Félix Tshisekedi a présenté le 3 octobre 2026 à Brazzaville ses « profonds regrets » pour l’incident armé survenu fin août sur le fleuve Congo, près de l’îlot de Makoloko, entre Yumbi en RDC et Makotipoko en République du Congo. Le chef de l’État de la RDC a annoncé qu’elle indemniserait les victimes, une fois remis le rapport des délégations des deux pays. Trente-huit jours après les tirs, ce rapport n’a pas encore été remis et les circonstances exactes de l’affrontement restent à établir.
Accueilli au beach de Brazzaville par le Premier ministre, Anatole Collinet Makosso, puis reçu par Denis Sassou Nguesso au palais présidentiel, Félix Tshisekedi a parlé d’un « drame » et s’est adressé directement à la population de la République du Congo, qu’il a décrite comme la plus touchée par les événements. « Je voudrais vraiment exprimer mes profonds regrets par rapport à cette situation », a-t-il déclaré, selon le compte rendu des Dépêches de Brazzaville.
Il a aussi mis des mots sur l’engagement financier. « Nous tiendrons vraiment à rencontrer les victimes pour voir comment est-ce que la République démocratique du Congo va les indemniser », a dit le chef de l’État, avant d’ajouter : « C’est de notre devoir de le faire. » Il n’a donné ni montant ni calendrier : la rencontre avec les victimes attendra la remise du rapport conjoint.
Pour rédiger ce rapport et éviter de nouveaux incidents, Félix Tshisekedi a emmené à Brazzaville ses vice-Premiers ministres chargés de l’Intérieur et de la Défense. « J’ai emmené dans ma suite les ministres de l’Intérieur et de la Défense pour qu’ils voient ensemble comment éviter à l’avenir ce genre de dérapages », a-t-il expliqué, en rappelant que les deux pays partagent plus de 2 400 kilomètres de frontières fluviales et terrestres. « Le peuple du Congo-Brazzaville et celui du Congo-Kinshasa sont un même peuple. Et c’est totalement erroné et insensé d’en venir à de tels incidents », a-t-il ajouté.
La visite avait été préparée. Le 30 septembre, Denis Sassou Nguesso avait reçu le ministre congolais de l’Intégration régionale, Florebert Anzuluni, porteur d’un message de Félix Tshisekedi sur les incidents du fleuve.
Les faits remontent à la nuit du 26 au 27 août 2026. Le compte rendu militaire brazzavillois, dont 7sur7.cd a publié le contenu le 28 août, décrit une patrouille mixte de gendarmes et de marins du poste de Makotipoko, présente vers l’îlot de Makoloko, à environ 40 kilomètres en amont de Makotipoko. Selon ce document, un membre de la patrouille a fait usage de son arme et tué un jeune garçon. Des habitants de la rive ont alerté les militaires des Forces armées de la RDC (FARDC) basés à Yumbi, qui ont tenté d’intercepter la patrouille à bord de quatre embarcations. Deux membres des forces de la République du Congo, un gendarme et un marin, ont été capturés et conduits à Yumbi. Le même compte rendu signalait trois autres militaires portés disparus et la mort par balle d’un adolescent de 15 ans du côté de la RDC.
Ces éléments sont la version d’une seule partie. Le 28 août, le Conseil des ministres congolais a pris acte d’un « incident marin » et de l’ouverture d’une enquête. Le 30 août, le vice-Premier ministre chargé de la Défense, Guy Kabombo Muadiamvita, a raccompagné lui-même les deux militaires capturés jusqu’au beach Ngobila, à Kinshasa, d’où ils ont regagné Brazzaville. Le gouvernement de la RDC a précisé que l’enquête devait établir « avec précision les circonstances de l’incident et, le cas échéant, les responsabilités ».
Le lieu lui-même reste flou dans les documents publics. Les communications officielles situent l’îlot « entre Makotipoko et Yumbi », sans dire à quel État il appartient. Côté brazzavillois, Makotipoko relève depuis la loi n° 26-2024 du 8 octobre 2024 du département de la Nkéni-Alima, détaché des Plateaux. Côté congolais, Yumbi est un territoire de la province du Maï-Ndombe.
Ce bras du fleuve a déjà une histoire. En décembre 2018, des violences intercommunautaires à Yumbi avaient fait au moins 535 morts selon le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme, et près de 16 000 personnes avaient traversé vers la République du Congo, nombre d’entre elles dans la zone de Makotipoko. Le fleuve y fait vivre des pêcheurs, des commerçants et des familles installés sur les deux rives.
La suite dépend désormais du rapport des deux délégations : il doit fixer les responsabilités, ouvrir l’indemnisation promise par Kinshasa et dire si l’enquête militaire ouverte fin août a abouti.
Œil d’Afrique







































