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    MIBA : pourquoi la recapitalisation oppose la RDC à ASA Resource

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    La relance de la Minière de Bakwanga (MIBA) devait marquer le retour du géant du diamant congolais sur le chemin de la production. Elle se retrouve désormais au cœur d’un contentieux entre l’État, actionnaire majoritaire, et ASA Resource Group, qui détient 20 % du capital. Au-delà des 60,7 millions de dollars de recapitalisation, c’est la gouvernance, la transparence sur les actifs et les conditions mêmes du redressement de l’entreprise qui sont contestées.

    À Mbuji-Mayi, la relance de la MIBA se joue sur deux fronts. Dans les installations de la société, les travailleurs attendent toujours leurs rémunérations. À Kinshasa, l’actionnaire minoritaire conteste devant la justice les conditions dans lesquelles l’augmentation de capital doit être réalisée.

    Sur le papier, l’opération est pourtant simple : injecter de nouveaux capitaux dans une entreprise publique à l’arrêt depuis des années afin de lui permettre de reprendre ses activités minières. Dans les faits, elle est devenue un bras de fer entre l’État congolais et son partenaire privé.

    137,5 milliards de francs congolais en jeu

    Le projet prévoit une augmentation de capital de la MIBA portant sur environ 137,54 milliards de francs congolais, soit près de 60,7 millions de dollars.

    L’État congolais, qui détient 80 % du capital, doit apporter la plus grosse partie de cette enveloppe. ASA Resource Group, actionnaire à hauteur de 20 %, est appelé à participer à l’opération à proportion de sa participation, soit environ 27,508 milliards de francs congolais, l’équivalent d’environ 12 millions de dollars.

    L’objectif est de remettre la MIBA en capacité de produire et de sécuriser son avenir financier. Mais le calendrier de cette recapitalisation est précisément ce que conteste ASA.

    L’opération de souscription a été ouverte le 27 juillet pour une période de trente jours, avec une échéance fixée au 27 août. Pour l’État et la direction de la MIBA, l’enjeu est désormais de faire aboutir rapidement cette augmentation de capital.

    Pour ASA, le problème est ailleurs : peut-on demander à un actionnaire de remettre plusieurs millions de dollars dans une entreprise dont les actifs, les comptes et la gouvernance ne seraient pas suffisamment clarifiés ?

    ASA réclame d’abord un audit et un inventaire des actifs

    C’est le cœur du contentieux. Selon les éléments rapportés par plusieurs médias congolais, ASA estime que certaines conditions arrêtées lors de l’assemblée générale extraordinaire du 6 février 2026 n’ont pas été suffisamment exécutées avant le lancement de la recapitalisation.

    Parmi les demandes avancées figurent notamment un audit complet de la MIBA, un inventaire de son patrimoine, l’intervention d’un cabinet indépendant et des mesures concernant la gouvernance de l’entreprise.

    Le désaccord porte donc moins sur le principe d’une relance que sur les conditions dans lesquelles elle doit être menée.

    C’est une distinction importante. L’actionnaire minoritaire ne dit pas simplement qu’il refuse de financer la MIBA. Il conteste le fait que son apport soit sollicité avant que certaines garanties de transparence et de gouvernance aient, selon lui, été satisfaites.

    De son côté, la MIBA considère que le processus de recapitalisation est engagé et que la contribution d’ASA doit suivre sa participation au capital.

    Le différend a ainsi quitté le terrain des négociations internes pour entrer dans celui de la justice.

    Le tribunal de commerce au centre du dossier

    ASA Resource Group a saisi le Tribunal de commerce de Kinshasa-Gombe pour contester plusieurs actes liés à la recapitalisation.

    Le contentieux porte notamment sur des résolutions adoptées par l’assemblée générale extraordinaire du 6 février 2026, par le conseil d’administration du 2 mars ainsi que sur le bulletin de souscription établi le 27 juillet. ASA avait notamment demandé la suspension de l’opération et l’annulation de certaines de ces décisions.

    Un premier tournant judiciaire est intervenu le 25 août. Le tribunal a rendu plusieurs décisions dans les dossiers introduits par ASA et a notamment considéré que la société ne justifiait pas, dans les procédures concernées, des conditions nécessaires pour agir en justice.

    Cette décision ne règle toutefois pas, à elle seule, le problème économique de fond : comment financer la relance d’une entreprise publique tout en garantissant à ses actionnaires que les conditions de cette relance sont suffisamment transparentes ? C’est précisément cette question qui donne à l’affaire une portée dépassant le seul cas de la MIBA.

