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    Casablanca accueille le DiaspoBoost Summit Africa : la diaspora africaine cherche à passer des transferts à l’investissement

    DiaspoBoost Summit Africa
    DiaspoBoost Summit Africa
    Casablanca a joué ce jeudi le rôle qu’elle s’est choisie depuis quelques années : carrefour continental. Le Palace d’Anfa a réuni pendant deux jours les acteurs du DiaspoBoost Summit Africa 2026, un rendez-vous international consacré au rôle des diasporas dans le développement économique du continent. La question posée n’était pas nouvelle, mais elle est désormais urgente : comment transformer un flux financier massif en levier d’investissement structuré, plutôt qu’en simple soutien familial à court terme ?

    Les chiffres placent le débat à sa juste hauteur. Selon le Baromètre 2025 publié en février 2026 par l’initiative The Seeds, les transferts de fonds des diasporas africaines ont dépassé 100 milliards de dollars en 2024, positionnant ces flux comme l’un des principaux piliers de financement externe du continent, devant l’aide publique au développement et à égalité avec les investissements directs étrangers. Ce n’est plus une force d’appoint. C’est une puissance économique dont l’Afrique ne sait pas encore pleinement tirer parti.

    Le sommet s’est tenu sous le thème « Diaspora & Développement : le modèle marocain », réunissant des représentants institutionnels du Maroc, de la Belgique et de la RDC, aux côtés d’investisseurs, d’entrepreneurs et d’experts engagés dans des dynamiques d’innovation, de financement et de coopération Sud-Sud. Le choix de Casablanca n’est pas anodin. Avec plus de 12 milliards de dollars reçus en 2024, le Maroc se place parmi les plus grands bénéficiaires africains de transferts de la diaspora. Il a aussi bâti, en trois décennies, une infrastructure institutionnelle et diplomatique autour de ses communautés à l’étranger que peu de pays africains peuvent revendiquer.

    C’est précisément ce modèle que les participants sont venus analyser, sans nécessairement chercher à le reproduire. Bouchra Bayed, consultante et fondatrice de Moroccan Pulse, a situé l’approche marocaine dans une logique de long terme : « Le Maroc a construit sa présence en Afrique non seulement par la diplomatie, mais par la confiance développée dans la durée, un engagement constant et une coopération concrète« , a-t-elle déclaré, décrivant le pays comme un acteur capable de créer des passerelles entre territoires, compétences et écosystèmes économiques.

    La présence de la RDC dans la délégation officielle a été l’un des moments forts du sommet. L’événement a marqué le lancement d’un comité de suivi opérationnel des projets entre le Maroc et la RDC. Yale Seti, président de la Chambre de commerce et d’industrie Maroc-RDC, a incarné à lui seul la trajectoire que le sommet entend promouvoir. « Je suis moi-même issu de la diaspora, né à Kinshasa, élevé et formé en Belgique et en France, et je suis retourné en RDC il y a environ vingt ans« , a-t-il dit. « Je suis un fervent admirateur du modèle marocain, notamment la manière dont il a structuré sa diaspora. »

    La présidente de DiaspoBoost, Stéphanie Kimbulu, a posé les termes du défi devant l’assemblée. Elle a mis en avant le rôle stratégique des diasporas en tant que pont entre les continents, contribuant à la circulation des compétences, des investissements et des opportunités, et a appelé à structurer cet engagement à travers des actions concrètes, notamment via des plateformes d’accompagnement des porteurs de projets.

    Derrière l’enthousiasme des panels, une tension réelle traverse le débat. Les transferts de la diaspora africaine restent majoritairement orientés vers la consommation des ménages, pas vers l’investissement productif. Les coûts de transfert demeurent en moyenne supérieurs à 8 % pour un envoi de 200 dollars, grevant la valeur reçue. Une part significative des flux échappe encore aux circuits officiels, limitant la capacité des États à élaborer des politiques adaptées.

    À cela s’ajoute une menace plus récente : depuis l’entrée en vigueur d’une nouvelle loi américaine début 2026, les transferts d’argent effectués depuis les États-Unis vers l’étranger sont désormais taxés, une mesure qui menace directement cette manne vitale pour de nombreux foyers africains. Dans ce contexte, la structuration des flux diasporiques n’est plus seulement une opportunité de développement. C’est une nécessité de résilience.

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