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Plainte de la C64 : l’opposition saisit la justice militaire contre Shabani, Bumba et Kabuya

La plainte de la C64 contre sept personnes, dont le vice-Premier ministre de l’Intérieur Jacquemain Shabani, le gouverneur de Kinshasa Daniel Bumba et le secrétaire général de l’UDPS Augustin Kabuya, a été déposée le vendredi 25 septembre auprès de l’auditeur général près la Haute Cour militaire. Ce même vendredi, l’auditeur général, le lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi, est mort dans le crash de Kenge. La procédure vise les violences de la marche du 15 septembre à Limete.

Portrait de Martin Fayulu, opposant congolais dont le parti, l'ECiDé, figure parmi les signataires de la plainte de la C64
Pressfayulu · CC BY-SA 4.0

La plainte de la C64 contre sept personnes, dont le vice-Premier ministre de l’Intérieur Jacquemain Shabani, le gouverneur de Kinshasa Daniel Bumba et le secrétaire général de l’UDPS Augustin Kabuya, a été déposée le vendredi 25 septembre auprès de l’auditeur général près la Haute Cour militaire. Ce même vendredi, l’auditeur général, le lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi, est mort dans le crash de Kenge. La procédure vise les violences de la marche du 15 septembre à Limete.

Les partis de la Coalition article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel, la C64, ont remis leur plainte collective à l’office de l’auditeur général, rapportent 7sur7.cd et Actualite.cd. C’est la deuxième de la coalition, après celle déposée à la suite de la répression de son sit-in du 12 juin. Selon 7sur7.cd, elle porte la signature de six partis : l’ECiDé de Martin Fayulu, l’Alliance pour le Changement, ENVOL, Ensemble pour la République, LGD et FONUS.

La plainte vise sept personnes au total. D’après le texte publié par 7sur7.cd, elle met aussi en cause le ministre provincial de l’Intérieur de Kinshasa, Jeannot Canon Larose, le commissaire divisionnaire de la police à Kinshasa, Israël Kantu Bakulu, son adjoint, le colonel Faustin Numbi Kalubi, et Joël Mpaba, dit « Muselu », présenté comme le responsable des opérations des « Forces du progrès », un mouvement proche de l’UDPS.

Les infractions invoquées vont des coups et blessures et des arrestations arbitraires jusqu’à l’homicide volontaire, l’assassinat et la tentative d’assassinat. La plainte vise aussi l’« incitation d’un ou de plusieurs militaires à commettre des actes contraires au devoir ou à la discipline » et l’organisation de milices privées. Selon le document consulté par Actualite.cd, les avocats de la coalition soutiennent que des militaires ont « facilité l’approche » des membres des Forces du progrès, qui auraient ensuite frappé les manifestants avec des « machettes, pierres, barres de fer, bâtons ». Ils écrivent que Martin Fayulu et Prince Epenge « étaient directement visés dans leur intégrité physique ».

Le choix de la juridiction militaire tient d’abord aux policiers mis en cause : l’article 156 de la Constitution confie aux juridictions militaires les infractions commises par les membres des forces armées et de la police nationale. La C64 demande à l’auditeur général d’ouvrir une information judiciaire complète, d’entendre victimes et témoins, d’exploiter les images et vidéos, et d’établir « les responsabilités individuelles et hiérarchiques ».

Le destinataire de la plainte n’est plus en fonction. Lucien-René Likulia se trouvait à bord du LET L-410 de la compagnie Tracep qui s’est écrasé à Kenge, dans le Kwango, avec le premier président de la Haute Cour militaire, le lieutenant-général Joseph Mutombo Katalayi. Le lendemain, le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, a confié l’enquête préliminaire sur le crash au premier avocat général des forces armées, selon Actualite.cd.

Augustin Kabuya, l’un des responsables visés, a réagi samedi à sa résidence. Il a accueilli la procédure sans la contester : « J’ai appris qu’ils ont déposé une plainte. C’est une très bonne nouvelle. Qu’ils amènent en justice toutes les preuves et on va les confronter pour faire éclater la vérité », a-t-il déclaré, cité par Actualite.cd. Il accuse en retour la coalition d’avoir « recruté des kulunas » pour s’en prendre aux biens des habitants, et réclame une autopsie de Manassé Lomboto, le cadre de l’ADD Congo mort après la marche.

Ce corps est devenu, samedi, une seconde affaire. La levée du corps, prévue au CHU du Cinquantenaire, n’a pas eu lieu. Le parquet de grande instance de Kinshasa/Kalamu a adressé au médecin directeur de l’hôpital une réquisition indiquant qu’une enquête judiciaire est ouverte à son office sur ce décès, et demandant de garder la dépouille jusqu’à la fin des investigations, rapporte Actualite.cd. Prince Epenge a dénoncé devant la morgue des policiers qui en bloquaient l’entrée, selon Radio Okapi, qui n’a pas pu obtenir la réaction de la police.

Trois procédures avancent désormais en parallèle sur la même journée du 15 septembre : l’enquête ordonnée le 21 septembre par Guillaume Ngefa au procureur général près la Cour de cassation, celle du parquet de Kalamu sur la mort de Manassé Lomboto, et la plainte de la C64 devant la justice militaire. La Commission nationale des droits de l’homme, présidée par Paul Nsapu Mukulu, dit de son côté disposer d’éléments du dossier médical de la victime. La plainte attend désormais, à l’auditorat général, le successeur de Lucien-René Likulia.

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