Le 2 mai 2026, Pékin a franchi un cap. Pour la première fois depuis l’adoption de sa loi de blocage en 2021, le ministère du Commerce chinois a ordonné à cinq raffineries nationales d’ignorer les sanctions américaines qui les visent. Parmi elles, Hengli Petrochemical, un méga-complexe de Dalian capable de traiter 400 000 barils par jour, sanctionnée par le Trésor américain le 28 avril pour achats massifs de pétrole iranien.
Jusqu’ici, Pékin se contentait de condamner verbalement les sanctions de Washington. Les grandes entreprises chinoises les respectaient dans les faits, par crainte d’être coupées du système financier américain. Cette logique vient de changer.
L’ordonnance de blocage crée désormais un conflit de lois direct. Les entreprises multinationales qui choisissent de respecter les restrictions américaines violent la loi chinoise, et inversement. Pour des assureurs ou des banques européennes qui travaillent avec Hengli, le dilemme est concret : s’aligner sur Washington expose à des représailles chinoises, s’aligner sur Pékin expose à des sanctions secondaires américaines.
La Chine absorbe plus de 80% du pétrole iranien exporté selon les données 2025 de Kpler, soit environ 1,38 million de barils par jour l’année précédente. Les acheteurs ne sont pas les compagnies publiques, qui évitent le brut iranien depuis 2018-2019, mais des raffineurs indépendants appelés « teapots », regroupés principalement dans la province du Shandong, attirés par une décote estimée entre 10 et 14 dollars le baril.
Le mouvement s’inscrit dans une séquence plus large. Le 27 avril, Pékin a également bloqué le rachat par Meta de la start-up d’intelligence artificielle Manus pour deux milliards de dollars, ordonnant le démantèlement de la transaction via la Commission nationale de développement et de réforme.
La question de fond n’est pas le pétrole iranien. Elle est plus large : Washington peut-il continuer à utiliser les sanctions comme outil universel de politique étrangère si la première puissance manufacturière mondiale refuse de les appliquer ? Les analystes d’Eurasia Group estiment que ces mesures ne devraient pas compromettre le sommet prévu entre Trump et Xi Jinping. Mais si Washington décide d’étendre les sanctions aux banques chinoises qui financent ces transactions, la réponse de Pékin sera d’une autre nature.



































