Depuis le 17 septembre 2026, aucune hôtesse ni aucun steward sénégalais d’Air Sénégal ne travaille plus sur la ligne Dakar-Paris-Dakar. La direction générale de la compagnie nationale les a suspendus de cette desserte à titre conservatoire, le temps d’une enquête sur des soupçons de transport de marchandises contre rémunération par certains membres d’équipage. La ligne est assurée depuis par un Boeing loué, avec son équipage, à la compagnie privée géorgienne MyWay.
La mesure vise tout le personnel navigant commercial sénégalais affecté à la ligne, et pas seulement les personnes soupçonnées. Aucune sanction définitive n’a été prononcée : la direction dit attendre les résultats des investigations pour en décider.
Le « GP », une pratique interdite
En cause, une pratique bien connue des voyageurs entre l’Afrique de l’Ouest et l’Europe : le « GP », qui consiste à acheminer dans ses bagages des colis pour le compte de tiers, payés au kilo. Air Sénégal l’interdit à ses équipages. Selon une source interne à la compagnie, certains hôtesses et stewards auraient accepté de transporter des marchandises à ce tarif sur les vols Dakar-Paris. La compagnie n’a pas précisé la nature des colis concernés.
L’affaire a pris une autre dimension le 28 septembre. Ce jour-là, le quotidien sénégalais L’Observateur a écrit qu’une enquête d’Interpol visait ces pratiques, et que des membres d’équipage auraient transporté, contre rémunération, des marchandises pour une société créée en France : des pare-chocs de voiture, des bagages hors gabarit, d’autres colis. Le journal rapporte aussi qu’une hôtesse, sollicitée pour rapporter de Paris un pot de lait, l’aurait ouvert par précaution et y aurait découvert un produit présenté comme une drogue dure. Elle aurait donné aux enquêteurs le numéro de la personne qui lui avait remis le colis, devenu injoignable depuis.
La direction d’Air Sénégal confirme au quotidien avoir été « officiellement saisie ». Selon les sources citées par le journal, elle refuse d’expliquer ces pratiques par les seuls salaires de l’équipage, estimant que certaines activités menées en parallèle dépassent la recherche d’un complément de revenu.
Un précédent sur New York
Ce n’est pas la première affaire de ce genre à la compagnie. Selon L’Observateur, treize hôtesses et stewards avaient déjà été cités dans un dossier portant sur des marchandises acheminées depuis New York, avec une rémunération calculée à la valise. Des restrictions de vol avaient alors été prises, avant leur réintégration.
Une compagnie déjà fragilisée
La suspension tombe mal. Air Sénégal traverse de graves difficultés financières : plusieurs de ses appareils ont été immobilisés ou saisis. Les syndicats de la compagnie réclament des mesures urgentes pour la redresser.
Sur l’une des lignes les plus fréquentées par la diaspora sénégalaise, Air Sénégal vole donc désormais avec un avion et un équipage étrangers. Les hôtesses et stewards écartés, dont seuls certains sont soupçonnés, attendent les conclusions des investigations pour savoir s’ils retrouveront leur ligne.
Œil d’Afrique


































