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    Croissance économique en Côte d’Ivoire : entre performances macro et fragilités structurelles

    Croissance économique en Côte d'Ivoire
    Croissance économique en Côte d'Ivoire
    Avec 6,1 % en 2024 et 6,7 % projetés en 2026, l’économie ivoirienne affiche des chiffres enviables. Mais la chute brutale du prix du cacao révèle ce que les agrégats macroéconomiques ne disent pas : la croissance ivoirienne reste exposée à des vulnérabilités structurelles que le nouveau Plan national de développement devra traiter frontalement.

    Depuis plus d’une décennie, la Côte d’Ivoire tient un cap que peu d’économies africaines parviennent à maintenir. Entre 2012 et 2020, la croissance a atteint en moyenne 8,2 %, avant de se stabiliser autour de 6,5 % après la pandémie. En 2024, le pays affichait 6 % de croissance, au-dessus des moyennes mondiale (2,8 %) et régionale (3,2 %). Les projections pour 2026 sont à 6,7 %, portées par un budget en hausse et des ambitions de transformation structurelle.

    Les signaux macroéconomiques sont réels. Le pays a apuré 1 556,8 milliards de FCFA de dettes fournisseurs à fin 2025, au bénéfice de plus de 6 700 prestataires, ce qui a contribué à soutenir la trésorerie des entreprises et à renforcer la confiance du secteur privé. Sur les marchés financiers, la signature ivoirienne s’est aussi consolidée : le pays a levé 3 582,7 milliards de FCFA sur le marché régional en 2025, dépassant de 14 % son objectif initial, et a émis un eurobond libellé en FCFA ainsi qu’un Samouraï bond. Fitch Ratings a relevé la note souveraine du pays en conséquence.

    Ces performances ne tombent pas du ciel. Elles s’appuient sur une discipline budgétaire maintenue malgré les pressions. Le déficit budgétaire est passé de 5,2 % du PIB en 2023 à 4 % en 2024. L’inflation, qui atteignait 4,4 % en 2023, a été ramenée à 3,5 % l’année suivante. Les recettes fiscales progressent, même si elles restent en dessous du seuil de convergence fixé par l’UEMOA à 20 % du PIB.

    Quand le cacao fait trembler les fondations

    C’est là que le tableau se complique. La Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de cacao. La filière représente environ 35 % des exportations et fait vivre plus de 5 millions de personnes.Or depuis décembre 2025, le marché s’est retourné. Le ministre de l’Agriculture Bruno Nabagné Koné a reconnu publiquement un effondrement des cours mondiaux de l’ordre de 70 %.

    La réponse du gouvernement a été rapide, mais douloureuse. Le 4 mars 2026, Abidjan a abaissé le prix bord champ de 2 800 FCFA/kg à 1 200 FCFA/kg, soit une chute de près de 60 % pour les planteurs. La logique est compréhensible : la situation devenait intenable pour les finances publiques, certains exportateurs ayant même cessé leurs achats face à l’écart entre les prix contractuels et les cours du marché. Mais pour les ménages agricoles, qui constituent l’essentiel des producteurs, le choc est immédiat.

    Ce moment révèle une fragilité que les taux de croissance ne capturent pas bien. L’économie ivoirienne reste exposée à un prix fixé à Londres ou New York, et que ni Abidjan ni les planteurs du Bas-Sassandra ne contrôlent.

    Un modèle de croissance en transition

    Le nouveau Plan national de développement 2026-2030, qui prend le relais du PND 2021-2025, est censé traiter ces vulnérabilités. Il ambitionne de repenser le modèle de croissance pour stimuler la productivité, favoriser la création d’emplois et accélérer l’émergence du pays vers le statut de revenu intermédiaire supérieur.

    Les axes identifiés sont connus : diversification vers les hydrocarbures, développement industriel, économie numérique. Le gisement offshore de Baleine, opéré par le consortium Eni-Petroci, dont les réserves sont estimées à 2,5 milliards de barils et 3 300 milliards de pieds cubes de gaz, doit atteindre son plein potentiel en 2028. Le secteur aurifère monte également en puissance. Ces relais pourraient, à terme, rééquilibrer la dépendance au cacao.

    Mais la transformation structurelle prend du temps. Le secteur primaire emploie encore 45 % de la population active. Et la pauvreté, malgré son recul, reste élevée : ramener le taux de pauvreté de 36,5 % à l’objectif de 20 % d’ici 2030 exige une croissance plus inclusive, centrée sur la productivité et créatrice d’emplois.

    La Banque mondiale, dans son rapport de septembre 2025, formule le diagnostic sans détour : une mobilisation fiscale plus forte, des investissements dans le capital humain et une réforme du lien entre croissance et réduction des inégalités sont les conditions de la durabilité du modèle ivoirien. Les 6,7 % projetés pour 2026 ne seront qu’un chiffre de plus si les millions de planteurs de cacao ne participent pas à cette trajectoire.

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