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    Africa Fashion : quand le tissu africain conquiert Paris

    Africa Fashion Paris
    Africa Fashion Paris
    Il y a une scène au début du parcours que les visiteurs ne s’attendent pas à trouver dans une exposition de mode.

    Sur les écrans qui ouvrent Africa Fashion au musée du Quai Branly, on voit Kwame Nkrumah lors des cérémonies d’indépendance du Ghana en 1957. Il ne porte pas un costume occidental. Il porte un kente, le textile tissé des Ewes et Ashanti, symbole de la royauté et de la dignité ghanéenne. Ce choix vestimentaire lors d’une investiture était un acte délibéré : le premier président du Ghana signifiait par ses vêtements que l’Afrique ne se définirait plus à travers le regard de l’ancienne puissance coloniale.

    C’est sur cette note que l’exposition plante son décor. Du tissu commémoratif ANC sur lequel s’impose l’image de Mandela aux silhouettes d’Imane Ayissi et Thebe Magugu, le parcours relie les mouvements d’indépendance des années 1950 à la scène mode internationale actuelle. Soixante ans d’histoire condensés en sept salles. Ce n’est pas une rétrospective nostalgique. C’est une démonstration.

    Le vêtement comme première arme

    Le reste du parcours met en avant des textiles devenus symboles d’affranchissement : l’àdìrẹ nigérian, le kanga, les fancy, ces pagnes commémoratifs ou porteurs de messages politiques. Des tissus que les femmes portaient dans les marchés, dans les rues, pendant les mobilisations, longtemps avant que quiconque pense à les accrocher dans un musée européen.

    Ce que l’exposition réussit, c’est de montrer que cette dimension politique du vêtement africain n’est pas une lecture anachronique. Elle était consciente, assumée, stratégique. Le textile a servi de vecteur de libération et de fierté nationale à une époque où les canaux d’expression politique étaient verrouillés par les administrations coloniales. Porter un tissu, c’était déjà parler.

    Les photographes qui ont tout vu

    Des portraits de Samuel Fosso, James Barnor, Sory Sanlé ou Felicien Rodriguez capturent l’euphorie des nations naissantes et ancrent la mode comme outil d’expression au sein des diasporas africaines. La photographie de studio devient un espace de mise en scène où le vêtement affirme une identité en pleine redéfinition.

    Samuel Fosso mérite qu’on s’y arrête. Né au Cameroun en 1962, rescapé de la guerre du Biafra, il ouvre son propre studio photo à Bangui à treize ans. Il développe dès les années 1970 une pratique d’autoportrait en utilisant les chutes de pellicule de ses clients. Avec la série African Spirits, achevée en 2008, il incarne les icônes du panafricanisme et du mouvement des droits civiques. Un homme seul dans un studio de Bangui, qui se déguise en Angela Davis, en Patrice Lumumba, en Muhammad Ali. Ce n’est pas de la mode. C’est de la résistance documentée sur pellicule.

    La nouvelle garde ne demande plus la permission

    La cinquième section de l’exposition est celle qui dit le plus sur ce que la mode africaine est devenue. Ibrahim Kamara, Imane Ayissi, Kenneth Ize, Thebe Magugu, Orange Culture, Tongoro ou encore Maxhosa Africa y présentent des créations qui redéfinissent le luxe à partir de références africaines affirmées. Qu’ils travaillent à Lagos, Johannesburg, Paris ou New York, ces créateurs ont en commun de ne plus chercher à se fondre dans un modèle préétabli. Ils fixent leurs propres règles.

    Imane Ayissi est depuis 2020 le premier couturier d’Afrique subsaharienne à figurer dans le calendrier officiel de la haute couture parisienne. Du ndop camerounais au kente, en passant par le raphia, il met en avant les savoir-faire du continent. Sa robe rose fuchsia frangée de raphia qui ouvre le parcours pose d’emblée la question : pourquoi a-t-il fallu attendre 2020 pour qu’un couturier camerounais soit officiellement admis dans le saint des saints de la mode mondiale ?

    Thebe Magugu, dont la collection Alchemy automne-hiver 2021 est exposée, articule avec une rare précision les questions de genre, d’héritage culturel et de savoir-faire textile. Sa collection dialogue avec les pratiques divinatoires d’Afrique australe. Ce n’est pas de l’exotisme. C’est une conversation entre Johannesburg et le reste du monde, menée aux conditions de Johannesburg.

    Lagos, Dakar, Johannesburg dans le même souffle que Paris

    Ce que cette exposition dit, au fond, c’est que la mode africaine n’a pas attendu la validation internationale pour exister. Lagos, Dakar et Johannesburg s’imposent désormais aux côtés de Paris et Milan dans les circuits internationaux. Africa Fashion en administre la preuve pièce après pièce, tissu après tissu.

    Lors de la Fashion Week prêt-à-porter de mars 2026 à Paris, Mossi Traoré, créateur d’origine malienne, a marqué les esprits avec un défilé mis en scène comme un procès à la Cour d’Appel de Paris. LAD, fondée par Ladislas Mande, a posé un pont entre le monde des sapeurs congolais et le savoir-faire tailleur européen. Ces deux défilés dans le calendrier officiel de la mode mondiale ne sont pas un accident. Ils sont le prolongement logique de ce que l’exposition retrace depuis les années 1950.

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