Depuis le jeudi 22 octobre 2026 au matin, des habitants du village d’Abinva, sur l’axe Aru-Durba, dans le territoire de Faradje (Haut-Uele), empêchent les véhicules de Kibali Gold Mines de passer. Ils réclament des indemnisations et l’assainissement de la rivière Tanzi, où un camion qui livrait la mine s’est renversé le 29 septembre. Pour la société civile, la cargaison était toxique. Pour l’entreprise, c’était de la chaux.
« Nous avons presque 11 victimes qui sont hospitalisées, sans assistance de la part de Kibali Gold », a déclaré à Radio Okapi Samson Tandema, président de la société civile de Faradje. Il parle de lésions sur la peau, et les riverains ajoutent des poissons morts et des motopompes abîmées. Ils demandent que l’entreprise dédommage le matériel perdu et nettoie la rivière.
Le chargé de communication de Kibali Gold Mines, Juvenal Mutoo, répond sur deux points. Le produit était de la chaux, pas un produit dangereux. Et le camion n’était pas à l’entreprise. « Dire que il y a eu de poissons, des lésions, c’est encore à vérifier par les scientifiques. Ce n’est pas un véhicule de Kibali qui avait connu cet accident-là », a-t-il déclaré.
L’accident a eu lieu entre Tanzi et Abinva, sur la route Durba-Faradje. La société civile affirmait alors que le camion transportait de l’acide. Joseph Kelema, président de la société civile de Watsa, s’en inquiétait le 1er octobre. « Quand il y a déjà des morts de poissons, cela signifie qu’il y a une matière toxique qui s’est déversée dans la rivière », disait-il, en rappelant que les villages utilisent cette eau. La société civile a demandé une enquête indépendante et des analyses de l’eau. En attendant, elle a conseillé aux habitants de ne plus boire l’eau de la Tanzi ni manger ses poissons.
L’entreprise a répondu le jour même. Dans un communiqué daté du 29 septembre à Doko et signé par Lefranc Busane Basima, directeur-chef du département social, Kibali Gold Mines affirmait que le camion transportait de la chaux et non de l’acide. Elle se disait favorable à des analyses par les services compétents pour savoir si l’eau avait été touchée.
Le 1er octobre, à Doko, l’entreprise a donné plus de détails en conférence de presse. Le camion appartenait à l’un de ses partenaires transporteurs. La chaux sert aux opérations de la mine, notamment à stabiliser le pH, et ne sert pas directement à extraire l’or. Elle voyageait dans des emballages rigides, qui auraient permis de récupérer plus de 95 % du produit. Une partie, en poudre, s’est tout de même répandue. Selon Kibali, des inspecteurs des services de l’État ont assisté au nettoyage.
Trois semaines plus tard, les deux versions n’ont pas bougé. La société civile compte des hospitalisés. L’entreprise, qui se disait favorable aux analyses le 29 septembre, répond aujourd’hui que les lésions et les poissons morts restent à vérifier par les scientifiques.
Le transporteur a été mis en contact avec les représentants des riverains pour négocier un compromis, indique l’entreprise. Les deux camps attendent désormais que le gouvernement provincial du Haut-Uele intervienne pour régler le différend.
Œil d’Afrique