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Cameroun : l’État couvre 430 FCFA sur chaque litre de gasoil, la cible de déficit 2026 s’éloigne

À Douala, le litre de gasoil se vend toujours 828 FCFA. L’importer coûte désormais 974,93 FCFA, et la structure des prix d’octobre de la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH) inscrit une ligne « soutien/remboursement État » de 430,30 FCFA par litre, contre 109,22 FCFA en juillet. Le 1er octobre, le Fonds monétaire international (FMI) a prévenu que ces subventions aux carburants dégraderont encore les finances publiques camerounaises en 2026, l’année où le gouvernement visait un déficit ramené à 1,7 % du PIB.

Station-service Tradex au Cameroun, où le gasoil reste vendu 828 FCFA grâce aux subventions carburant de l'État
Kondah · CC BY-SA 4.0

À Douala, le litre de gasoil se vend toujours 828 FCFA. L’importer coûte désormais 974,93 FCFA, et la structure des prix d’octobre de la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH) inscrit une ligne « soutien/remboursement État » de 430,30 FCFA par litre, contre 109,22 FCFA en juillet. Le 1er octobre, le Fonds monétaire international (FMI) a prévenu que ces subventions aux carburants dégraderont encore les finances publiques camerounaises en 2026, l’année où le gouvernement visait un déficit ramené à 1,7 % du PIB.

Le prix à la pompe n’a pas bougé depuis le 3 février 2024 : 840 FCFA le litre de super, 828 FCFA le litre de gasoil. Ce qui a bougé, c’est le coût du produit avant qu’il n’atteigne la station. Pour le gasoil, il est passé de 653,85 FCFA le litre en juillet à 860,10 FCFA en septembre, puis à 974,93 FCFA en octobre. La hausse atteint 321,08 FCFA en trois mois, soit 49,1 %.

La ligne de soutien de l’État a progressé exactement du même montant. C’est elle qui absorbe l’écart et maintient le prix administré, a relevé Investir au Cameroun, qui a décortiqué les structures mensuelles de la CSPH. Le même mécanisme joue sur les autres produits : 205,76 FCFA par litre de super, et 660,09 FCFA par litre de pétrole lampant, vendu 350 FCFA aux ménages qui s’éclairent ou cuisinent avec.

Ces montants sont des compensations unitaires, pas une dépense budgétaire constatée. La facture réelle dépend des volumes vendus et des compensations réellement payées. La tendance, elle, se lit sans calcul : le soutien unitaire au gasoil a presque quadruplé en trois mois.

Une mission du FMI conduite par Christine Dieterich a séjourné à Yaoundé du 17 au 30 septembre, dans le cadre de l’évaluation post-financement du Cameroun. Son diagnostic est publié dans le communiqué de fin de mission du 1er octobre : « La politique budgétaire s’est détériorée en 2025, le déficit global étant passé de 1,5 % du PIB en 2024 à 2,1 % du PIB. Une nouvelle détérioration modérée est attendue en 2026, le choc sur les cours internationaux du pétrole entraînant d’importantes subventions aux carburants. »

Le Fonds ne chiffre pas le déficit attendu cette année. Mais une détérioration par rapport à 2,1 % place le Cameroun loin de l’objectif inscrit dans la loi de finances. En février, à l’issue de la consultation au titre de l’Article IV, la même équipe avait approuvé le resserrement prévu par le budget 2026, avec un déficit visé de 1,7 % du PIB. Sept mois et un choc pétrolier plus tard, ce scénario ne tient plus.

L’État a déjà dû choisir entre le prix à la pompe et son budget. Selon le rapport de l’Article IV du FMI, les subventions aux carburants coûtaient environ 4 % du PIB en 2022. Elles étaient descendues sous 1 % du PIB en 2024, l’année du dernier relèvement des prix, et en 2025, les cours mondiaux étant passés sous les prix administrés, la subvention était tombée à zéro dans les faits. Le remplacement du système par un mécanisme automatique d’ajustement des prix avait alors été reporté après l’élection présidentielle d’octobre 2025. Il n’a pas été mis en place. Les subventions reviennent par la même porte.

Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, aborde ce choc avec des marges réduites. Le budget 2026 prévoyait déjà un déficit de 631 milliards de FCFA. Avec le remboursement de la dette et l’apurement des restes à payer, le Budget citoyen 2026 publié par la Direction générale du budget chiffre le besoin de financement total de l’État à 3 104,2 milliards de FCFA.

Le FMI maintient le pays en risque global élevé de surendettement. Sa recommandation tient en une phrase de Christine Dieterich : préserver la stabilité « exige un resserrement budgétaire, une mobilisation accrue des recettes intérieures et la recherche de financements concessionnels ». Le Fonds recommande toujours une formule automatique de fixation des prix, accompagnée d’aides ciblées aux ménages vulnérables, plutôt qu’un gel général du prix pour tous les consommateurs.

La croissance n’offre pas de relais. L’économie a progressé de 3,5 % en 2025, selon le FMI, qui annonce un « léger ralentissement » en 2026, freiné par le recul de la production d’hydrocarbures et les retards dans le transport de l’électricité. La loi de finances, elle, reposait sur une croissance de 4,3 %.

Le gouvernement retrouve donc un choix qu’il connaît : relever le prix à la pompe, que les consommateurs paieront directement, ou laisser filer le déficit et emprunter plus, alors que le FMI le pousse vers les financements concessionnels. La prochaine structure des prix de la CSPH dira si le soutien continue de grimper. Le projet de loi de finances 2027 et l’examen du dossier camerounais par le conseil d’administration du FMI, prévu en décembre, diront lequel des deux arbitrages Yaoundé a retenu.

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