Hassan Auwalu paie son essence 1 500 nairas le litre à Damaturu, dans l’État de Yobe. « C’est du jamais vu », a-t-il dit à Punch, dans un relevé publié le 17 septembre. Trois ans après la fin de la subvention de l’essence au Nigeria, décrétée par Bola Tinubu le jour de son investiture, les trois principaux candidats à la présidentielle du 16 janvier 2027 y apportent trois réponses différentes. Le gouvernement dit avoir économisé 15 800 milliards de nairas, et dépensé bien plus.
Dans le Nord, la mi-septembre a été la plus chère. Punch relevait le 17 septembre des prix de 1 460 à 1 500 nairas à Kano, de 1 500 à 1 520 à Damaturu, 1 500 à Maiduguri et à Gusau. « Je l’ai acheté ce matin, et le litre chez Matrix coûtait 1 500 », a raconté Ishaku Curutsi, automobiliste à Maiduguri. À Kano, les conducteurs de tricycles, les « adaidaita sahu », sont passés de 200 à 300 nairas pour une course courte. Au sortir de la subvention, en mai 2023, le litre coûtait en moyenne 238 nairas, selon le Bureau national des statistiques.
Les stations ajustent leurs prix sur ceux de la raffinerie Dangote. Elle avait relevé son prix de sortie de dépôt de 1 265 à 1 350 nairas le 12 septembre, avant de le ramener à 1 325 nairas le 21 septembre. La grille des stations de la compagnie nationale NNPC publiée ensuite va de 1 385 nairas à Lagos à 1 456 nairas dans l’État de Yobe, avec 1 430 à Abuja, selon Legit.ng. Le gasoil a passé les 2 000 nairas dans des stations d’Abuja début septembre, d’après le même site.
Le 19 septembre, Bola Tinubu a fermé la porte. « À un moment comme celui-ci, notre réponse ne peut pas être le retour au régime ruineux de la subvention de l’essence », a écrit le président sur ses réseaux sociaux, selon P.M. News. Il met en avant le gaz naturel comprimé : plus de 120 000 véhicules convertis, 500 stations supplémentaires, et des tarifs de transport qui doivent baisser à partir du 1er octobre. Bayo Onanuga, son conseiller spécial à l’information, qualifiait déjà en août l’ancien système de « gaspilleur, gangrené par la corruption et financièrement accablant ».
Candidat du Congrès démocratique africain (ADC), Atiku Abubakar a ouvert le débat. Son plan économique pour 2027 déplace l’aide de l’importation vers la production. « Ma proposition n’est pas de ressusciter l’ancien régime de subvention », affirme ce plan rendu public en août par son équipe, cité par The Guardian Nigeria. « Le principe est simple : la subvention suivra le baril. » Elle irait aux raffineries nigérianes, sur des volumes vérifiables, et non plus aux importateurs.
Le ticket du Congrès démocratique du Nigeria (NDC) parle à deux voix. Son candidat à la vice-présidence, Rabiu Kwankwaso, ancien gouverneur de Kano, a déclaré le 22 septembre sur Arise TV : « Nous ramenons la subvention à notre façon. » Le gouvernement pourrait construire ses propres raffineries pour que chacun achète l’essence « à un prix raisonnable », a-t-il expliqué, selon Punch. Peter Obi, le candidat, défendait pourtant la suppression le 24 août à Port Harcourt : « Je souscris et je maintiens qu’il faut supprimer la subvention. » Le 26 septembre à Enugu, il a nié tout désaccord avec son colistier : « Si vous retirez la corruption de la subvention, il se peut qu’il n’y ait plus de subvention. »
Au centre de la dispute, un chiffre. Le 19 août, le ministre des Finances, Taiwo Oyedele, a évalué à 15 800 milliards de nairas les économies de la suppression et des autres réformes, de juin 2023 à décembre 2025. Elles ont été partagées : 5 430 milliards pour l’État fédéral, 6 520 milliards pour les États fédérés, 3 880 milliards pour les collectivités locales. Avec d’autres recettes et 11 850 milliards d’emprunts supplémentaires, l’État fédéral a disposé d’environ 20 400 milliards de ressources nouvelles. Il en a dépensé 30 640 milliards : 9 390 milliards pour les hausses de salaires, 9 370 milliards pour le service de la dette extérieure, 6 470 milliards pour les infrastructures, 3 140 milliards pour subventionner l’électricité.
« La suppression de la subvention n’a donc pas créé une grande réserve d’argent à la disposition du gouvernement fédéral », a résumé le ministre, selon Tribune. Le chiffre ne fait pas consensus. Le parti APM, également en lice pour la présidentielle, évalue les économies à plus de 27 000 milliards de nairas. Le patronat, par la voix de la Nigeria Employers’ Consultative Association, demande aux États de rendre compte des 10 400 milliards reçus. Et Peter Obi s’appuie sur les 15 800 milliards pour répondre à ceux qui demandent où trouver l’argent : « L’argent est là. »
Le Nigeria Labour Congress, la principale centrale syndicale, réclame des mesures d’urgence et la vente du brut aux raffineries locales en nairas. Chinedu Ukadike, porte-parole de l’association des marketeurs indépendants IPMAN, prévient que les prix « continueront de monter si le cours du brut continue de grimper », et demande que l’État fournisse le brut aux raffineries locales à un prix distinct du marché international. À moins de quatre mois du scrutin, la réponse des candidats se mesure à la pompe de Damaturu comme dans les comptes de la Fédération.
Œil d’Afrique