Au Malawi, l’Assemblée nationale ne se réunira pas le 9 novembre pour examiner l’exécution du budget à mi-parcours. Dans une lettre datée du 23 octobre 2026, le président Peter Mutharika ordonne au président de l’Assemblée de reporter la quatrième réunion de la 52e session « jusqu’à la prochaine réunion budgétaire », sans fixer de date. Le motif avancé : libérer de l’argent pour la crise El Niño et la pénurie de carburant. La lettre ne dit pas combien le report fera économiser.
La lettre part de State House, à Lilongwe, et elle est adressée au président de l’Assemblée nationale. Le tampon apposé sur la copie montre que son bureau l’a reçue le jour même. Le texte est court. « En vertu de l’article 59(1) de la Constitution de la République du Malawi, j’ordonne que la quatrième réunion de la 52e session du Parlement soit reportée jusqu’à la prochaine réunion budgétaire », écrit le chef de l’État.
Le report doit, selon la lettre, « permettre au gouvernement de consacrer des ressources financières » à la crise El Niño en cours et à la situation du carburant. Les députés peuvent continuer de travailler en commission pendant la suspension des séances. Le président de l’Assemblée, Sameer Suleman, a depuis publié un communiqué qui annonce officiellement le report.
Le passage invoqué par la présidence ne donne pas au chef de l’État le premier rôle. L’article 59 de la Constitution prévoit que chaque réunion de l’Assemblée commence à la date que « le président de l’Assemblée nationale, en consultation avec le président de la République, peut fixer ». Le président de la République n’agit seul que pour les réunions extraordinaires et la prorogation, et encore, « en consultation avec le président de l’Assemblée nationale ».
La lettre du 23 octobre emploie une autre formule : « j’ordonne ». Elle ne mentionne aucune consultation préalable. Des juristes et des commentateurs malawites y voient une crise constitutionnelle : la Constitution confie le calendrier au président de l’Assemblée, pas au chef de l’État. Le communiqué du président de l’Assemblée a tranché la question pratique, puisque la réunion n’aura pas lieu. Il laisse ouverte celle de savoir qui, du chef de l’État ou de Sameer Suleman, a décidé.
La réunion reportée devait s’ouvrir le 9 novembre avec l’examen budgétaire de mi-année. C’est le moment où les députés vérifient si le gouvernement dépense l’argent voté comme prévu, programme par programme, et réclament des corrections avant la fin de l’exercice.
Le président de la commission du budget et des finances, Sosten Gwengwe, a mesuré la perte. « Le reste du budget sera donc exécuté sans véritable contrôle parlementaire, et il pourrait y avoir des dommages irréparables à la fin du cycle budgétaire », a-t-il averti. La santé, l’éducation, les programmes agricoles et les routes dépendent de ce budget. Un programme qui n’avance pas, une ligne mal consommée, se repèrent en novembre ou ne se repèrent plus.
Le précédent le plus proche ne ressemble pas à cette suspension. En février 2021, en pleine pandémie de Covid-19, l’examen budgétaire avait été retardé de deux semaines, puis les travaux avaient repris, en présentiel et à distance. Cette fois, aucune date de retour n’est écrite.
Le motif financier se heurte aux chiffres publiés par le gouvernement lui-même. Son plan de préparation à El Niño, rendu public le 5 octobre 2026, évalue les besoins à 488,5 milliards de kwachas. Les projets existants du gouvernement et de ses partenaires en couvrent 163,7 milliards. Il manque 324,8 milliards de kwachas.
En face, le budget 2026-2027 a alloué 590 millions de kwachas à la gestion des risques de catastrophe, selon l’analyse de l’International Food Policy Research Institute. Les dépenses de fonctionnement en absorbent l’essentiel : il reste 114 millions pour les interventions de fond.
La lettre ne chiffre pas l’économie attendue du report, et elle n’explique pas comment cette somme comblerait un déficit de 324,8 milliards de kwachas.
Le pays traverse, dans le même temps, des pénuries de carburant, une rareté des devises et des coupures d’électricité répétées. C’est précisément le genre de situation que l’examen de mi-parcours sert à mesurer : ce qui a été dépensé, ce qui ne l’a pas été, et où l’argent manque.
Deux questions restent posées. La première s’adresse au président de l’Assemblée : y a-t-il eu, avant le 23 octobre, la consultation que prévoit l’article 59 ? La seconde s’adresse au Trésor : combien rapporte le report, et vers quelle ligne du plan El Niño cet argent est-il dirigé ?
Jusqu’à la prochaine réunion budgétaire, dont la date n’est pas fixée, le contrôle des dépenses de l’État se fera en commission, sans débat en séance plénière.
Œil d’Afrique




































