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L’entrepreneur de la semaine : Fulbert Evans Koffi, du journalisme à la promotion du chocolat made in Côte d’Ivoire

Journaliste de formation, Fulbert Evans Koffi ne signe plus d’articles. Il s’est lancé dans la promotion et la transformation du cacao Ivoirien. Auteur d’une levée de fonds de 35 millions de Fcfa, il a crée la marque L'Ivoirienne de chocolaterie. Il dévoile ses motivations et surtout ses perspectives à venir quant à l’industrialisation des produits made in Côte d’Ivoire comme le chocolat.

Oeil d'Afrique : Après plusieurs années dans le journalisme, vous vous êtes lancés dans l’entrepreneuriat. Qu’est-ce qui a déclenché ce changement de vie ?

Fulbert Evans Koffi : Je suis journaliste de formation et j’entreprend depuis mon enfance. J’ai commencé à l’école primaire où je vendais de petites choses. Au lycée, je vendais des vêtements. Mais concernant mon passage officiel du journalisme à l’entrepreneuriat, je dirai que cela est lié à mon activisme pour la transformation de produits locaux. J’ai compris que la chaîne des valeurs de nos produits allait être plus grande si on pouvait les transformer sur place. Je me suis engagé à faire la promotion de la transformation des produits ivoiriens et surtout du label « Made in Côte d’Ivoire ». J’ai alors commencé déjà à accompagner les entrepreneurs ivoiriens qui exercent dans la transformation de produits locaux. 

Cette nouvelle vie est aussi celle d’une belle histoire de levée de fonds sur internet.

Effectivement,c’est une très belle histoire surtout dans la façon de faire. Parce que généralement,  les levées de fonds sur internet se déroulent sur des plateformes spécialisées. Notre appel au dont pour créer une chocolaterie, une entreprise basée sur la solidarité, a été réalisé sur Facebook et Twitter. Le succès a été immédiat. Nous avons pu collecter de 35 millions de Francs FCFA en un mois et demi. Nous avions aussi fait appel à un cabinet d’étude pour la réalisation du business plan. Aujourd’hui, L’ivoirienne de la Chocolaterie compte 123 actionnaires. Notre idée est basée sur le social que le business. L’idée est d’amener la jeunesse à prendre conscience du potentiel économique qu’elle représente, de faire preuve de patriotisme et surtout promouvoir les produits locaux. 

La chocolaterie est constituée de plusieurs actionnaires issus de la diaspora ivoirienne. Comment s’articule votre partenariat ?

La participation de la diaspora est venue du fait que la communication se faisait sur les réseaux sociaux. Ils ont répondu présents à notre appel pour la transformation de nos produits. Et je profite pour leur dire merci pour leur engagement. Quant à notre partenariat, nous avons un contact direct. Nous nous réunissons régulièrement pour faire le point sur les avancées de l’entreprise. Les réunions sont bien souvent via les plateformes de communication à distance. Nous avons également deux actionnaires de la diaspora qui font partie du conseil d’administration. La diaspora nous intéresse particulièrement parce qu’étant loin de leur pays, c’est une manière pour nous de leur donner la possibilité de contribuer au développement de leur pays. En soutenant notre entreprise, nos actionnaires de la diaspora émettent un message fort. C’est possible de rester hors de son pays et réussir un projet en se mettant ensemble avec ses frères et sœurs. Ils ont placé en nous leur confiance et nous allons leur réitéré cela par des résultats positifs. 

Dans un marché fortement concurrentiel, comment allez-vous réussir à gagner des parts de marché ?

Le marché est effectivement dominé par les multinationales. Notre objectif est de démocratiser la consommation du chocolat. Le chocolat a toujours été vu comme un produit de luxe, comme un produit qui est fait pour la classe bourgeoise. Alors qu’en réalité derrière le chocolat se cache la santé. Le chocolat est un bon vecteur de santé et ça, beaucoup ne le savent pas. C’est malheureux même de savoir que les producteurs de cacao ne consomment pas le chocolat ni les fèves de cacao. Nous avons notre un afterwork appelé « Le vendredi du chocolat » organise dans des entreprises, dans des quartiers pour sensibiliser les populations sur la consommation du chocolat et aussi faire connaitre notre game de produits. 

De quoi est composée votre offre ?

Nous avons ici des chocolats en forte teneur de cacao mélangés à des produits locaux. Nous avons du chocolat avec petit colas, avec des zestes de coco (Coco grillé). Nous faisons également le chocolat avec le gingembre et autres. Nous associons le chocolat à d’autres produits locaux.

