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Tunisie : les achats à l’Égypte ont triplé en un an

Le 21 septembre à New York, Mohamed Ali Nafti et Badr Abdelatty, ministres tunisien et égyptien des Affaires étrangères, se sont engagés à accroître le volume des échanges entre leurs deux pays. Les chiffres de l’Institut national de la statistique (INS) montrent que ces échanges augmentent déjà très vite, mais dans un seul sens : sur les huit premiers mois de 2026, la Tunisie a acheté à l’Égypte pour 2,58 milliards de dinars, trois fois plus qu’un an plus tôt, et lui a vendu pour 252 millions. Ce seul partenaire explique la moitié de l’aggravation du déficit commercial de la Tunisie sur un an.

Mohamed Ali Nafti, ministre tunisien des Affaires étrangères ; le déficit commercial de la Tunisie avec l'Égypte a triplé en un an
Barbara Milkowska / gov.pl, 2024 · CC BY 3.0 PL · Wikimedia Commons

Le 21 septembre à New York, Mohamed Ali Nafti et Badr Abdelatty, ministres tunisien et égyptien des Affaires étrangères, se sont engagés à accroître le volume des échanges entre leurs deux pays. Les chiffres de l’Institut national de la statistique (INS) montrent que ces échanges augmentent déjà très vite, mais dans un seul sens : sur les huit premiers mois de 2026, la Tunisie a acheté à l’Égypte pour 2,58 milliards de dinars, trois fois plus qu’un an plus tôt, et lui a vendu pour 252 millions. Ce seul partenaire explique la moitié de l’aggravation du déficit commercial de la Tunisie sur un an.

Le déficit commercial tunisien atteint 17,85 milliards de dinars à fin août, selon le communiqué publié par l’INS le 12 septembre, contre 14,64 milliards sur la même période de 2025 et 11,92 milliards en 2024. Les exportations progressent de 8 %, à 44,67 milliards de dinars. Les importations montent de 11,6 %, à 62,53 milliards. Le taux de couverture tombe à 71,4 %, après 73,9 % en 2025 et 77,7 % en 2024.

Le tableau des échanges par pays publié par l’INS permet de mesurer le poids égyptien. Le solde avec l’Égypte passe d’un déficit de 715 millions de dinars sur les huit premiers mois de 2025 à un déficit de 2,33 milliards en 2026. L’écart, 1,62 milliard de dinars, correspond à la moitié de l’aggravation totale du déficit tunisien sur un an, qui est de 3,21 milliards.

Les ventes tunisiennes vers l’Égypte ont pourtant bondi de 76,6 %, la plus forte hausse citée par l’INS parmi les partenaires arabes. Mais elles partent d’un niveau bas, 143 millions de dinars en 2025, et les achats ont progressé bien plus vite. L’Égypte fournit désormais 4,1 % des importations tunisiennes.

L’économiste Ridha Chkoundali, professeur à l’université, a relevé ce basculement le 17 septembre au micro d’Express FM, dans des propos rapportés par Business News. Selon les chiffres qu’il citait, le déficit avec l’Égypte est passé d’environ 700 millions de dinars à 2,3 milliards, une évolution qu’il juge à examiner sous l’angle de l’indépendance économique et financière du pays. Il range l’Égypte, avec l’Algérie, parmi les partenaires avec lesquels la Tunisie connaissait des situations plus favorables les années précédentes.

Les deux ministres se sont parlé trois fois en deux mois. Le 26 juillet, par téléphone, ils réaffirmaient leur volonté de renforcer la coopération bilatérale. Le 6 septembre au Caire, selon Webdo, ils convenaient d’encourager leurs administrations à accélérer la mise en œuvre des décisions de la Haute commission mixte tuniso-égyptienne, et les agences de coopération technique des deux pays signaient un mémorandum d’entente. Le 21 septembre, en marge de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, le communiqué repris par La Presse de Tunisie évoque la « volonté sincère et constante des dirigeants des deux pays frères » de renforcer la coopération « tout en œuvrant à l’accroissement du volume des échanges commerciaux ».

Le compte rendu égyptien, publié par le Service d’information de l’État, parle du suivi des résultats de la 18e session de la Haute commission mixte et d’échanges sur Gaza, la Libye et le Soudan. Aucun des deux textes ne cite de montant, d’objectif chiffré ou de mesure visant à rééquilibrer les flux.

Le cas égyptien s’inscrit dans un mouvement plus large. La facture énergétique reste lourde : le déficit énergétique atteint 8,93 milliards de dinars à fin août, contre 7,15 milliards un an plus tôt, avec des importations de produits énergétiques en hausse de 28,5 %. Mais le déficit hors énergie est désormais du même ordre, 8,92 milliards de dinars.

C’est la série sur trois ans qui change la lecture. En 2024, le déficit hors énergie était de 4,42 milliards de dinars sur les huit premiers mois. Il a doublé en deux ans. Sur la même période, le déficit énergétique n’a progressé que de 1,42 milliard. Des 5,93 milliards de dinars d’aggravation du déficit global depuis 2024, les trois quarts viennent donc des produits autres que l’énergie.

Le détail de l’INS montre où. Le déficit sur les biens de consommation passe de 1,30 milliard de dinars en 2025 à 2,24 milliards en 2026. Celui des biens d’équipement, de 2,34 à 3,13 milliards. Les matières premières et demi-produits restent stables autour de 4,5 milliards. Seule l’alimentation dégage un excédent, 983 millions de dinars, l’année où les ventes d’huile d’olive à l’étranger sont passées de 2,70 à 3,77 milliards de dinars.

Pour Ridha Chkoundali, dont Business News a publié l’analyse le 15 septembre, ce partage presque égal montre que le déséquilibre ne tient pas à la seule facture énergétique. Il y voit la limite d’une base productive qui doit importer ses intrants pour produire, puis exporter pour payer ses importations. Sur Express FM, le 17 septembre, il parlait d’importations « obligatoires ».

Les ventes tunisiennes progressent dans les industries mécaniques et électriques, de 8,5 %, et dans l’agroalimentaire, de 20,8 %. Elles reculent dans deux piliers historiques : les phosphates et dérivés perdent 12 %, le textile, l’habillement et le cuir 4,8 %. L’Union européenne absorbe toujours 70,2 % des exportations.

Les prochains chiffres de l’INS, sur les neuf premiers mois, diront si le rythme des achats à l’Égypte se maintient. La Haute commission mixte, dont les deux ministres disent suivre les résultats, est le cadre où cette promesse d’échanges accrus peut devenir un objectif chiffré, dans un sens comme dans l’autre.

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