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RDC – Adresse à la nation : Joseph Kabila cible Félix Tshisekedi

L’ancien président Joseph Kabila a consacré sa nouvelle adresse à la nation, vendredi 9 octobre, à un réquisitoire contre Félix Tshisekedi, sans prononcer son nom : un pouvoir exercé selon « la seule volonté » d’un homme, une guerre dans l’Est menée sans issue, la répression, la corruption et le projet de changer la Constitution. Il annonce de nouvelles initiatives « dans les heures, jours et semaines à venir ». Peu après le début de son intervention, la présidence publiait les images du chef de l’État présidant le 100e Conseil des ministres.

Joseph Kabila au pupitre « Adresse à la nation » pendant son discours du 9 octobre 2026
Capture d'écran · diffusion Wab-infos, 9 octobre 2026

L’ancien président Joseph Kabila a consacré sa nouvelle adresse à la nation, vendredi 9 octobre, à un réquisitoire contre Félix Tshisekedi, sans prononcer son nom : un pouvoir exercé selon « la seule volonté » d’un homme, une guerre dans l’Est menée sans issue, la répression, la corruption et le projet de changer la Constitution. Il annonce de nouvelles initiatives « dans les heures, jours et semaines à venir ». Peu après le début de son intervention, la présidence publiait les images du chef de l’État présidant le 100e Conseil des ministres.

Le nom de Félix Tshisekedi n’apparaît pas une fois. Tout le discours le vise pourtant. Joseph Kabila compare son successeur à « Ivan le Terrible », lui reproche de gouverner selon « la seule volonté » plutôt que selon la Constitution et de considérer le Congo comme « une propriété privée ». Il lui prête une « inconstance » qui lui aurait fait perdre « toute légitimité » auprès de la population. La RDC, dit-il, « n’est plus une république, encore moins démocratique ».

Il oppose deux bilans. Le sien d’abord : un pays hérité en janvier 2001 en « état de déliquescence totale », transmis le 24 janvier 2019 « réunifié, largement pacifié », avec une économie « dynamique et résiliente » et une armée « de plus en plus professionnelle ». Celui de l’alternance ensuite, au terme duquel l’existence même de la RDC comme nation et comme État serait « de nouveau menacée ». Les propositions de sa précédente adresse, le 23 mai 2025, dont une « thérapie de choc en 12 points », ont selon lui été « superbement ignorées », et la situation « n’a cessé d’empirer ».

Sur la guerre dans l’Est, l’ancien président accuse le pouvoir d’avoir fait le choix « politiquement intéressé » de poursuivre un conflit qu’il n’aurait « ni la volonté ni les moyens de gagner », malgré les revers des FARDC. Il cite le non-respect du cessez-le-feu signé à Doha, la collaboration avec les Maï-Maï « rebaptisés Wazalendo », les FDLR et d’autres groupes armés étrangers, leur approvisionnement en armes et le bombardement de populations civiles.

Il reproche aussi au chef de l’État un « refus méprisant » de toutes les initiatives de paix par le dialogue, celles de l’EAC, de la SADC, de la CEEAC et de l’Union africaine, jusqu’à celle des évêques catholiques de la CENCO et des protestants de l’ECC.

« Face à la crise, il ne cherche pas la solution, mais la soumission, sans discussion ni condition, de tous ceux qui ne partagent pas ses idées et ses méthodes. »

Le réquisitoire s’étend aux libertés et aux finances publiques. Les emprisonnements d’opposants, d’activistes des droits humains et de journalistes, les assassinats et les massacres restés sans poursuites sérieuses auraient atteint des « records inédits ». « Les contrats léonins, la corruption et le détournement ne se sont jamais mieux portés », lance-t-il.

Joseph Kabila accuse enfin le pouvoir de vouloir changer la Constitution « à tout prix », et de mettre ainsi fin au pacte républicain hérité des accords de Sun City. Il en veut pour preuve la reprise des travaux parlementaires sur la proposition de loi relative au référendum, les manifestations de soutien au changement constitutionnel et la répression des marches contre ce « projet funeste ». Sa conclusion : il n’y a « rien du tout à attendre du pouvoir actuel ».

Il adresse aussi un avertissement au pouvoir sur Washington : l’accord sur les minerais critiques lie deux États, et ses droits et obligations reposent sur « le principe de la continuité de l’État », pas sur le maintien des régimes en place. Le pouvoir aurait tort, selon lui, de s’en croire assuré d’un soutien inconditionnel des États-Unis.

Pendant que ces phrases circulaient, la présidence de la République a choisi un autre registre. Sur son compte X, elle a annoncé que Félix Tshisekedi présidait, ce même vendredi à la Cité de l’Union africaine, la 100e réunion du Conseil des ministres, consacrée à la situation sécuritaire et humanitaire, à la riposte contre Ebola, au financement du développement et à l’adhésion de la RDC au Fonds africain de garantie et de coopération économique (FAGACE). La publication, photo du chef de l’État à l’appui, ne fait aucune allusion à son prédécesseur.

Sur les libertés publiques, le gouvernement a donné sa version devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, à Genève. Le ministre des Droits humains, Samuel Mbemba Kabuya, y a soutenu que le gouvernement « n’a pas une politique de restriction des libertés politiques ou de violation des droits de l’homme » et que « les cas isolés documentés sont poursuivis et condamnés ».

Joseph Kabila parle depuis une position singulière : la Haute Cour militaire l’a condamné à mort par contumace le 30 septembre 2025, pour trahison. Son discours se termine sur un appel. « Le Congo est en péril », le sauver est « un impératif et une urgence », et le peuple congolais, « trahi par celui qui avait fait le serment de le protéger », a « rendez-vous avec l’histoire » : soit il « se prend en charge aujourd’hui », soit il « trahit son destin de grandeur ».

L’ancien président n’a donné ni date ni forme pour la suite. Il promet seulement de partager sa conviction sur ce qu’il faut entreprendre « face à la gravité et à l’urgence de la situation », au moment où la loi sur le référendum revient devant le Parlement.

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