    Une entreprise publique ne se redresse pas uniquement avec une injection de capital

    La MIBA cumule aujourd’hui plusieurs handicaps. Son outil de production doit être réhabilité. Ses réserves doivent être mieux documentées. Ses actifs doivent être sécurisés. Et son passif social reste considérable.

    Le gouvernement a annoncé un plan de relance évalué à environ 70 millions de dollars. La recapitalisation actuellement prévue représente environ 60,7 millions de dollars, laissant apparaître un besoin de financement supplémentaire d’environ 9,3 millions de dollars.

    Autrement dit, même si l’augmentation de capital aboutissait intégralement, elle ne suffirait pas à couvrir l’ensemble du budget annoncé de relance. Il faudra donc trouver le complément. Mais avant même cette étape, une question plus fondamentale demeure : combien valent réellement les actifs de la MIBA et dans quel état se trouvent-ils ?

    Pour un investisseur, ces questions sont loin d’être secondaires. Elles déterminent la valeur réelle de l’entreprise, les risques associés à l’investissement et les perspectives de retour sur capital.

    À Mbuji-Mayi, la relance se mesure d’abord aux salaires

    Pendant que les actionnaires s’opposent sur les modalités de la recapitalisation, les salariés de la MIBA vivent une situation beaucoup plus immédiate.

    En août, les travailleurs réclamaient toujours le paiement de huit mois de forfaits impayés, correspondant à la période janvier-août 2026. Ils distinguent ces huit mois du passif salarial historique de l’entreprise, qui dépasserait 200 mois.

    La situation avait déjà provoqué plusieurs mobilisations au cours de l’année. En mars, le gouvernement avait débloqué 3 millions de dollars, correspondant à trois mois de rémunération. Les travailleurs avaient cependant contesté ce paiement partiel, estimant qu’il ne répondait pas à leurs revendications portant sur huit mois récents d’arriérés.

    Cette situation donne une dimension sociale immédiate au débat financier. Pour les familles des employés de la MIBA, les dizaines de milliards de francs annoncés dans la recapitalisation ne constituent pas encore une réalité. Ce qui compte, ce sont les salaires, la reprise du travail et la réouverture durable de l’outil de production. À Mbuji-Mayi, la promesse de relance est donc jugée à l’aune de résultats très concrets.

    Le paradoxe de la relance

    Le dossier MIBA révèle ainsi un paradoxe classique des entreprises publiques africaines. L’État veut recapitaliser pour relancer. L’actionnaire privé veut des garanties avant de recapitaliser. Les travailleurs, eux, ne peuvent plus attendre.

    Chaque partie possède ses propres arguments. Pour l’État, l’urgence est industrielle et économique. La MIBA dispose d’un patrimoine minier stratégique et son redressement doit permettre au Kasaï-Oriental de retrouver une partie de son activité économique historique.

    Pour ASA, l’enjeu est celui de la protection de son investissement et de la gouvernance d’une société dans laquelle elle détient une participation minoritaire mais significative. Pour les travailleurs, enfin, la priorité est sociale : obtenir leurs rémunérations et retrouver un emploi effectivement productif.

    La difficulté consiste à faire converger ces trois temporalités.

    Le vrai enjeu : reconstruire la confiance

    La question de la MIBA ne se résume donc pas à savoir si ASA va verser ou non ses 12 millions de dollars. Elle pose une question beaucoup plus importante pour la gestion des entreprises publiques africaines : comment attirer ou maintenir des capitaux privés dans une société contrôlée par l’État sans créer un conflit permanent entre l’actionnaire majoritaire et le minoritaire ?

    La réponse passe nécessairement par la transparence sur les actifs, des comptes fiables, une gouvernance crédible et des règles claires pour l’ensemble des actionnaires.

    Dans le cas de la MIBA, l’exigence d’un audit et d’un inventaire des actifs devient ainsi un enjeu central de crédibilité. Car injecter 60,7 millions de dollars dans une entreprise minière ne garantit pas, à lui seul, son redressement.

    Il faut savoir ce que l’on finance, avec quels actifs, quelle gouvernance et quelle stratégie industrielle. C’est finalement ce débat qui se joue aujourd’hui entre Kinshasa, Mbuji-Mayi et le tribunal de commerce de Kinshasa-Gombe.

    Et derrière le bras de fer entre l’État et ASA Resource Group, il y a une question qui concerne bien plus que la seule MIBA : les entreprises publiques africaines peuvent-elles redevenir des actifs industriels performants sans reconstruire d’abord la confiance de leurs propres actionnaires ?

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