Le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie a tenu le 3 septembre 2026 la cinquième étape de la campagne nationale contre l’orpaillage illégal en Côte d’Ivoire. Il est venu demander aux chefs traditionnels du Sud-Comoé ce que les opérations de déguerpissement n’ont pas obtenu, et il a désigné une mine industrielle comme la solution de rechange. Cette mine versera son premier or en 2029.
Le maire d’Aboisso a choisi une rivière pour dire l’état de sa région. « Le fleuve Bia, naturellement noir, est désormais boueux et n’a plus de vie aquatique », a déclaré Jérémie N’Gouan, jeudi 3 septembre, dans la salle des fêtes de sa mairie, devant le ministre venu d’Abidjan. Puis cette phrase, que la salle attendait : « Aboisso dit non à l’orpaillage illégal. »
La rencontre était la cinquième étape d’une campagne nationale de sensibilisation lancée le 8 décembre 2023 à Yamoussoukro, devant le Directoire de la Chambre nationale des rois et des chefs traditionnels de Côte d’Ivoire. Le ministre Mamadou Sangafowa-Coulibaly la conduit région par région. Le Sud-Comoé, aux confins du Ghana, figure parmi les zones les plus atteintes, dans le département d’Aboisso comme dans celui de Tiapoum.
Ce qu’il est venu dire tranche avec dix ans de discours administratif. « Le tout répressif ne suffit pas. Il faut donner aux populations une alternative », a expliqué le ministre. La formule vaut constat d’échec pour une politique qui reposait sur les descentes sur site, la saisie des engins et la fermeture des trous. Fermer un site ne règle rien quand ceux qui en vivent n’ont rien d’autre.
D’où le pari sur les chefs. « Si les chefs ne sont pas partie prenante dans la lutte contre ce fléau, la lutte devient difficile », a dit Mamadou Sangafowa-Coulibaly, avant d’appuyer sur ce qu’il présente comme la preuve : « Dans les localités où les communautés ont dit non, le fléau n’a pas pu s’installer. » La prévention change ainsi de main. Elle ne relève plus des brigades, elle revient aux villages.
Le directeur général des Mines, Seydou Coulibaly, a expliqué dans la même salle comment un site s’installe. Les orpailleurs se présentent d’abord aux propriétaires terriens ou aux autorités villageoises. Dans certains cas, ce sont des fils du village qui vont chercher les exploitants et les amènent. Demander à une communauté de dire non revient donc, parfois, à lui demander de dire non aux siens.
Le même responsable a rappelé ce que dit la loi, et la salle a réagi. L’article 3 du code minier de 2014 place toutes les substances minérales du sol et du sous-sol dans le patrimoine de l’État. Une découverte fortuite d’or doit être déclarée aux autorités. Beaucoup, dans les zones rurales, tiennent pour acquis que ce qui se trouve sous leur terre leur appartient. L’ordonnance de mars 2022 a durci l’arsenal, retiré l’orpaillage clandestin des infractions négociables avec l’administration et permis la confiscation du matériel sans condamnation lorsque les exploitants ne sont pas identifiés. Cela n’a pas changé la conviction du propriétaire terrien.
L’alternative promise porte un nom, et le ministre l’a présentée le jour même. Sur le permis d’Afema, les ressources aurifères sont passées de 43 tonnes à plus de cent, ce qui en fait selon lui une mine de classe mondiale. « Les mines industrielles sont un frein à l’orpaillage illégal. Les mines industrielles vont contribuer et changer l’économie locale », a-t-il déclaré, en citant l’exemple du Botswana et en posant un principe pour l’attribution des futurs permis : que les richesses du sous-sol bénéficient au plus grand nombre.
Afema existe, et son calendrier est public. Le permis est exploité par l’australien Turaco Gold, qui en détient 80 % depuis décembre 2024 aux côtés de la société ivoirienne Sodim, à cent vingt kilomètres au sud-est d’Abidjan. La ressource a été portée à 4,65 millions d’onces en mars 2026. L’étude de préfaisabilité publiée en juin 2026 en tire une réserve probable de 1,91 million d’onces, seule fraction jugée exploitable à ce stade, pour un investissement de 410 millions de dollars et une production moyenne de 200 000 onces par an sur dix ans. L’étude définitive est visée au deuxième trimestre 2027, la première coulée d’or en 2029.
Trois ans, dans le meilleur des cas, entre la promesse faite à Aboisso et le premier salaire versé par la mine. Un point reste à éclaircir : le ministre a situé en 2022 l’attribution du permis à un nouveau repreneur, alors que la chronologie publique fait passer Afema de Sodim à Teranga Gold en 2018, puis à Endeavour Mining en 2021, avant l’entrée de Turaco. Le ministère n’a pas été sollicité sur ce point.
Personne ne sait mesurer ce qui se joue à côté. Bernard Yapo, directeur général du Centre ivoirien antipollution, avançait le 20 août, dans des propos rapportés par Financial Afrik, un volume de 142 tonnes d’or par an échappant à l’État. La production industrielle du pays tourne autour de 62 tonnes. Les montants attachés à ce tonnage varient du simple au sextuple selon qui parle.
Le matin même, la revue de presse de L’Infodrome mettait côte à côte deux titres des quotidiens ivoiriens : l’appel à intensifier la lutte contre l’orpaillage illégal, et la grogne des producteurs sur le prix du café et du cacao. Les deux pages disent la même chose depuis deux bouts. Tant qu’une journée passée dans un trou rapportera plus qu’une journée passée dans une plantation, les chefs pourront dire non, et les sites reviendront.