L’Union africaine lance le 7 octobre 2026 à Port-Louis, à Maurice, l’Africa Credit Rating Agency (AfCRA), l’agence africaine de notation de crédit dont le principe est discuté depuis 2017. Elle doit noter des États et des entreprises en tenant compte des réalités économiques du continent. Le 23 septembre, à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, la présidente namibienne Netumbo Nandi-Ndaitwah l’a présentée comme une pièce de la réforme de la finance mondiale réclamée par l’Afrique.
« Ce développement est une brique pour que l’Afrique prenne en main son programme de développement et de prospérité », a déclaré la cheffe de l’État namibien, en anglais, lors du débat général de la 81e session. Elle a rattaché l’agence à une revendication plus large : les pays à revenu intermédiaire comme la Namibie, a-t-elle dit, restent confrontés à des coûts d’emprunt élevés, à une marge budgétaire réduite et à des fragilités liées à la dette.
Le lancement est porté par le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), l’organe de l’Union africaine qui conduit le projet. Une conférence africaine sur la notation de crédit le précède à Maurice, les 5 et 6 octobre. Port-Louis a été retenu comme siège au terme d’une sélection ouverte aux États membres, confirmée par l’Union africaine en février, selon l’agence Ecofin. D’autres pays peuvent se porter candidats pour accueillir des bureaux régionaux.
L’AfCRA n’est pas une administration de l’Union africaine. Le schéma retenu est celui d’une structure détenue par des acteurs africains, pilotée par le secteur privé, fonctionnant sur des principes commerciaux, avec une gouvernance indépendante des États. Elle doit être agréée par la Financial Services Commission, le régulateur financier mauricien.
Misheck Mutize, expert principal des notations de crédit au MAEP, insiste sur ce point devant Africa24 : « Nous parlons de notations qui créent un contexte, non pas de notations favorables à l’Afrique, mais de notations qui créent et fournissent une plateforme garantissant la validité des informations transmises aux investisseurs. »
La nuance compte. L’agence ne remplace pas Fitch, Moody’s et S&P Global, dont les notes restent la référence des investisseurs internationaux et conditionnent l’accès des États africains aux marchés de la dette. Elle doit apporter une deuxième lecture, avec une attention particulière à la dette émise en monnaie locale et aux émetteurs africains qui ne sont pas notés aujourd’hui.
Le point de départ du projet est un chiffrage. En avril 2023, une étude du Programme des Nations unies pour le développement estimait que les pays africains pourraient économiser jusqu’à 74,5 milliards de dollars si leurs notes souveraines reposaient sur des évaluations moins subjectives : moins d’intérêts payés sur la dette existante, plus de financements accessibles.
Le PNUD ne parlait pas nécessairement de parti pris délibéré. Ses auteurs attribuaient une partie de l’écart à des données manquantes ou de mauvaise qualité et à des méthodes trop qualitatives. Le MAEP fait le même constat sur les faiblesses internes : statistiques publiques inégales, transparence limitée. Plus de 70 % des notes attribuées aujourd’hui aux émetteurs africains viennent d’entités étrangères, selon le MAEP cité par Africa24.
Pour un pays comme la Namibie, le sujet se mesure au coût de chaque emprunt public. C’est l’argument que Netumbo Nandi-Ndaitwah a porté à New York : une finance mondiale réformée doit, selon elle, donner aux pays africains l’accès aux financements nécessaires pour transformer sur place leurs ressources, minerais critiques compris, et créer des emplois pour leur jeunesse.
Le lancement ne dit rien de ce que l’agence produira. Ses premières notes, leur méthode publiée et le nombre d’États qui accepteront d’être notés diront si elle pèse. Son test le plus dur viendra le jour où ses analystes devront dégrader un État membre de l’Union africaine qui l’a portée. C’est à ce moment que les investisseurs, et les gouvernements, jugeront son indépendance.
Œil d’Afrique