Au moins 68 165 élèves congolais ont vu leur scolarité perturbée par des inondations en 2025, selon le rapport mondial de l’UNICEF sur les perturbations scolaires liées au climat. C’est à peine plus que les 64 915 élèves comptés au Sénégal, pour un pays où les inondations du printemps 2025 ont détruit plus de 200 écoles, selon les autorités sanitaires congolaises. Le rapport ne dit ni dans quelles provinces, ni dans quelles écoles, ni pour combien de temps.
Le chiffre congolais figure dans l’annexe du rapport, intitulé Learning Interrupted (« Apprentissages à l’arrêt »), une ligne parmi les données de 106 pays ou territoires. Pour la RDC, l’aléa retenu est l’inondation. Au niveau mondial, l’UNICEF compte plus de 171 millions d’élèves touchés en 2025, de la maternelle à la fin du secondaire, dont au moins 70 millions par des inondations. Le chiffre congolais a été relevé à Kinshasa par Actualité.cd, le 24 septembre.
Sur la même page de l’annexe, les écarts entre pays africains sont vertigineux. Le Niger compte 4 066 500 élèves touchés par les inondations, le Malawi 3 316 902 par une tempête, le Kenya 1,9 million par la sécheresse. Le Nigeria, lui, n’en compte que 2 320. Le Cameroun 16 241, le Tchad 12 302, la Centrafrique 1 000, tous par des inondations.
Ces écarts tiennent d’abord à la manière de compter. Le rapport part des catastrophes recensées dans deux bases internationales, puis cherche la trace d’une perturbation scolaire dans les rapports de situation de l’UNICEF, de la Croix-Rouge, du bureau humanitaire des Nations unies et de la Commission européenne. Dans 125 cas, faute de chiffre d’élèves publié, l’UNICEF a estimé le nombre d’élèves touchés à partir des effectifs scolaires nationaux, répartis selon la population des zones sinistrées. Le chiffre d’un pays dépend donc de ce que les rapports humanitaires y ont documenté.
L’organisation le reconnaît elle-même. Elle présente ses estimations comme « prudentes » et range la RDC parmi les 21 pays en crise où les effets du climat sur l’école sont les plus difficiles à isoler : des écoles y sont déjà fermées pour cause d’insécurité, les déplacements de population brouillent les inscriptions, les services administratifs ne suivent plus la fréquentation. Le rapport précise que les données détaillées sont disponibles sur demande.
L’année 2025 n’a pourtant pas été discrète à Kinshasa. Les pluies diluviennes des 4 et 5 avril ont inondé plusieurs communes de la capitale, et d’autres villes du pays ont aussi été touchées, dont Kalemie, Mbandaka et Kisangani. Le rapport de situation du Centre des opérations d’urgence de santé publique, daté du 20 juin 2025 et cité par l’Organisation mondiale de la santé, faisait état d’environ 1,5 million de personnes touchées dans 20 zones de santé, et de plus de 200 écoles détruites. Le rapport ne dit pas combien d’élèves fréquentaient ces écoles, ni où ils ont repris les cours.
Ce détail relève des divisions provinciales de l’enseignement primaire, secondaire et technique, qui tiennent les effectifs école par école. C’est à cette échelle que la perturbation se voit.
Au bord du lac Édouard, dans le territoire de Rutshuru, l’institut Vitshumbi en donne une idée. Le 1er août 2026, une pluie diluvienne a arraché les toitures de plus de 80 bâtiments de la localité, dont des salles de classe. Deux semaines après la rentrée, deux classes de l’institut étaient toujours installées dans des chapelles catholiques, les élèves assis sur des bancs d’église.
« Il y a deux classes qui ont été emportées par les vagues, la toiture, les murs se sont écroulés », a expliqué au média Kasereka Yalala Paul, préfet des études de l’établissement, fondé en 1974. À chaque changement d’heure, les élèves perdent des minutes à faire le trajet entre les chapelles et l’école. La direction a lancé un appel aux autorités et aux partenaires éducatifs pour reconstruire les salles.
Ce cas-là date de 2026 et n’entre pas dans le décompte de 2025. L’UNICEF chiffre à au moins 200 milliards de dollars la perte potentielle de revenus futurs des élèves touchés dans le monde en 2025, sur la base d’une moyenne de 18 jours de classe perdus. Pour la RDC, le chiffre de 68 165 ne dira rien de ce coût tant que personne ne publie, province par province, la liste des écoles qui tombent.
Œil d’Afrique