Le village de Tomboronkoto, dans la région de Kédougou, doit être déplacé : l’or qui se trouve sous ses maisons doit prolonger la vie de la mine d’or de Mako. Le recensement présenté par la société minière compte 372 ménages, 799 habitations et 504 hectares de champs. Dix réunions de négociation ont eu lieu, un site d’accueil a été choisi sous conditions, et aucune date de départ n’est fixée.
Tomboronkoto est le chef-lieu de la commune du même nom, à 31 kilomètres de Kédougou sur la route nationale 7, et le premier village du Niokolo, terroir malinké. Ses habitants font remonter son histoire à cinq siècles. Le gisement s’étend dans l’emprise même du village et traverse la route.
Le chef de village, Nfaly Keïta, septuagénaire, reçoit dans sa concession au bord de la nationale. Pour lui, partir ne se résume pas à changer de maison. « Cela touche à toutes les activités économiques, aux terres agricoles, aux liens communautaires, au patrimoine culturel et familial, surtout à notre cimetière », a-t-il expliqué aux reporters de l’Agence de presse sénégalaise (APS), venus en septembre.
Derrière le village, près du cimetière, s’ouvre le site d’orpaillage, une cuvette de latérite que l’hivernage a remplie d’eau boueuse. Les femmes y lavent la terre à la calebasse. Fatoumata Keïta, cultivatrice et orpailleuse, la cinquantaine, y travaille pour nourrir ses enfants. Elle le dit en malinké : « C’est ici que nous avons tout connu. La société veut nous prendre notre site d’orpaillage, nos terres agricoles et le village qui nous a tous vus naître. Il faut que les conditions de notre départ soient bien définies. »
La société, c’est Petowal Mining Company (PMC), filiale sénégalaise du groupe australien Resolute Mining, qui en détient 90 %, l’État du Sénégal gardant 10 %. Elle exploite depuis 2018 la mine d’or de Mako, dans la même commune. L’extraction à ciel ouvert y a pris fin en juin 2025 ; l’usine traite les stocks de minerai jusqu’à fin 2027. Pour continuer au-delà, Resolute compte sur des gisements satellites, dont celui de Tomboronkoto, où le groupe annonce une réserve de 9,1 millions de tonnes de minerai à 1,2 gramme d’or par tonne, soit environ 348 000 onces. Dans son rapport de durabilité 2025, Resolute évoque le déplacement physique d’environ 2 250 personnes.
Le préfet de Kédougou, El Hadji Malick Sémou Diouf, a fixé par arrêté du 11 septembre 2024 la date au-delà de laquelle aucune nouvelle construction n’est plus indemnisée. Un comité consultatif de réinstallation réunit depuis les représentants des habitants, l’administration et les services techniques. « Nous en sommes à la dixième réunion de négociation. Son objectif était d’obtenir un accord sur les taux d’indemnisation des champs et des arbres », indique le préfet, qui dit avoir demandé à l’entreprise de « faire mieux » que les barèmes réglementaires.
Deux sites d’accueil ont été retenus, Djirome et Kouaré. Les habitants ont choisi Djirome, sous conditions, sur la nationale en direction de Kédougou. Le préfet s’est engagé à ce que la route traverse le nouveau village comme elle traverse l’ancien. Issa Dabo, directeur du développement durable de PMC, promet « un village urbain, bien organisé », l’indemnisation de « toutes les terres et tous les dommages » et un programme de restauration des moyens de subsistance pendant toute la durée de la production.
Les femmes, elles, ont posé une demande précise : un nouveau couloir d’orpaillage artisanal pour remplacer celui qu’elles vont perdre. Nénéding Cissé Camara, présidente des jeunes et des femmes du village, technicienne forestière employée par PMC à la restauration des sols, la porte. « Chez nous, ce sont les femmes qui prennent en charge les besoins de la famille, surtout des enfants. […] C’est une doléance très sérieuse qui nous tient à cœur. »
La méfiance a une date. Le 21 juillet 2023, des sondages menés près des habitations sous escorte de la gendarmerie avaient tourné à l’affrontement : jets de pierres, grenades lacrymogènes, une quinzaine de personnes interpellées et des cases incendiées. Interrogé sur ce passé, le préfet répond par la procédure en cours. « Je leur dis que rien ne se fera sans leur accord. » Il rappelle aussi que la question du départ est tranchée en amont : « C’est l’étude d’impact environnemental et social qui a conclu à la nécessité de relocaliser le village. »
Le maire de Tomboronkoto, Nfaly Camara, ne cache pas ce qui attend ses administrés. « Franchement, ce n’est pas facile de leur dire qu’elles doivent quitter leur village traditionnel. »
À quelques kilomètres, Niéméniki sait ce que coûte un déplacement. En avril 1975, l’État avait sorti ses habitants de la zone tampon du parc national du Niokolo-Koba pour les installer au bord de la route, près de Mako. Amadou Ciré Diallo était alors écolier. « Déplacer un village, c’est déplacer une poule avec ses œufs. Il faut tout faire pour ne pas casser les œufs. Nous, ici, nous avons perdu tous nos œufs. »
Les barèmes d’indemnisation ne sont pas publics, et la négociation continue. Resolute dit viser une approbation du permis d’exploitation de Tomboronkoto en 2027. Le préfet, lui, ne s’avance pas : « Ce sont des négociations. Elles ont un début, mais on ne sait pas quand elles vont aboutir. »
Œil d’Afrique



































