Il y a des matchs qui dépassent le football. Le 31 mars 2026, à 23h00 heure de Kinshasa, dans l’Estadio Akron de Guadalajara, la République démocratique du Congo disputera la finale du barrage intercontinental contre la Jamaïque. Le vainqueur monte dans le dernier train pour la Coupe du monde. Pour la RDC, ce train-là ne passe qu’une fois. Ou plutôt : il n’est pas passé depuis 52 ans.
L’adversaire est connu
La Jamaïque a éliminé la Nouvelle-Calédonie 1-0 jeudi 26 mars à Guadalajara, grâce à un but rapide de Bailey Cadamarteri à la 18e minute. Les Reggae Boyz ont souffert — la Nouvelle-Calédonie a eu ses occasions mais ont tenu. Ils arrivent en finale avec la mémoire d’une seule Coupe du monde : 1998 en France, où ils avaient perdu leurs trois matchs de groupe. Depuis, vingt-huit ans de disette. Eux aussi ont faim.
Le vainqueur de ce duel entre les Léopards et les Reggae Boyz intégrera le groupe K du Mondial avec la Colombie, le Portugal et l’Ouzbékistan. Un groupe relevé, mais accessible. Un groupe que les joueurs de la RDC rêvent déjà d’affronter.
52 ans — un chiffre, une blessure
La dernière fois que la RDC, alors Zaïre , a participé à une Coupe du monde, c’était en 1974 en Allemagne de l’Ouest. Pelé jouait encore. Franz Beckenbauer soulevait le trophée. Et le Zaïre de Mobutu, première équipe africaine subsaharienne à se qualifier pour le Mondial, encaissait 14 buts en 3 matchs — dont 9 contre la Yougoslavie. L’humiliation avait été totale. Mais la présence, historique.
Depuis, plus rien. Ni sous Mobutu, ni sous Kabila père, ni sous Kabila fils, ni sous Tshisekedi. Cinq décennies de tentatives, d’espoirs fracassés, de qualifications manquées de peu. Le football congolais est riche de talents Mbemba, Wissa, Bakambu, Diangana mais la qualification mondiale est restée hors de portée avec une obstination cruelle.
Cette fois, les Léopards sont à une victoire.
Un parcours qui a déjà tout d’une épopée
Pour arriver en finale de ce barrage, la RDC a réalisé ce qu’aucun observateur n’anticipait avec une telle netteté. En phase finale africaine, les Léopards ont successivement éliminé le Cameroun les Lions Indomptables, double champion d’Afrique puis le Nigeria aux tirs au but (4-3). Deux des nations les plus titrées du continent, écartées l’une après l’autre. Ensuite, le sélectionneur français Sébastien Desabre et ses hommes ont traversé l’Atlantique, se sont installés à Guadalajara à 1 600 mètres d’altitude, et ont battu les Bermudes 2-0 pour parfaire leur préparation.
Une seule victoire sépare donc les Léopards d’un retour au Mondial, 52 ans après la dernière participation du pays alors sous le nom de Zaïre.
La Jamaïque, adversaire sérieux
Les Reggae Boyz ne sont pas une équipe de complaisance. Ils évoluent en Premier League pour certains, en Championship pour d’autres. Leur style est athlétique, rapide, physique. En 1998, ils avaient battu le Japon en phase de groupes seule victoire de leur histoire en Coupe du monde. Ils arrivent à Guadalajara avec la conviction que l’histoire peut se réécrire.
Mais les Léopards ont un avantage que les chiffres ne mesurent pas : derrière eux, 100 millions de Congolais qui ont attendu ce moment depuis plus d’un demi-siècle. Bakambu l’avait dit avant le départ : « J’échangerai tout contre une qualification. » Cette phrase-là ne pèse pas le même poids quand on est côté jamaïcain.
Le 31 mars, rendez-vous avec l’histoire
À Kinshasa, à Goma, à Lubumbashi, à Bukavu partout où des écrans existeront les Congolais se rassembleront mardi soir pour regarder leurs Léopards jouer le match de leur vie. Dans un pays déchiré par la guerre à l’Est, éprouvé par des années de crise politique, le football reste l’un des rares espaces où une nation entière peut encore parler d’une seule voix.
La finale RDC-Jamaïque n’est pas seulement un match de qualification. C’est une question d’identité nationale. De dignité retrouvée. D’histoire enfin réconciliée avec elle-même.
52 ans. Le 31 mars, le compteur s’arrête — dans un sens ou dans l’autre.































