui n’a absolument rien d’africain dans sa particularité.
Le Bakala, dans notre culture, ne ment pas. Il ne frappe pas les siens. Il prend soin de sa famille. L’homme, dans le sens plein du terme, est celui qui a traversé l’initiation, qui a atteint une maturité à la fois physique et psychique. Les comportements violents ou trompeurs ne définissent pas l’homme : ils définissent l’individu qui n’a pas encore achevé ce passage. Coller ce type de comportement au titre d’« homme » ou de « polygame », c’est polluer les deux termes en même temps.
Ce qui me trouble encore plus que la série elle-même, c’est la réception. Je vois des femmes déclarer que c’est « trop bien ». Des femmes qui regardent leur propre humiliation et applaudissent. Qu’est-ce qui a craqué dans la transmission pour qu’on en arrive là ?
Je ne pense pas que Netflix cherche à divertir quand il produit ce type de contenu. Je pense qu’il y a un narratif construit, qu’on absorbe image par image : l’homme africain réduit à ses pires travers, la femme africaine souffrant à cause de lui, le couple noir présenté comme structurellement dysfonctionnel. Et la polygamie utilisée comme vecteur de cette histoire, alors qu’elle n’en est pas la cause.
La polygamie africaine mérite un autre traitement que celui-là.
Kenyon Ngoma





































