Éditorial


Côte d'IvoirePolitique

Alassane Ouattara et la série de décès de ses lieutenants depuis 2011

Les Ivoiriens vont définitivement se séparer, ce vendredi, de Hamed Bakayoko, après que ce dernier sera porté sous terre dans son fief de Séguéla au nord du pays. Après le décès en juillet dernier de Amadou Gon Coulibaly, alors qu’il occupait les fonctions de Premier ministre, Alassane Ouattara vient de perdre encore un fidèle lieutenant.  Depuis 2011, il en a perdu d’autres hommes forts, même si…

Après la cérémonie d’hommage du gouvernement ivoirien dirigée par le Président Alassane Ouattara, la dépouille du Premier sera transférée dans son fief de Séguéla au nord de la Côte d’Ivoire où il sera enterré  ce vendredi 19 mars. Sa mort marque un tournant historique dans l’histoire politique de ce pays d’Afrique de l’Ouest. Jamais, la Côte d’Ivoire n’a perdu deux Premiers ministres en l’espace d’une année. Deux morts qui viennent s’ajouter à la liste macabre des hommes forts de Alassane Ouattara installé au pouvoir en 2011, à la sortie d’une élection compliquée, qui a causé de nombreuses pertes en vie humaine.  Depuis lors, le chef de l’Etat ivoirien a vu plusieurs de ses proches lieutenants disparaître l’un après l’autre. Du colonel Issiaka Ouattara Alias Wattao au Premier ministre Hamed Bakayoko, le pouvoir Ouattara se vide de ses hommes fidèles.

En effet, né en 1967 à Bouna (Nord-Est de la Côte d’Ivoire), et décédé le  13 décembre 2020, à New York des suites d’un diabète mal soigné, le colonel Issiaka Ouattara alias Wattao était l’un des hommes les plus forts de l’armée ivoirienne et surtout proche du président Ouattara. Ancien chef rebelle et commandant de zone, Wattao était depuis les premiers jours de la rébellion, très proche de l’ancien président de l’Assemblée nationale, par ailleurs chef de la rébellion, Guillaume Soro, le rival d’«IB», qui le nomma chef d’état-major adjoint des forces armées des Forces nouvelles. Son nom Wattao est ainsi revenu avec insistance dans l’élimination des partisans d’«IB», en juin 2004 puis décembre 2007. Comme il fut également cité par Amnesty International pour «l’exécution sommaire d’une soixantaine de gendarmes» à Bouaké, en octobre 2002. Wattao, de son vrai nom Issiaka Ouattara a joué un rôle prépondérant dans la crise postélectorale de 2010, qui a pris fin avec l’arrestation de Laurent Gbagbo. Arrivé au pouvoir en avril 2011, le pouvoir Ouattara fait de Wattao colonel major de l’armée Ivoirienne. Sa mort a été d’un coup dur pour l’actuel régime de Côte d’Ivoire et surtout pour l’armée.

Mamadi Diané, aussi

L’ambassadeur itinérant de la présidence ivoirienne Mamadi Diané, l’homme qui œuvrait dans l’ombre est décédé juste deux mois après la mort en juillet 2020, du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly.  Cela a été un nouveau coup dur pour le chef de l’État ivoirien, moins de deux mois après le décès d’Amadou Gon Coulibaly, son Premier ministre et dauphin désigné à la présidentielle. Jeudi 27 août 2020, Mamadi Diané, l’ambassadeur itinérant de la présidence ivoirienne, est décédé à Abidjan, à l’âge de 73 ans, après avoir chopé le Covid 19. Avec cette disparition soudaine, Alassane Ouattara perd un des piliers de sa diplomatie.

 Mamadi Diané était caractérisé par sa discrétion accentuée. Il était en revanche extrêmement actif dans les coulisses. Rare étaient ceux qui le connaissaient ou même entendaient parler de lui. Il était hors de la presse et même du public. Son boulot se limitait à la gestion de la diplomatie d’Alassane Ouattara. Il était le pion sûr de la politique interne du chef de l’Etat avec qui il partageait une relation diplomatique mais aussi une longue amitié. 

Mamadi Diané a joué un rôle prépondérant dans le ralliement de plusieurs chefs d’État et responsables politiques à la cause d’Alassane Ouattara, alors engagé dans une guerre sans merci face à Laurent Gbagbo. Mamadi Diané revient officiellement dans le dispositif présidentiel Ivoirien en janvier 2019, lorsqu’il est nommé «ambassadeur itinérant» par décret présidentiel. Et comme si le malheur n’arrive jamais seul, Hamed Bakayoko, le successeur d’Amadou Gon est meurt mercredi 10 mars 2021, en Allemagne des suites d’un cancer. Juste hui mois après la mort de son prédécesseur. Comme une balle dans la tête, la mort de Hamed Bakayoko raisonne dans l’esprit du président Ouattara.  

Saliho Abran , Abidjan, Côte d'Ivoire



Éditorial