Les ivoiriens sont peu consommateurs de chocolat. Les grandes entreprises comme CEMOI ou Nestlé font face depuis plusieurs années à cette difficulté. Qu’est-ce qui a changé dans l’appréciation du chocolat par les ivoiriens ?

Notre stratégie est basée sur une forte présence sur les réseaux sociaux et la création d’endroits de consommation du chocolat. Notre premier établissement est le chocolatdrôme.

Quelles sont les personnes qui vous inspire ?

En terme d’inspiration, je n’ai pas un model calqué mais je dirais que le discours de Thomas Sangara m’inspire beaucoup. Oui, dans son discours, il a toujours été formel . Si on transforme nous-même nos produits locaux, c’est sûr qu’on sera moins dépendants de l’extérieur. Il y a aussi l’actuel président du Rwanda, Paul Kagamé qui m’inspire beaucoup. Lorsqu’on fait une observation il a été certes un acteur de la crise Rwandaise mais a pris conscience et s’est mis réellement au service de sa communauté, de son peuple. Il est donc en train de transformer le Rwanda et le constat nous pousse un peu dans la transformation de ce pays qui était déchiqueté et qui est devenu aujourd’hui un exemple. Je continue en disant qu’en terme de personnalité, il y a le nigérian Aliko Dangoté qui a une vision plus large de l’industrialisation, de la prise en charge de l’Afrique par elle-même à travers la transformation de ses ressources. Au plan national, je parlerai de Monsieur Koné Dossongui qui est un magnat du business. Il a des réalisations palpables comme Atlantic finance et autres. 

Quelles sont vos perspectives dans le domaine du cacao quand on sait que la Côte d'Ivoire en est la première productrice et que le chocolat vendu dans ce pays provient à 80% des pays étrangers?

Il nous faut faire en sorte que les ivoiriens consomment au moins 40% de leur cacao. Parce qu’on parle du chocolat mais il y a d’autres produits dérivés du cacao. Le beurre de cacao est un excellent atout pour la beauté de nos femmes, pour l’entretien de la peau et même pour la santé des enfants. Consommer le chocolat oui ! Mais en même temps tout ce qui peut être tiré du cacao. Il nous faut aussi travailler pour freiner l’exportation du cacao vers l’Europe. Notre objectif est de prendre une part active aussi dans la chaîne de valeurs du cacao à travers la transformation. Donc on peut continuer de leur laisser une partie de notre cacao afin de continuer la transformation de produits et chocolats.

Dans cinq ans, nous devons pouvoir séduire tous les pays limitrophes et même au-delà. Notre vision-clé,’est comment régionaliser la consommation du chocolat après les cinq ans. En cinq ans, les pays comme le Burkina Faso, le Mali, le Niger et même le Sénégal doivent pouvoir consommer des produits purs cacao. Et nous avons même des pistes dans ce sens. Nous avons déjà des entreprises dans ces différents pays qui sont déjà prêts à distribuer nos chocolats. Nous sommes encore très jeunes pour nous lancer dans certains challenges mais on compte le faire sous une autre forme.  A ce jour nous avons une capacité de production d’une tonne par mois. Et d’ici deux ou trois ans, nous visons une dizaine de chocoladrômes dans différentes villes et à des endroits très stratégiques. 

Vous êtes l'initiateur du fond solidaire ivoirien. Quel est son mode de fonctionnement et quel sera votre prochain challenge après celui de la chocolaterie ?

Le fond solidaire est une suite logique de la chocolaterie qui dit qu’on devrait inverser. Mais c’était d’abord de réussir ce premier challenge. Le fond solidaire Ivoirien est un fond hydride, c’est-à-dire une levée de fonds qui se fait de façon permanente. Ce fond est fait pour accompagner tous ceux qui décident de se lancer dans la transformation de produits locaux. Les fonds récoltés permettent de financer des projets. Et en retour tous ceux qui ont contribué au financement de ce projet se partageront les bénéfices. Nous sommes en phase de constitution en termes d’entreprise. Après la chocolaterie, nous allons entamer d’autres projets comme la transformation de l’attiéké. Nous allons rendre ce domaine encore plus professionnel. Cela, afin de faire de l’attiéké un produit exporté comme le riz qui est aujourd’hui importé en Côte d’Ivoire. 

Interview réalisée par Saliho Abran 
Oeil d'Afrique, Abidjan, Côte d'Ivoire



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