Les réfugiés soudanais recommencent à affluer au Tchad par le poste de Tiné, dans le Wadi Fira. Une vingtaine de personnes y franchissaient la frontière chaque jour ces dernières semaines ; du 15 au 20 septembre, elles étaient entre 200 et 400 par jour, selon le HCR. Le centre de transit de Tiné abritait plus de 4 300 personnes le 20 septembre, au moment où le plan régional d’aide aux réfugiés du Soudan n’est financé qu’à 18 %.
La hausse est concentrée sur ce point de passage du nord-est. Le poste de Tiné, sur la frontière avec le Nord-Darfour, voit arriver des familles qui fuient les frappes aériennes et les attaques de drones, mais aussi la perte de leur bétail, la sécheresse et le manque d’eau, énumère la mise à jour du HCR Tchad publiée le 21 septembre. Les nouveaux arrivants racontent que d’autres ménages sont en route vers la frontière, ce qui laisse attendre, selon le même document, que la tendance se poursuive dans les semaines à venir.
Sur l’ensemble de l’est du pays, la courbe est moins spectaculaire. Du 13 au 18 septembre, le HCR, le gouvernement tchadien et leurs partenaires ont enregistré 2 876 nouveaux réfugiés aux points d’entrée, 44 % de plus que la semaine précédente. Près de la moitié sont passés par Adré et Adikong, dans le Ouaddaï, 41 % par Tiné et 12 % par Ouré Cassoni, la plupart venant du Nord-Darfour. Les femmes et les enfants font 84 % des arrivants, et les enfants seuls près des deux tiers. Depuis le 1er septembre, 5 859 personnes ont été enregistrées, moins qu’en août, où l’agence en comptait près de 12 800.
Depuis janvier, le Tchad a accueilli 55 496 réfugiés soudanais. Le total des arrivées depuis le début de la guerre au Soudan, en avril 2023, atteint 959 126 personnes. En y ajoutant les réfugiés soudanais installés avant ce conflit, le pays en héberge 1 400 746, selon le HCR. La frontière est officiellement fermée ; les arrivées continuent.
Mamadou Dian Balde, coordonnateur régional des Nations unies pour les réfugiés de la situation soudanaise et directeur régional du HCR, a présenté la situation à Genève le 25 septembre, au retour d’une mission au Tchad du 17 au 21 septembre. Il est passé par le centre de transit d’Adré avec le ministre tchadien du Plan, Tahir Hamid Nguilin, d’après les images tournées par les Nations unies. Dans la note lue à Genève, le HCR constate que seuls 18 % des 1,6 milliard de dollars demandés pour le plan régional de réponse aux réfugiés du Soudan, qui couvre sept pays, ont été reçus.
La part tchadienne de ce plan dit la même chose avec d’autres chiffres. Le plan interagences pour le Tchad demande 567,7 millions de dollars ; il en avait reçu 82,9 millions, soit 15 %, selon la mise à jour du 21 septembre. Sur le terrain, cela se mesure en litres : l’approvisionnement moyen en eau dans les sites de l’est est de 11,5 litres par personne et par jour.
Le goulot est la relocalisation. Du 14 au 18 septembre, 3 140 personnes ont quitté les zones frontalières pour les camps aménagés d’Arkoum, de Métché et d’Ouré Cassoni ; 65 092 ont été transférées depuis janvier. Plus de 190 000 personnes attendent encore d’être relocalisées, dont 150 470 identifiées à Adré. Dans le Wadi Fira et l’Ennedi-Est, elles sont environ 20 000 dans ce cas.
L’est du Tchad subit aussi le conflit lui-même. Le HCR signale des frappes de drones dans le Wadi Fira et l’Ennedi-Est, et un ressortissant tchadien qui aurait été tué par des éléments des Forces de soutien rapide le 11 septembre, près de Koulbous. La sécheresse compromet aussi les récoltes dans l’est : le Programme alimentaire mondial la décrit comme l’une des plus sévères enregistrées dans la région depuis 1984. Le gouvernement a mené une mission d’évaluation dans les provinces orientales et envisage d’exonérer de droits de douane certains produits alimentaires de base et de distribuer des céréales aux ménages les plus touchés.
À Abéché, le 17 septembre, le secrétaire général de la province du Ouaddaï, Djingar Gaspard, a redit la disponibilité des autorités à accompagner les humanitaires, lors d’un atelier du HCR et du PAM consacré au ciblage de l’aide, rapporte Tchadinfos. À Tiné, où les capacités d’accueil sont déjà mises à rude épreuve selon le HCR, les semaines qui viennent diront si les relocalisations suivent le rythme des arrivées.
Œil d’Afrique