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Crise entre Alger et Paris : 5 questions pour comprendre la montée des tensions entre les deux pays

L’Algérie a de nouveau manifesté sa colère dimanche après des « propos irresponsables » prêtés à Emmanuel Macron, en interdisant de facto le survol de son territoire aux avions militaires français en partance pour la bande sahélo-saharienne, après avoir rappelé samedi son ambassadeur en France. Comment expliquer ces nouvelles tensions entre Alger et Paris ? On revient sur l’origine des turbulences.

Les relations entre Paris et Alger sont entrées dans une nouvelle zone de turbulences avec le rappel, samedi 2 octobre, de l’ambassadeur algérien à Paris puis la fermeture de l’espace aérien algérien aux avions militaires français, dimanche 3 octobre.

Pourquoi de telles tensions entre les deux pays qui doivent bientôt commémorer les 60 ans de la fin de la guerre d’Algérie et son indépendance ? On fait le point en cinq questions.

Que s’est-il passé ce week-end ?

Après avoir annoncé samedi le « rappel immédiat pour consultation » de son ambassadeur à Paris, l’Algérie a interdit dimanche le survol de son territoire aux avions militaires français, qui empruntent d’habitude son espace aérien pour rejoindre ou quitter la bande sahélo-saharienne où sont déployées les troupes de l’opération antijihadiste Barkhane.

Alger a justifié samedi le rappel de son ambassadeur par une « situation particulièrement inadmissible engendrée par (des) propos irresponsables » d’Emmanuel Macron. L’état-major français n’a quant à lui reçu aucune notification officielle de la décision d’interdire de facto le survol du territoire aux avions militaires français.

Comment expliquer ce regain de tensions ?

À l’origine de la colère d’Alger, des « propos non démentis » d’Emmanuel Macron, retranscrits par Le Monde dans un article paru samedi 2 octobre. Le journal relate une rencontre deux jours plus tôt entre le président français et une vingtaine de jeunes descendants de protagonistes de la Guerre d’Algérie (1954-1962).

Selon Le Monde, M. Macron a déclaré qu’après son indépendance en 1962, l’Algérie s’est construite sur « une rente mémorielle », entretenue par « le système politico-militaire ». Toujours dans des propos cités par le journal, il a critiqué « une histoire officielle totalement réécrite » par Alger qui « ne s’appuie pas sur des vérités » mais sur « un discours qui repose sur une haine de la France ».

Emmanuel Macron a en outre évoqué la forte réduction des visas pour les Algériens, Marocains et Tunisiens, décidée mardi par Paris, qui avait valu à l’ambassadeur de France une convocation pour « protestation » des autorités algériennes.

Cette réduction des visas ne vise pas les étudiants ni les milieux d’affaires mais « les gens qui sont dans le milieu dirigeant », a dit M. Macron, cité par Le Monde.

Autre motif d’irritation pour Alger, selon les médias locaux : quand M. Macron décrit le président Abdelmadjid Tebboune comme « pris dans un système très dur » puis ironise sur la façon dont l’Algérie présente, selon lui, les Français comme « les seuls colonisateurs », oubliant la domination ottomane entre le XVIe et XVIIIe siècles.

Quelles sont les autres crises récentes entre les deux pays ?

La dernière crise aussi grave date du 23 février 2005, quand le Parlement français avait adopté une loi reconnaissant « le rôle positif de la colonisation ». Malgré son abrogation ultérieure, cette loi avait provoqué l’annulation d’un Traité d’amitié voulu fortement par le président Jacques Chirac et son homologue algérien Abdelaziz Bouteflika.

Les relations bilatérales ont connu d’autres pics de tension plus récents : en mai 2020, l’ambassadeur algérien à Paris, alors Salah Lebdioui, avait été rappelé après la diffusion d’un documentaire par deux chaînes publiques françaises sur les manifestations pro-démocratie (Hirak) en Algérie.

En avril 2021, le Premier ministre français Jean Castex a annulé au dernier moment une visite, à la demande d’Alger, mécontente, selon des sources informées de l’AFP, d’une délégation trop petite à leur goût.

Pourquoi les Algériens ont-ils l’air surpris ?

Avant les déclarations d’Emmanuel Macron qualifiées par les médias algériens de « dérapage » ou au vitriol, les relations bilatérales n’étaient pas mauvaises.

Le président français avait ainsi fait en novembre 2020 l’éloge de M. Tebboune auprès de la revue Jeune Afrique, ce qui lui avait valu les critiques de la diaspora et la société civile algériennes. M. Macron y avait loué le « courage » de son homologue, assurant qu’il allait faire « tout son possible » pour l’aider dans la période de transition après le Hirak.

En juillet 2020, Paris avait fait un geste envers Alger en restituant les crânes de 24 résistants algériens décapités au XIXe siècle lors de révoltes dans le sud de l’Algérie contre l’occupant français.

En mars 2020, la France a reconnu pour la première fois que l’avocat algérien Ali Boumendjel, mort en mars 1957, a été torturé et tué par l’armée française lors de la Bataille d’Alger.

La presse algérienne a rappelé aussi samedi qu' Emmanuel Macron jouissait de préjugés favorables pour avoir, pendant sa campagne présidentielle en 2017, qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité », lors d’une visite à Alger.

Pourquoi la question de la mémoire est-elle si sensible côté algérien ?

Les deux pays se sont mis d’accord en 2020 pour confier à des chercheurs des deux rives de la Méditerranée, un travail de mémoire dans une optique de « réconciliation ».

L’historien français Benjamin Stora a remis son rapport en janvier à Emmanuel Macron préconisant une série d'« actes symboliques » mais « ni excuse ni repentance ».

Alger l’a rejeté un mois plus tard comme « non objectif », reprochant l’absence de « reconnaissance officielle par la France des crimes de guerre et contre l’humanité perpétrés pendant les 130 années de l’occupation de l’Algérie ».

Samedi, la présidence algérienne a estimé que la position prise par M. Macron « heurte les principes devant présider à une éventuelle coopération algéro-française en matière de mémoire (et) a l’incorrigible défaut de tendre vers la promotion d’une version apologétique du colonialisme ».

Pour Hassen Kacimi, spécialiste des questions migratoires, « la question de la mémoire est très sensible en Algérie parce qu’elle touche à l’histoire, l’âme et l’identité du peuple algérien ».

Avec Ouest-France



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